Jean-Pierre Bergeron parle de suicide et d'homophobie

Le comédien jonquiérois Jean-Pierre Bergeron était de passage... (Le Quotidien, Marianne L. St-Gelais)

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Le comédien jonquiérois Jean-Pierre Bergeron était de passage au Cercle de presse mercredi.

Le Quotidien, Marianne L. St-Gelais

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Normand Boivin
Le Quotidien

Passer son adolescence à se faire traiter de tapette, aller jusqu'à craindre pour son intégrité physique parce qu'on est l'objet de menaces et attendre 60 ans pour sortir du placard, ça donne l'occasion de penser au suicide plus d'une fois.

Malgré tout, c'est un message d'espoir qu'est venu livrer Jean-Pierre Bergeron au Cercle de presse du Saguenay, mercredi matin, dans le cadre de la Semaine de la prévention du suicide.

De l'espoir, il y en a; car le comédien de 64 ans originaire de Jonquière est passé au travers et estime mener, depuis 35 ans, une vie qui vaut la peine d'être vécue.

«Cette question - la vie vaut-elle la peine d'être vécue? -, je me la suis posée longtemps. Malheureusement, elle mène certains à passer aux actes (suicide). J'ai grandi comme homosexuel dans une société homophobe et j'y ai souvent pensé», a confié le comédien et auteur. Et même aujourd'hui, malgré son «coming out» d'il y a trois ans, il y a des mots qui sortent difficilement de sa bouche. 

«Ce matin, c'est la première fois que je prononce le mot "tapette" en parlant de moi. Je le fais parce que j'ai entendu Lucien Bouchard le dire lui-même sur YouTube. Même s'il est hétéro, on le traitait de tapette parce qu'il fréquentait le cours classique à Jonquière. Alors si lui est capable de le dire, moi aussi je le peux.»

De ces années difficiles, où il cherchait une voie convenant à un homosexuel né au début des années 50, Jean-Pierre Bergeron se félicite aujourd'hui d'être passé au travers sans aller jusqu'à l'acte. Mais même si la société a évolué, il estime que les jeunes d'aujourd'hui l'ont à peine plus facile. Le grand malaise qu'il a vécu à l'époque est moins fréquent, mais il y a encore beaucoup d'intimidation dans les cours d'école.

«Je leur dis de rester en vie, et qu'avec de la persévérance, ils vont faire des rencontres, avoir des opportunités - je ne sais pas lesquelles -, mais ils finiront par se rendre compte que la vie vaut la peine d'être vécue, comme ça m'est arrivé à l'aube de la trentaine.»

Un sens à la vie

C'est un peu pour ça que Jean-Pierre Bergeron écrit des scénarios de films. Le premier, Alone with Mr Carter, et le prochain en cours de production, Hitchhiking in the Dark, qui s'attaquent aux tabous.

À force de le dire, il espère que les barrières vont tomber, que les homosexuels vont sortir de l'isolement dans lequel il s'était lui-même enfermé pendant 60 ans.

«C'est peut-être bizarre à dire, mais le métier d'acteur, comme par exemple celui de professeur, est l'un de ceux où c'est le plus difficile de sortir du placard. Moi, avec mon gabarit, je jouais des rôles parfois de dur; et je faisais beaucoup de pubs associées aux hommes (de l'huile à moteur, par exemple). J'avais donc peur qu'en avouant mon homosexualité, on me prive de ces rôles, de ne plus travailler. Sur les plateaux de tournage, dit-il, que ce soit au Québec ou aux États-Unis, j'avais tendance à m'isoler, car je fuyais les conversations. J'étais obsédé par l'idée qu'on me demande comment vont ma femme et mes enfants ou encore pire, qu'on me demande si j'avais un chum.»

Ça lui a donc pris du temps à faire son «coming out» dans les médias, même si son entourage le savait déjà. 

«Finalement, c'est le contraire qui s'est produit. Non seulement on m'offre les mêmes rôles, mais d'autres se sont ajoutés. On m'a offert de jouer un transgenre dans la deuxième saison de Complexe G qui sera diffusée à TVA.»

Maintenant qu'il s'est donné un droit de parole, Jean-Pierre Bergeron explique sa nouvelle carrière d'auteur par le besoin de laisser quelque chose.

«Moi, je n'ai pas d'enfant et un jour, je vais mourir. J'ai donc besoin de donner un sens à ma vie, de laisser quelque chose.»

Jean-Pierre Bergeron admet que ses scénarios partiellement autobiographiques sont audacieux. Il explique qu'il cherche ainsi à boucher des trous par des sujets que personne n'aborde. 

«Alone with Mr Carter est un sujet difficile, car ça parle du désir d'un jeune homosexuel pour des hommes plus âgés. C'est ce que moi j'ai vécu. Dans Hitchhiking in the Dark, je vais traiter de mon enfance dans les années 60, et ce sera comme un film des années 60, mais avec des sujets qu'on ne pouvait pas aborder à l'époque. J'espère ainsi contribuer à faire changer la mentalité des gens.»

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