L'industrie minière au ralenti

Chantier du site minier du Lac Renard de... (PHOTO ARCHIVES FOURNIE PAR STORNOWAY)

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Chantier du site minier du Lac Renard de Stornoway à l'automne 2014.

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L'industrie minière traîne toujours de la patte. Aucun signe ne permet d'envisager une amélioration significative qui permettrait de secouer l'économie régionale en attendant la concrétisation des grands projets industriels dans le secteur de l'aluminium.

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Chantier du site minier du Lac Renard de Stornoway.

(Archives Le Quotidien)

«Il n'y a absolument rien dans le pipeline. C'est la mort totale», lance le géologue Réjean Girard, propriétaire de la firme IOS Services géoscientifiques, la plus importante firme de services de prospection minière de l'Est du Canada. Généralement, l'entreprise de Chicoutimi est en amont des projets puisqu'elle réalise, pour le compte de sociétés d'exploration, des contrats de services professionnels en géologie ainsi que des campagnes de forage et autres travaux nécessaires pour alimenter le montage d'un projet minier.

«L'an dernier, il ne s'est pas amassé pour plus de 5 M$ de financement en exploration par les sociétés québécoises. Ce montant, c'est moins que le chiffre d'affaires de mon entreprise il y a trois ans», souligne le géologue pour illustrer la très grande morosité de l'industrie. À l'approche du printemps, où les entreprises planchent sur les campagnes de prospection, l'industrie est toujours au ralenti.

«Il y a un peu de travail pour l'or en Abitibi, mais c'est minime», reprend Réjean Girard, qui est perplexe quant aux projections pour l'avenir. Au fil des ans, malgré le peu d'exploitation minière dans la région, plusieurs entreprises de génie-conseil et de construction avaient développé ce marché de niche. Aujourd'hui, tout comme les entreprises spécialisées dans le secteur, elles attendent la reprise.»

Projet prometteur

«Le projet le plus prometteur pour la région est celui de Ressources d'Arianne. C'est un projet robuste avec une bonne équipe en place. Leur défi est malgré tout de taille. Ils doivent trouver deux milliards$ alors que les prix du phosphate sont au plancher. Le projet doit être réalisé à temps pour permettre à la mine de profiter de la prochaine remontée des prix. La région ne peut pas se permettre de manquer ce projet. Ça va générer beaucoup d'argent et de retombées. L'autre projet, mine Arnaud de Sept-Îles, est mort et enterré et ça ne reviendra plus», reprend le géologue.

Si Réjean Girard a de bons mots pour le projet d'Arianne Phosphate, il est plus critique pour celui de la mine Stornoway dans les monts Otish. Ce projet n'a été d'aucun apport économique majeur pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean pendant la phase d'exploration et pendant la construction qui se déroule en ce moment.

«La Société québécoise d'exploration minière (SOQEM) a confié à une entreprise de Colombie-Britannique les travaux de prospection. Depuis les débuts des travaux de construction, ils ont acheté trois pintes de lait dans la région. On les a quelque part. Et vous avec la permission de l'écrire», insiste le géologue.

L'industrie du fer, qui génère beaucoup de retombées économiques pour les entreprises de la région, est visiblement celle qui traverse la crise la plus difficile en raison de l'effondrement radical des prix. La récession qui sévit en Chine explique ce ralentissement et il est toujours impossible, selon Réjean Girard, de prévoir le moment de la reprise en raison des particularités de l'économie chinoise.

«La Chine est le plus gros producteur de minerai de fer au monde. Ils sont en récession et ont donc le réflexe d'utiliser leur minerai avant d'en importer. On ne peut pas se fier à ce que le gouvernement chinois dit.»

L'industrie québécoise du fer doit aussi composer avec le prix de production de son minerai. Les coûts de production du minerai de fer dans le Nord-du-Québec sont de l'ordre 70$ la tonne. L'Australie produit la même tonne de minerai pour 27$.

