L'hyperphagie, un mal de plus en plus répandu

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Patricia Rainville
Le Quotidien

Pour bien des gens, les troubles alimentaires sont synonymes d'anorexie ou de boulimie. Il existe pourtant une multitude d'autres maladies liées à l'alimentation. L'hyperphagie, encore méconnue de la population, est le trouble le plus répandu au Canada, mais aussi au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

«L'hyperphagie, c'est comme lorsqu'on est en peine d'amour. On mange à ne plus finir, dans l'espoir de se faire du bien. Manger ses émotions, on a tous vécu ça. Mais, le problème avec l'hyperphagie, c'est que la personne qui en souffre est en peine d'amour 365 jours par année», explique la fondatrice du Comité Enfaim, Patsy Noël. L'image est forte. Mais elle n'en est pas moins véridique.

«C'est le meilleur exemple que je peux donner pour expliquer ce trouble alimentaire. Et, contrairement à la boulimie, il n'y a pas de comportements compensatoires», ajoute la dame. Donc, l'hyperphagique peut engloutir d'importantes quantités de nourriture, sans compenser par l'exercice excessif ou en se faisant vomir par la suite. L'hyperphagique ne se tournera pas non plus vers le jeûne ou la prise de laxatifs.

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Patsy Noël a fondé le Comité Enfaim il y a 13 ans. Il y a toujours, en moyenne, 22 dossiers en traitement.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

«L'hyperphagie est le trouble le plus répandu. Au Comité Enfaim, ce sont surtout des personnes qui en sont atteintes que nous rencontrons. Surtout des femmes. Et on ne parle pas nécessairement de personnes obèses, car elles sont capables de se contrôler la plupart du temps. Mais, quelques fois par semaine, elles vivent des crises d'hyperphagie incontrôlables», explique Patsy Noël.

L'hyperphagie toucherait jusqu'à 3,5% des femmes et 2% des hommes au Canada. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ce sont surtout des femmes qui consultent les intervenants du Comité Enfaim. «Les hommes ont davantage la tête dure! Ils sont moins portés à admettre qu'ils sont victimes d'un trouble alimentaire. Mais nous en rencontrons aussi», fait valoir la fondatrice de l'organisme, qui oeuvre depuis 13 ans auprès des adultes souffrant d'un trouble alimentaire.

Actuellement, 22 dossiers sont en traitement au Comité Enfaim. Encore une fois, ces dossiers concernent surtout des femmes.

Si Patsy Noël a décidé de fonder le comité il y a 13 ans, c'était pour combler un trou de services. «Il existait des services pour les adolescents, mais aussitôt qu'ils avaient 18 ans, ils étaient référés en psychiatrie ou ils devaient se débrouiller seuls. Au comité, les adultes souffrants peuvent rencontrer un intervenant ou participer à des rencontres de groupes. Depuis le début, nous avons toujours autant de dossiers et nous aurions du travail pour nous promener un peu partout dans la région. Mais nous n'avons pas le financement nécessaire», a affirmé Mme Noël, qui peut compter seulement sur une coordonnatrice à temps partiel.

Aller au gym... pour mieux s'empiffrer

Caroline pouvait engloutir deux litres de crème glacée et une boîte de biscuits en une seule soirée. «J'avais des rages de sucre incontrôlable. Et ça a duré trois ans.»

Caroline avait 23 ans lorsque la boulimie a fait son apparition. Tranquillement. Sournoisement.

«J'ai vécu une période difficile lorsque j'ai quitté la région pour Montréal. J'étais toute seule, avec un nouvel emploi et j'avais de la difficulté à m'adapter», raconte la jeune femme, maintenant âgée de 31 ans. Aujourd'hui mère d'une petite fille, celle qui se qualifie d'ex-boulimique préfère garder l'anonymat, d'où le nom fictif de Caroline.

«J'ai commencé à faire des crises de panique au travail. Le soir, je me réfugiais dans la nourriture. C'était mon seul réconfort. J'étais mal dans ma peau et dans ma tête. À l'époque, je pensais que manger me remontrerait le moral et me ferait du bien. Finalement, ça ne faisait qu'empirer», raconte Caroline.

Les rages se sont multipliées. La jeune femme s'est isolée. Et les comportements compensatoires se sont installés.

«Je ne me suis jamais fait vomir, parce que j'ai toujours eu une peur bleue d'être malade. Mais je voyais bien que mon corps changeait. En mangeant une tonne de nourriture tous les soirs, ça ne pouvait pas faire autrement. Je me suis tournée vers l'exercice. J'allais au gym durant des heures pour manger davantage le soir», raconte la jeune femme. Le cercle vicieux aura duré près de trois ans.

«Pendant cette période, je ne voyais que très rarement ma famille et mes amies, qui étaient pour la plupart au Saguenay. C'est une collègue qui m'a questionnée lorsqu'elle s'est rendu compte que je passais tous mes temps libres au gym. Subtilement, elle m'a parlé d'une amie qui avait vécu un trouble alimentaire à l'adolescence. J'étais consciente que j'avais un problème, mais je ne pensais pas que j'étais boulimique. Je me disais que ça allait passer, que c'était une mauvaise passe», se souvient Caroline.

