Victime deux fois plutôt qu'une

La mère de la victime préfère conserver l'anonymat... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie.)

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La mère de la victime préfère conserver l'anonymat pour protéger l'identité de son fils.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie.

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Vivre avec un enfant différent représente un défi quotidien. Voir son enfant victime d'un abus sexuel bouleverse toute la vie familiale.

C'est ce qu'a vécu Nancy (non fictif), la mère de la victime d'André Gagnon, ce gestionnaire d'une résidence en déficience intellectuelle de Chicoutimi. Le quinquagénaire a plaidé coupable, cette semaine, à des accusations d'abus de confiance sur une personne à des fins sexuelles.

Il y a plus de deux ans, Gagnon avait amené le bénéficiaire de 19 ans à son chalet privé de Chambord. Il y a eu fellation et attouchements durant cette escapade non autorisée par les parents ou le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CRDITED), à qui appartient la résidence.

«J'avais confié mon enfant à cette personne, car j'avais confiance. C'était un de leurs meilleurs, selon les gens du CRDI. Et ça faisait longtemps qu'on cherchait un endroit pour mon fils. Il avait vraiment besoin d'encadrement. On était donc vraiment contents d'avoir déniché cet endroit», raconte la mère, une travailleuse sociale qui a bien voulu se confier au Quotidien à la suite du plaidoyer de culpabilité de Gagnon.

C'est son fils, présentant une déficience intellectuelle légère, qui l'a alertée. Au dépôt de la plainte, le gestionnaire a été immédiatement retiré de la résidence. Mais depuis le début des procédures judiciaires, aucun représentant officiel du système de santé et de services sociaux n'a présenté d'excuses auprès de la famille de la victime.

«L'organisation ne s'est jamais excusée, même pas un petit mot. Je sais que débusquer un potentiel abuseur, c'est difficile. Je ne leur en voulais pas. Les gens du CRDI ne sont pas responsables de ce qui s'est passé. Mais ils sont responsables de la suite des choses», ajoute celle qui préfère conserver l'anonymat pour protéger l'identité de son fils.

À la suite des événements, le CRDITED a retourné le jeune bénéficiaire aux parents plutôt que de trouver une autre résidence. La mère de la victime s'est d'ailleurs sentie abandonnée par le réseau.

«Il était complètement désorganisé. Il était en crise la nuit. J'appelais des responsables au CRDI et on me répondait ''comprenez que nous aussi on est en crise''. Leur première réaction, c'était de se protéger et non de nous aider. Je me suis sentie vraiment trahie par le système. Un cadre m'a même dit que mon fils avait cherché l'attention d'André Gagnon», déplore la mère.

La dame a traversé difficilement les procédures judiciaires. La vie sexuelle de son fils a été étalée en cour. Les accusations d'agressions sexuelles ont d'ailleurs été modifiées à la suite de l'enquête préliminaire, pour une accusation d'abus de confiance sur une personne à des fins d'ordre sexuel.

«Je comprends ce que peuvent sentir les femmes victimes qui se font questionner sur la longueur de la jupe ou sur leur attitude. Je trouvais que les questions sur ses habitudes sexuelles n'avaient pas leur place. Gagnon n'aurait jamais dû amener mon fils à son chalet et faire ces gestes, peu importe le comportement de mon fils», insiste la dame.

Quelque deux ans après le début des procédures, le jeune homme se porte mieux. La famille reçoit maintenant de meilleurs services, admet la mère.

«L'équipe s'est ressoudée. Il y a de nouveaux cadres aussi dans le portrait. Aujourd'hui, ça marche bien. Mon fils connaît d'ailleurs une montée spectaculaire», constate la dame, qui attend avec impatience la sentence de Gagnon.

Ce dernier doit revenir au Palais de justice de Roberval le 25 mai pour les représentations sur la peine.

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