Étudier les incidents au travail et la santé mentale

Les membres réguliers du laboratoire, Kevin Brassard, Lise... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Les membres réguliers du laboratoire, Kevin Brassard, Lise Plourde, Stéphane Aubin, Jacinthe Douesnard et Caroline Gagné, sont spécialisés en psychologie organisationnelle, en management et en gestions des opérations.

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On pourrait croire que les incidents critiques en milieu de travail (ICMT) ne touchent que les corps de métiers risqués comme les pompiers ou les policiers. En fait, cela fait référence à toute situation qui sort de l'ordinaire et qui provoque un impact psychologique, d'un accident de travail à une perte d'emplois massive, en passant par le harcèlement ou la fameuse «fois de trop». Le Laboratoire de recherche et d'intervention sur les ICMT de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) étend ainsi son champ d'études à tout ce qui touche la santé mentale. Voici un aperçu des travaux de l'équipe multidisciplinaire.

Réseau de la santé

La situation des gestionnaires du réseau de la santé au Québec est «alarmante», selon une étude réalisée tout juste avant la réforme du ministre Gaétan Barrette au début de 2015. Un millier d'entre eux ont été interrogés. Près de la moitié présentaient des signes de détresse psychologique élevés ou très élevés, et presque le tiers des répondants montraient de l'épuisement professionnel.

«Imaginez maintenant, avec la restructuration», ont confié les intervenants du nouveau Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la région, lorsque les résultats leur ont été expliqués.

«Dans nos recherches, on essaie de voir quels facteurs, ou mauvaises pratiques de gestion, sont impliqués. Dans ce cas, c'est plutôt bizarre, car ils étaient tous liés: le manque d'autonomie dans la prise de décision, la surcharge de travail, le manque de reconnaissance de la part des supérieurs, un soutien faible des collègues...», énumère la professeure responsable du laboratoire, Jacinthe Douesnard. D'autres entrevues pourraient être menées en 2017 afin d'analyser les impacts de la réforme sur les gestionnaires.

Domaine financier

Les banques sont un champ d'études intéressant en raison des risques de vols à main armée. Le laboratoire monte cette fois un questionnaire qui s'adresse aux contrôleurs financiers afin d'évaluer leur santé psychologique.

L'hypothèse, qui vient de collègues en lien avec le milieu, est que les travailleurs n'atteignent pas leur plein potentiel. Ce type d'organisation privilégierait l'individualisme et créerait un faux sentiment d'autonomie, alors que les décisions des contrôleurs doivent en fait être approuvées par plusieurs autres instances. «Peut-être aussi que ça va super bien. C'est ce qu'on va voir!», lance la professeure Douesnard.

Sécurité incendie

Les pompiers sont le sujet de prédilection de Jacinthe Douesnard, qui a publié sa thèse sur eux en 2012. Même s'ils sont confrontés régulièrement à des drames, leur état mental est étonnamment bon et ils présentent moins de signes de détresse que la moyenne des travailleurs québécois. «Il faut comprendre ce qui les fait tenir pour l'implanter ailleurs», soutient la professeure.

Les valeurs des dirigeants des casernes auraient un grand impact. Ceux qui adoptent une approche plus «familiale», en permettant par exemple aux pompiers de se réunir autour de la table de la cuisine pour analyser l'opération qu'ils viennent d'accomplir, observent leur équipe en meilleure santé psychologique. Mais qu'arrive-t-il pour les pompiers à temps partiel, sur appel, qui représentent 80% des effectifs au Québec? Mme Douesnard aborde cet angle dans ses plus récents travaux, en cours de rédaction finale.

«Ils sont moins bien accompagnés. Après l'incendie, ils retournent à leurs autres occupations. Ils n'ont pas le temps de digérer et de se rejouer ensemble le fil des évènements», avance-t-elle.

La chercheuse vient de déposer une demande de subvention pour un autre projet sur les pompières. «Le but est de documenter leur situation, de dresser un portrait spécifique, de retracer leur parcours et d'éclairer les défis de leur insertion professionnelle. Je sais qu'il y a des exemples de réussite, mais pourquoi l'intégration des femmes se passe bien dans certains services, et que dans d'autres c'est plus difficile?»

Des intervenants du milieu ont eux-mêmes approché la professeure, preuve que le laboratoire s'assure que les connaissances développées retournent à ceux qui doivent les utiliser quotidiennement. Une étudiante mène aussi une recherche sur le harcèlement psychologique subi par les gestionnaires des services de sécurité incendie.

Une protection essentielle

«Qui de mieux placé que quelqu'un qui connaît les réalités de votre travail pour l'apprécier? La reconnaissance des collègues est la meilleure protection en santé mentale», indique la professeure Jacinthe Douesnard, responsable du Laboratoire de recherche et d'intervention sur les incidents critiques en milieu de travail (ICMT).

Les travaux des membres reposent sur la théorie européenne de la psychodynamique du travail, qui explique pourquoi des employés surchargés, qui manquent de reconnaissance de la part de leur patron, peuvent tout de même s'épanouir au boulot.

«Parler, c'est penser. On travaille quand on réfléchit avec nos collègues. Malheureusement, peu d'organisations le permettent, on fait la chasse aux temps morts», déplore Mme Douesnard.

Le laboratoire couvre deux principaux axes, les impacts psychologiques et leur prévention, ainsi que la gestion des ICMT. Par exemple, au lieu d'intervenir seulement lorsqu'un événement survient, des temps communs de discussion pourraient déjà être instaurés, ce qui permettrait de prévenir et de régler plusieurs problèmes au quotidien.

En bref

• On estime que 90% des travailleurs vont être exposés à un événement critique au cours de leur carrière, même s'ils ne seront pas touchés psychologiquement de la même façon.

• L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré qu'en 2020, la dépression deviendrait la première cause d'invalidité professionnelle, une réalité qui coûtera cher aux organisations pour l'absentéisme.

• Quatre gestionnaires sur cinq considèrent qu'ils doivent intervenir auprès d'un employé vivant de la détresse psychologique, mais deux dirigeants sur trois trouvent qu'ils ne sont pas assez outillés pour le faire.

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