«Des Australiens sont en visite au Saguenay en ce moment. Malgré la faiblesse de leurs coûts de production, leur industrie minière est dans la même situation que la nôtre. Toute l'Australie est affectée un peu comme le modèle du pétrole qui s'est effondré pour l'Alberta, mais dans leu cas, c'est tout le pays.»

Généralement, IOS Services géoscientifiques planche sur des projets ailleurs dans le monde, dont le continent africain. En ce moment, la crise ministère frappe aux quatre coins de la planète et pour pratiquement tous les minéraux.

L'industrie minière traîne toujours de la patte. Aucun... (Arianne Phosphate) - image 2.0

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Arianne Phosphate

Les grandes entreprises paralysées

Les tables à dessin des ingénieurs ne seront pas encombrées par les plans, dans les prochains mois. Tout le secteur du génie civil et de la construction d'infrastructures publiques et de projets hydroélectriques demeurera inactif, entraînant la paralysie des grandes entreprises de construction de la région.

Jeannot Harvey, le président du groupe Ceger qui détient 50% de la firme Cegertec WorleyParsons et une majorité des actions de l'entreprise Cegerco construction, n'y va pas par quatre chemins dans son analyse du paysage économique pour les entreprises de la région. «Ceux qui ne sont pas capables de trouver de nouvelles orientations vont devoir fermer leurs portes», insiste l'ingénieur.

Il a lui-même initié un important virage avec une réorganisation financière et des mises à pied devenues nécessaires en raison de la période économique anémique qui frappe en ce moment les marchés traditionnels québécois du génie-conseil que sont les secteurs des mines, des infrastructures et des grands ouvrages hydroélectriques. Dans un tel contexte, il ne voit pas comment une firme spécialisée dans le génie-conseil peut maintenir le cap.

«Nous regardons d'autres secteurs que nous ne voulons pas révéler pour le moment. Les entreprises que nous allons avoir en 2016 ne seront plus les mêmes que celles que nous avions en 2014-2015. Il faut se réorienter vers d'autres marchés pour garder les portes ouvertes. Il n'y a pas d'autre solution.»

«Nous sommes bien placés pour comprendre ce qui se passe. Les ingénieurs travaillent avant la réalisation des projets. En ce moment, ils ne travaillent pas. Ça veut dire que les entreprises de construction n'auront pas de contrat. Il risque d'y avoir une baisse de plus de 50% dans le marché de la construction en 2016 et ça sera pire qu'en 2015», insiste Jeannot Harvey.

Selon l'ingénieur, le programme fédéral d'infrastructures risque de créer des opportunités pour les entreprises, mais à lui seul ce programme ne suffira pas à relancer une industrie qui tourne plus qu'au ralenti en ce moment. «On peut croire qu'ils vont réaliser les projets pour lesquels ils ont pris des engagements, sans plus. Mais il faut du temps entre l'annonce d'un projet et sa réalisation.»

Le marché régional n'offre quant à lui que des petits contrats qui ne parviendront pas à provoquer une relance de l'ensemble de l'industrie de la construction. Rio Tinto Alcan, malgré des travaux à Laterrière et La Baie, n'a toujours pas donné d'indication sur les grands projets AP60 et Alma II. Jeannot Harvey ne s'attend pas à des miracles de ce côté.

La région compte plusieurs entreprises spécialisées dans les grands travaux de terrassement (routes, pontes, digues ou barrages). Le portrait n'est pas plus reluisant dans ce domaine pour le moment.

pas de miracles

«Ce n'est pas automatique. Si le gouvernement fédéral lance un programme, il faudra attendre une année ou deux pour identifier les projets et préparer les plans et devis. On sera sur le terrain avec les pelles mécaniques dans trois ans. Il reste quelques contrats à La Romaine et c'est tout. Il n'y a pas plus de place pour nous dans la région de Montréal», indique Jeannot Savard, directeur général d'Excavation de Chicoutimi.

