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Graphic Packaging: d'ex-travailleurs floués

L'usine de Graphic Packaging à Jonquière a fermé... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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L'usine de Graphic Packaging à Jonquière a fermé en 2015.

Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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La guigne s'acharne sur un groupe d'ex-travailleurs de la cartonnerie Graphic Packaging de Jonquière alors que plusieurs ont investi leur indemnité de départ obtenue lors de la fermeture entre les mains d'un conseiller en assurances et rentes collectives qui a rapidement flairé l'entrée d'argent dans les comptes REER de Bâtirente.

Selon les informations obtenues par Le Quotidien auprès de sources très bien informées au cours des deux derniers jours, un peu plus d'une dizaine d'ex-travailleurs ont perdu ou risquent de perdre, dans les prochains jours, des montants de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Ce conseiller, qui oeuvrait depuis pratiquement 10 ans auprès des travailleurs et du syndicat FIM-CSN de l'usine, a profité de la crédibilité qu'il avait acquise auprès des personnes du groupe pour leur faire croire, sur une base individuelle, qu'il était en mesure de leur procurer des rendements mirobolants. 

Il n'est pas impossible que le conseiller en planification financière spécialisé dans les assurances et les véhicules de placement pour les retraites ait fait d'autres victimes dans le groupe.

«Tout a débuté il y a huit ou dix semaines quand on a entendu parler que d'ex-travailleurs avaient des problèmes avec une personne qui avait agi auprès du groupe dans le passé pour des services financiers. Il y a eu un cas, puis un deuxième, trois, quatre, cinq et maintenant, c'est un peu plus. On parle d'une dizaine. Ce sont uniquement ceux qui en font état de façon ouverte», a raconté au Quotidien un ex-travailleur qui a préféré conserver l'anonymat de peur des poursuites judiciaires puisque, pour le moment, les témoignages diffèrent quant au modus operandi du conseiller financier.

En fait, l'homme ciblait un ex-travailleur et lui indiquait qu'il avait une proposition à lui faire. Le travailleur qui acceptait la proposition effectuait une demande auprès de l'administrateur de son compte REER Bâtirente pour effectuer un retrait. Il remettait ensuite le montant entre les mains du fraudeur pour réaliser le placement en question. Il a répété cette manoeuvre à plusieurs reprises en s'assurant que les individus n'informent personne de la proposition.

Dans le milieu financier, la stratégie mise en place au sein de ce groupe s'assimile au «système de Ponzi». Le conseiller s'engage auprès d'un client à lui procurer des rendements importants pour un investissement X et le rembourse à même l'argent recueilli auprès d'un autre client. Le système fonctionne jusqu'à ce que la source se tarisse et dans le cas actuel, il semble que rapidement, des ex-travailleurs ont constaté que les promesses de rendement ne se réalisaient pas.

«Les chiffres que vous mentionnez sont exacts pour le moment. La crainte que nous avons, c'est qu'il s'agisse de la pointe de l'iceberg et que le problème soit beaucoup plus important. Certains ne veulent pas parler, car ils craignent de se faire juger pour avoir mordu aussi facilement à l'hameçon. Ils n'ont pas à se cacher, ils ont simplement fait confiance à une personne qu'ils connaissent depuis longtemps et qui leur offrait des rendements plus qu'intéressants alors qu'ils se trouvaient dans une situation difficile», a rapporté au Quotidien une autre source qui évoque sérieusement la possibilité d'un système très étendu qui pourrait possiblement toucher des personnes autres que celles du groupe des ex-travailleurs de Graphic Packaging.

Une enquête est en cours

Le directeur général du système de retraite Bâtirente associé à la centrale syndicale CSN, Denis Simard, confirme avoir été informé de la situation problématique vécue par certains de ses membres jeudi dernier.

«Nous avons reçu une information traitant d'un comportement particulier d'une personne associée à notre cabinet. L'information faisait état d'emprunts d'argent auprès de certaines personnes qui détenaient des comptes REER et de promesses pour des rendements par différents moyens», a indiqué au Quotidien le patron de Bâtirente au cours d'une entrevue accordée en fin d'après-midi, vendredi.

À partir de cette information, Bâtirente a immédiatement contacté ce conseiller qui n'est pas à son emploi, mais autorisé à vendre ses produits financiers, afin de vérifier la nature exacte des informations obtenues. Les dirigeants de Bâtirente ont alors jugé que la situation exigeait des mesures rapides afin de mettre un terme à cette situation.

«Nous avons informé l'Autorité des marchés financiers de cette affaire. Nous avons également détaché l'individu en cause de notre cabinet. Par après, nous avons amorcé notre propre enquête auprès des travailleurs en plus de déposer une plainte auprès du syndic de la chambre de la sécurité financière», reprend Denis Simard, tout en demeurant prudent pour éviter de nuire aux travaux des enquêteurs.

Il a toutefois voulu préciser certains faits quant à la sécurité des comptes des membres du système de retraite Bâtirente. Dans cette affaire, le conseiller financier fautif n'a jamais eu accès directement aux comptes REER des travailleurs concernés. Ce sont les victimes qui réalisaient les démarches pour effectuer les retraits de leur compte selon une procédure habituelle pour ce genre de transaction.

«Ce sont des transactions régulières effectuées par nos membres. Ils effectuent des retraits de leur compte REER en fonction de leur besoin. Il n'y avait pas d'indication de situation anormale concernant les retraits effectués par les personnes victimes de cet individu», a expliqué Denis Simard.

Toujours selon les dires du directeur, les premiers faits concernant cette affaire remontent à 2014. Par contre, personne n'a contacté Bâtirente pour l'informer de la situation avant jeudi dernier. Le directeur général a passé la journée de jeudi dans la région pour rencontrer des travailleurs concernés.

Bâtirente n'est pas en mesure, pour le moment, de quantifier l'ampleur des sommes qui ont été transigées vers le conseiller financier. Il est même difficile pour l'institution de suivre la trace de l'argent si les victimes ne s'identifient pas.

Cette histoire démontre une fois de plus que les promesses de rendements exceptionnels pour des placements financiers à très court terme dissimulent toujours des intentions malveillantes de la part de celui qui prend de tels engagements. Les affaires Vincent Lacroix et Bernard Maldof se reproduisent encore régulièrement.

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