Les employés de garage disent oui à 94%

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Le président du Syndicat démocratique des employés de garage du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CSD), Georges Bouchard (au centre), s'est dit heureux que ses membres aient voté à 94 pour cent en faveur de l'entente de principe.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Le plus long conflit de travail de l'histoire du Québec est terminé. Les salariés de 26 concessionnaires automobiles de la région, en lock-out depuis près de trois ans, ont accepté à 94 pour cent l'entente de principe conclue entre la partie patronale et le Syndicat démocratique des employés de garage du Saguenay-Lac-Saint-Jean (SDEG-CSD).

L'entente prévoit toutefois un retour progressif des travailleurs. Environ 125 des quelque 300 membres toujours affiliés au syndicat prendront le chemin des garages lundi. Les conditions du marché dicteront le retour graduel des 175 salariés restant. Le syndicat se montre confiant et croit que la totalité des travailleurs aura repris du service d'ici au printemps.

Le vote massif en faveur du renouvellement de la convention collective pour les six prochaines années est survenu au terme d'une longue assemblée qui s'est déroulée samedi à l'hôtel Le Montagnais de Chicoutimi. Les employés sont entrés dans la salle vers 9h30 et n'en sont ressortis qu'après 18h. Les discussions se sont avérées houleuses par moments, une tension que le président du Syndicat, Georges Bouchard, attribue à des mois de frustration accumulée et une journée riche en émotions de toutes sortes.

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Quelque 300 employés de garage ont participé à l'assemblée générale.

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Il faut dire que la nouvelle du retour progressif, lequel se fera dans le respect de l'ancienneté, n'était pas attendue des travailleurs et a provoqué un certain mécontentement.

«C'est une belle et bonne entente. Nous avons obtenu un résultat fort après une longue journée chargée d'émotions. Il y a eu un peu de défoulement collectif. Les gens en avaient gros sur le coeur», a convenu Georges Bouchard, interrogé quelques minutes après le dévoilement des résultats du vote.

Le syndicaliste, qui a été critiqué par des membres au cours des derniers mois, s'est réjoui de l'appui massif des salariés à l'entente de principe.

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Le président du Syndicat démocratique des employés de garage du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CSD), Georges Bouchard (au micro), s'est dit heureux que ses membres aient voté à 94 pour cent en faveur de l'entente de principe.

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Le président national de la CSD, François Vaudreuil, prévoit le retour au travail de l'ensemble des travailleurs des concessionnaires automobiles dans un horizon de quelques semaines.

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Dette

L'assemblée d'hier s'est prolongée pour plusieurs raisons. En plus d'expliquer les tenants et aboutissants du projet de convention et du protocole de retour au travail des membres, les représentants syndicaux ont également dû faire le point sur l'état de la dette. Pendant toute la durée du conflit, les employés en lock-out ont reçu une allocation globale de 400$ par semaine. De ce montant, 225$ étaient versés par le syndicat CSD.

La portion restante, 175$, provenait d'un prêt contracté par la centrale syndicale auprès d'une institution financière à un taux préférentiel. La dette accumulée totalise 6,1 millions$, soit l'équivalent d'environ 25 000$ par travailleur. Après avoir reçu un portrait de situation livré par le trésorier national de la CSD, Serge Tremblay, les salariés ont été invités à se prononcer sur un plan de redressement. Dans une proportion de 93 pour cent, ils ont accepté que les travailleurs qui reprendront du service demain déboursent la somme de 175$ par semaine pour rembourser le prêt. Au fur et à mesure que leurs collègues reviendront au travail, leur cotisation hebdomadaire sera réduite.

Une assemblée aura lieu le 5 mars pour faire le point et statuer sur la suite des choses.

«Je vais présenter un rapport qui inclura d'autres mesures pour réduire les coûts. D'ici l'automne, plusieurs gestes seront posés pour réduire la cotisation des travailleurs. Notre cible est d'en arriver à un montant inférieur à 100$ par semaine», a expliqué le grand argentier de la CSD, au cours d'un entretien accordé au Progrès-Dimanche.

Les membres applaudissent l'entente

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Yves Gagnon ne fait pas partie des garagistes qui retourneront travailler lundi, après 34 mois de conflit. L'employé de Perron Auto Ford croit toutefois pouvoir reprendre du service bientôt.

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Si l'annonce des résultats du vote sur l'entente de principe a été accueillie par des applaudissements sentis de la part des membres, l'assemblée n'était toutefois pas en liesse, comme on aurait pu s'y attendre après 34 mois de lock-out.

Au terme de la rencontre, l'ambiance était mitigée chez les salariés. Certains des plus anciens, qui retourneront au boulot demain, affichaient un sourire plus large que des collègues qui devront patienter encore avant de dépoussiérer leur coffre à outils.

