Écoles: les échanges de photos osées sont fréquents

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La diffusion de matériel pornographique juvénile est une pratique répandue chez les élèves qui fréquentent les écoles secondaires de la région, selon la Sécurité publique de Saguenay (SPS).

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Les événements survenus à l'école secondaire des Grandes-Marées de La Baie impliquant la production et la diffusion de matériel de pornographie juvénile ne sont, en fait, que la pointe de l'iceberg. Cette pratique est répandue dans les écoles de la région et les jeunes sont, pour la plupart, inconscients des conséquences de leurs gestes.

La Sûreté du Québec enquête sur une histoire de production, de possession et de distribution de photographies osées impliquant des mineurs. Plus tôt cette semaine, Le Quotidien révélait que des jeunes garçons de la polyvalente baieriveraine ont été suspendus. S'il ne peut commenter cette affaire dans le détail, le policier Carl Tremblay, préventionniste à la Sécurité publique de Saguenay (SPS), a accepté de parler du phénomène. Par la bande, il souhaite sensibiliser les jeunes et leurs parents quant à l'utilisation judicieuse des textos et d'Internet.

«Si on analysait le contenu des cellulaires de tous les jeunes qui fréquentent nos écoles, on ferait un saut. Les garçons collectionnent les photos de filles comme des cartes de hockey. Même les filles ont leurs collections de pénis», affirme le constable, qui est présent dans les écoles secondaires de Chicoutimi et La Baie chaque jour depuis 18 mois.

Les situations pouvant mener à de l'extorsion et du chantage à la suite d'échanges d'images ou de vidéos compromettantes n'arrivent pas seulement ailleurs. Carl Tremblay en a été témoin et rappelle que ces événements brisent des vies. Ceci n'est pas sans rappeler le dossier Amanda Todd, cette jeune Britano-Colombienne qui s'est suicidée en 2012 après avoir été victime de harcèlement. L'adolescente avait envoyé une photo de sa poitrine à un internaute, qui l'a ensuite utilisée pour la faire chanter.

«Quand ils ont 14 ans, les jeunes se disent ''on s'aime, on va se marier''. Avant que la fille ait le temps de s'en rendre compte, la relation est finie et sa photo est rendue partout sur la planète. Souvent, les jeunes viennent nous voir parce qu'ils veulent que la situation arrête. Quand c'est rendu que l'école ne te dit plus rien, c'est pas drôle», image le policier Tremblay.

Les policiers Carl Tremblay et Dominic Simard lancent... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 2.0

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Les policiers Carl Tremblay et Dominic Simard lancent un appel aux parents et les invitent à mieux contrôler et encadrer l'utilisation du téléphone cellulaire.

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«Je travaille avec des gens de coeur»

Carl Tremblay a sa mission tatouée sur le coeur. Le patrouilleur, que certains reconnaîtront comme l'un des deux policiers décorés pour leur intervention lors d'une prise d'otage au Comfort Inn de Chicoutimi en 2014, oeuvre en milieu scolaire depuis un an et demi.

«Tu dois avoir ça à coeur. Quand il arrive une problématique X dans une école, une armée se mobilise autour du jeune et tout le monde débarque. Les gens ne le savent pas, mais l'école fait un travail incroyable pour protéger le jeune», exprime Carl Tremblay, père de deux enfants.

L'agent Tremblay retournera éventuellement à la patrouille comme sergent, non sans un petit pincement.

«Je n'en parle pas souvent, mais des fois, je trouve ça plus dur de faire ce que je fais dans les écoles que d'être sur la patrouille. Ça travaille beaucoup les émotions. Veux, veux pas, les gens me confient leurs trésors. Ce qu'ils ont de plus précieux: leurs enfants», pointe-t-il.

Carl Tremblay recevra bientôt une reconnaissance fédérale pour l'action méritoire réalisée au Comfort Inn.

«J'aime travailler pour les citoyens. Ma mission, c'est ça et je la prends au sérieux. Les gens paient pour avoir un service de police qui est là pour eux. Pour moi, il n'y a pas de compromis sur la qualité du travail», fait valoir le policier, qui a joint la SPS en 2002 après avoir oeuvré comme gardien de prison pendant six ans.

Une étiquette honteuse qui colle à vie

Le constable Carl Tremblay déplore la méconnaissance générale des lois en matière de pornographie juvénile et souhaite qu'adolescents et parents prennent collectivement conscience de la gravité de certains gestes. Il rappelle que dès qu'il y a transmission ou distribution d'un écrit, d'une représentation ou d'un enregistrement sonore qui concerne une activité à caractère sexuel impliquant une personne de moins de 18 ans, il s'agit d'une infraction au Code criminel.

Il n'est pas rare que des mineurs se retrouvent avec des dossiers criminels en cette matière, dit Carl Tremblay. Cependant, les histoires ne sont pas toutes médiatisées comme celle de La Baie, qui a éclaté au grand jour cette semaine après l'intervention d'un parent et de jeunes filles impliquées.

«Il y a beaucoup d'ignorance et de banalisation. Les jeunes ne pensent pas que quand ils envoient des photos pornographiques d'eux-mêmes, ils peuvent être reconnus coupables de diffusion de matériel pornographique juvénile. Pour la pornographie juvénile, il n'y a pas de pardon. C'est une étiquette honteuse qui va te suivre toute ta vie et qui va t'empêcher de travailler auprès d'une clientèle vulnérable», met en relief le policier.

Les cellulaires devraient être interdits, selon le sergent Simard

Sergent à l'Unité prévention, intervention, judiciaire et communautaire, Dominic Simard croit que les cellulaires n'ont pas leur place dans les écoles et que les parents devraient exercer leur autorité à ce sujet.

Un adolescent devrait-il posséder un cellulaire? Les policiers Carl Tremblay et Dominic Simard émettent des réserves. Le sergent fait valoir que les entreprises de téléphonie ne peuvent vendre de forfaits à des jeunes âgés de moins de 18 ans, un règlement qui, selon lui, en dit long.

«On a un appareil destiné aux adultes qui est confié à un jeune. Est-ce un besoin primaire? Est-ce qu'ils sont capables de vivre sans cellulaire? La réponse est oui», martèle-t-il.

Bien sûr, la pression des pairs est immense. Si les parents cèdent aux demandes répétées de leur progéniture, ils doivent toutefois assumer leur part de responsabilités.

«C'est toi l'adulte. Ton jeune, il n'a pas l'expérience de vie pour comprendre. Logiquement, les parents ont un rôle à jouer. Pendant que le jeune est au sous-sol, branché sur Internet, tu le penses à l'abri. C'est un faux sentiment de sécurité», dit Carl Tremblay.

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