Mais cette mauvaise passe ne passait pas. Caroline a lutté durant des mois avant de consulter. Et les rages de nourriture étaient de plus en plus régulières. «C'était une dépendance. Je ne pouvais m'empêcher de m'empiffrer, c'était vraiment plus fort que moi.»

La collègue qui lui avait raconté l'histoire de son amie a été d'un grand réconfort pour Caroline. «Je me confiais de plus en plus à elle. Je n'en pouvais juste plus. J'étais épuisée et je ne savais pas comment m'en sortir. Je préférais en parler avec elle, que je ne connaissais pas beaucoup, plutôt qu'à mes amies et mes parents. J'avais honte», raconte celle qui s'est tournée, à 26 ans, vers une clinique d'aide pour personnes atteintes de troubles alimentaires de Montréal.

«J'ai rencontré un psychologue durant deux ans. J'ai dû réapprendre à m'alimenter correctement. C'est un cheminement qui a été long et j'ai eu besoin d'aide. Mais, j'ai réussi à m'en sortir et je regarde vers l'avenir. Je sais maintenant que je suis plus fragile que d'autres personnes face à l'alimentation et je fais attention», raconte celle qui a finalement pris la décision de revenir s'installer en région il y a deux ans.

Comment aider un proche?

Quoi faire lorsqu'un proche est atteint d'un trouble alimentaire? Comment réagir pour l'aider du mieux possible?

En marge de la semaine de sensibilisation aux troubles alimentaires, qui se tenait la semaine dernière, le Comité Enfaim a élaboré un dépliant, afin de guider ceux et celles qui voient un proche souffrir.

«On peut comparer les troubles alimentaires à l'alcoolisme. On ne peut pas faire grand-chose tant et aussi longtemps que la personne n'a pas pris conscience de son problème. Le boulimique, par exemple, va protéger sa maladie comme l'alcoolique protège sa bouteille», explique la fondatrice du Comité Enfaim, Patsy Noël.

«La première chose à faire, si vous croyez qu'un proche souffre d'un trouble alimentaire, c'est d'instaurer un climat de confiance. On peut lui exprimer notre inquiétude, sans juger ou faire des reproches. Il ne faut pas brusquer la personne ni essayer de gérer son alimentation. La meilleure chose à faire est de l'encourager à consulter un professionnel», explique Mme Noël, ajoutant que vivre avec quelqu'un qui souffre d'un trouble alimentaire peut être terriblement difficile.

«Toutes les habitudes changent et ce sont des inquiétudes constantes. J'ai rencontré des proches qui souffraient autant que la personne atteinte», confie la dame.

Vous pouvez joindre le Comité Enfaim en composant le 418 545-2222 ou en écrivant à l'adresse comiteenfaim@hotmail.com.

Définitions

Anorexie

L'anorexie mentale (aussi appelée anorexie nerveuse) se caractérise par un refus de maintenir un poids normal en fonction de l'âge et de la taille. La peur de devenir obèse incite les personnes souffrant d'anorexie à suivre des régimes très restrictifs. Elles ont parfois des épisodes de boulimie ou de purges. La perception de la réalité étant défaillante, la personne anorexique continue de se voir grosse malgré son faible poids.

Boulimie

Le mot boulimie provient du grec, boulimiôn, qui veut dire «faim de boeuf». La boulimie se manifeste par une envie hors de contrôle de s'alimenter. Peuvent ensuite suivre des périodes d'anorexie ou de graves restrictions alimentaires. Souvent, ces orgies alimentaires sont suivies par des purges comme les vomissements, ou l'usage de diurétiques et/ou laxatifs. Les purges donnent une impression de contrôle et déculpabilisent la personne face à ses excès alimentaires.

Hyperphagie

L'hyperphagie se caractérise par une perte de contrôle face à la nourriture, sans comportements compensatoires tels que l'exercice excessif, la prise de laxatifs ou le fait de se faire vomir après avoir mangé.

Bigorexie

La bigorexie, aussi appelée anorexie inversée ou complexe d'Adonis, se définit par une musculation compulsive et une suralimentation, en laissant toutefois de côté les matières grasses. Ce trouble touche davantage les hommes que les femmes.

Orthorexie

Du grec orthos, « correct », et orexis, « appétit », l'orthorexie est un ensemble de pratiques alimentaires caractérisé par l'ingestion d'une nourriture saine et le rejet systématique des aliments perçus comme malsains.

Mommyrexie

La mommyrexie est un trouble qui touche les femmes enceintes. La maladie se caractérise par le fait de vouloir maigrir durant la grossesse.

En chiffres

• 3% des filles âgées de 15 à 25 ans souffrent de troubles alimentaires

• 90% des personnes atteintes d'anorexie ou de boulimie sont des femmes.

Chaque année, on dénombre environ 100 décès au Canada, reliés aux conséquences des troubles alimentaires. Selon le comité Enfaim, le dernier décès causé par un trouble alimentaire dans la région remonte à quatre ans. Il s'agissait d'un grave cas d'anorexie.

(Sources: Statistiques Canada et le Comité Enfaim)

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