Les entreprises de terrassement sont en attente des projets du ministère des Transports du Québec que le gouvernement annonce généralement avant le printemps. Encore là, Jeannot Savard ne s'attend pas à des miracles. Son entreprise réalise en ce moment le tronçon Chicoutimi-La Baie de l'autoroute 70. Elle a été plusieurs mois sans aucun contrat avant de présenter la plus basse soumission pour ce tronçon de route.

La rareté des projets touche aussi les grands immeubles commerciaux et industriels qui permettent de générer des contrats pour tout le secteur de la mécanique industrielle et la mécanique du bâtiment. Gilles Lévesque, le patron de Pro-Sag Mécanique, affirme que l'abandon du projet de FerroAtlantica, à Port-Cartier,va faire très mal à la région. «À vue de nez, un projet de 500 M$ à Port-Cartier aurait facilement généré des contrats de 100 M$ pour les entreprises de construction de la région.»

Pro-Sag Mécanique a déjà fait une croix pour l'année 2017. Gilles Lévesque est confiant pour une relance en 2017 après trois années très difficiles sans parler du fait que les entreprises du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont été écartées du projet de la mine Stornoway dans les monts Otish.

Situation variable d'une région à l'autre

Le ralentissement majeur dans les grands projets au Saguenay-Lac-Saint-Jean fera l'objet de discussions lors de la prochaine assemblée de l'Association de la construction du Québec (ACQ). La situation diffère significativement d'une région à l'autre.

Le président régional de l'ACQ et propriétaire de Nordex d'Alma, Yvon Potvin, admet que les entreprises de la région doivent envisager de travailler à l'extérieur de la région et de la province pour remplir leur carnet de commandes. Pour l'instant, rien ne permet aux entrepreneurs d'espérer des contrats majeurs à court terme.

«Nous allons discuter de cette situation lors de la prochaine assemblée de l'association. On constate que ce n'est pas la même chose ailleurs au Québec. Ça va assez bien dans la région des Cantons-de-l'Est et il y a des projets à Montréal. En ce moment, la région est pratiquement celle qui présente le moins d'opportunité pour des contrats.»

L'entreprise Nordex ne fait pas exception à la règle. Elle a en ce moment un contrat à la Romaine III qui sera complété au cours des prochains mois. Elle transportera ses bureaux au Manitoba pour un contrat réalisé avec l'entreprise Canmec.

«Le projet de La Romaine sera complété dans quatre ans. Ils font la route pour le dernier site et c'est le moins gros. Il n'y a pas d'autre projet de barrage pour le moment», ajoute le président régional de l'association.

«Malgré tout, nous restons positifs. Il y a dans la région de très bonnes entreprises de construction qui détiennent une grande expertise. Il faut attendre la reprise et le déblocage de gros projets», a conclu Yvon Potvin.

Difficile pour les travailleurs

Il n'y a pas que les entreprises qui doivent regarder vers d'autres cieux. Les travailleurs de la construction vivent aussi cette diminution marquée de l'activité et doivent accepter de quitter la région et même le Québec pour éviter de se retrouver au chômage et même à l'aide sociale dans certains cas.

L'agent d'affaires du Local 711 du Conseil provincial international des métiers de la construction Marc Simard organise en ce moment des séances de formation intensive pour les monteurs d'acier qui prendront la direction de Fort Hills, en Alberta, pour un projet de raffinerie. Les travailleurs doivent détenir les cartes spécifiques pour cette province.

«Certains disent que ça va finir rapidement et que le projet sera suspendu. D'autres nous laissent croire que ça va durer au moins deux ans. Les monteurs d'acier travaillent 14 jours et rentrent dans la région pour sept jours. Pour le moment, c'est ce qui permet d'éviter que nos membres arrivent à la fin des prestations de chômage», a expliqué au Quotidien le représentant syndical.

Le Quotidien a entendu à plusieurs reprises des entrepreneurs s'en remettre à l'espoir du démarrage du projet d'Arianne Phosphate pour secouer l'économie. Ils font aussi référence à un problème de taille en ce moment.

Les contrats sont rares. Les soumissions sont très basses et dans plusieurs cas, les entreprises ne font que couvrir les frais.

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