«Je suis content et je suis soulagé. Nous avons de bonnes ententes avec l'employeur et le retour devrait bien aller. Le climat doit être sain, on n'a pas le choix. Le 175$ que je vais payer pour la dette ne m'énerve pas», a mis en relief Étienne Blackburn, le plus ancien des employés de garage d'Alma Toyota, avec 28 années de service.

Son collègue de la profession, Yves Gagnon, devra attendre un peu. Il ne fait pas partie des plus vieux et ne sait donc pas quand il pourra retourner travailler chez Perron Auto Ford.

«Je suis satisfait, même si je ne suis pas dans les premiers. Je pense que d'ici un mois, tout le monde sera rappelé», a opiné le syndiqué, rencontré à l'issue de l'assemblée qui aura duré près de dix heures.

Dès lundi, des rencontres auront lieu impliquant représentants syndicaux et patronaux pour définir les termes du retour au travail. Des activités de formation devront être dispensées aux garagistes qui n'ont pas travaillé depuis trois ans.

Par ailleurs, le Syndicat démocratique des employés de garage du Saguenay-Lac-Saint-Jean a rappelé à ses membres que des mesures particulières seront mises en place pour soutenir les travailleurs qui se trouvent aujourd'hui dans une situation financière précaire.

«Il y a peut-être des personnes qui sont dans le besoin. On va regarder et accueillir les demandes de ces travailleurs qui ont des difficultés», a informé Georges Bouchard.

L'appui des centrales syndicales sollicité

Le SDEG entend demander l'appui d'autres centrales syndicales pour l'aider à éponger la dette accumulée pendant le lock-out.

«On va tout tenter pour essayer d'amoindrir les coûts», a assuré Georges Bouchard, lorsqu'il s'est adressé à l'assemblée.

Quant aux «conditions du marché», dont le sort de 150 garagistes et techniciens de garage dépend, le président est optimiste.

«On s'est engagés à donner un service professionnel. On est confiants que les clients du Saguenay-Lac-Saint-Jean seront au rendez-vous», a-t-il déclaré.

Le président national de la CSD, François Vaudreuil, a pour sa part signifié que son organisation veut mettre en place les conditions qui feront en sorte que les gens «seront très heureux de retourner dans les concessions du Saguenay-Lac-Saint-Jean».

Enfin, notons qu'environ 150 membres du SDEG ont quitté leur emploi pendant le lock-out. Certains sont maintenant retraités et d'autres se sont déniché un travail ailleurs. La nouvelle convention collective sera signée ce matin.

Les concessionnaires satisfaits

Le directeur général de la Corporation des concessionnaires automobiles du Saguenay-Lac-Saint-Jean se réjouit de l'entente conclue avec le syndicat. Sylvain Gauthier fait part du désir de la partie patronale de «tirer un trait sur le passé et regarder vers l'avenir».

Les deux parties ont convenu de mettre sur pied un comité paritaire de relations de travail et de gestion des ressources humaines pour s'assurer que le retour au travail des employés de garage se déroule de façon harmonieuse.

«Pour nous, c'est un soulagement d'apprendre que l'entente a été acceptée. Nous ce qu'on souhaite, c'est la reprise des activités. La partie syndicale nous a signifié, et nous leur avons signifié aussi que nous voulons travailler en étroite collaboration pour le faire», a résumé M. Gauthier, joint par téléphone.

Le directeur général prédit un retour de l'ensemble des employés assez rapidement.

«Nos organisations se doivent de solliciter la clientèle pour les ramener vers les concessions. Suivant l'exercice qu'on va mener, on a fort à parier que la clientèle va bien réagir et qu'on va être capables, rapidement, d'aller chercher plus de volume de travail pour l'ensemble de nos syndiqués», a conclu Sylvain Gauthier.

L'entente en bref

• Augmentation salariale de 17,2 % échelonnée sur six ans, dont 2% dès le retour au travail et 3 % le 1er mars 2016;

• L'horaire de travail prévoit l'alternance d'une semaine de travail de 40 heures sur cinq jours et d'une semaine de 32 heures sur quatre jours, soit une moyenne de 36 heures par semaine;

• Les salariés conservent une protection suffisante quant au maintien des emplois face à la possibilité qu'ont les employeurs de recourir à la sous-traitance;

• Le travail des cadres est balisé;

• L'entente garantit aux salariés une rémunération hebdomadaire;

• Majoration de la contribution de l'employeur à l'assurance collective;

• Statu quo au niveau des vacances et du fonds de pension;

• En cas de fermeture de départements de carrosserie, des salariés pourront être transférés. Les autres pourront recevoir une indemnité équivalant à deux semaines par année d'ancienneté.

Source : Syndicat démocratique des employés de garage du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CSD)

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