Réfugiés syriens: les Jonquiérois d'adoption connus

Une des familles vivra dans un confortable condo... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Une des familles vivra dans un confortable condo de Jonquière, offert gratuitement par Carlos Olivas.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Un couple âgé dans la trentaine avec leur petit garçon de 5 ans. La mère demeure au foyer alors que le père détient des compétences en électronique et a travaillé dans le taillage de verres optiques.

Une mère monoparentale de 35 ans avec trois enfants âgés de 13, 12 et 2 ans. Décédé, le père a été une victime innocente dans l'explosion d'une bombe.

L'équipe de parrainage de Jonquière en sait maintenant un peu plus sur les deux familles de réfugiés syriens qui viendront s'établir dans la région au cours des prochains mois. Deux familles catholiques de confession maronite.

«On connaît leurs noms, on a reçu des photos. On peut enfin mettre un visage sur ces deux familles», lance d'emblée l'abbé Daniel Jean, un des membres de l'équipe de parrainage, qui préfère conserver l'anonymat de ses futurs arrivants.

Le comité d'accueil de Jonquière n'a exigé aucune condition en lien avec les réfugiés, que ce soit sur le plan de la religion, de leurs revenus ou du nombre d'enfants.

«Les gens ne veulent pas toujours accueillir les grosses familles ou celles qui sont en situation très précaire. Mais nous, notre priorité, c'était d'aider les gens qui en avait le plus besoin. Donc la seule chose qu'on a demandé, c'est de recevoir ceux qui en avaient le plus besoin», commente l'abbé Jean.

Les deux familles se trouvent actuellement dans un camp de réfugiés au Liban

Elles devraient atterrir en sol saguenéen avant le printemps prochain, si tout se passe comme prévu.

«Ça devait se dérouler plus vite que ça, mais il y a du retard. On espère les accueillir le plus rapidement possible. Selon les informations qu'on a reçues, ils pourraient arriver en mars», indique Daniel Jean.

Le groupe, guidé par le père Mario Brisson, est composé des abbés Louis-Marie Beaumont et Daniel Jean, en plus des citoyens Nicole Jean, Anne-Marie Chapleau, Jean Martel, Judith Schroeder-Tabah, Douglas Schroeder-Tabah et Carlos Olivas. L'équipe est liée à la paroisse Saint-Dominique.

42 000$ pour deux familles

Les réfugiés, rappelons-le, peuvent s'établir au Québec grâce à la prise en charge de l'État ou par le parrainage d'organismes ou de groupes d'individus de deux à cinq personnes, comme c'est le cas avec le comité jonquiérois. Le groupe doit assurer pendant un an les coûts de logement, de nourriture et d'habillement en plus de soutenir les nouveaux arrivants dans leurs démarches de francisation, de recherche d'emploi et de scolarisation.

Pour chaque famille, les «parrains» doivent amasser 21 000$. Un montant déjà atteint par le groupe qui a alors décidé d'accueillir une deuxième famille.

«En tout, il nous faut 42 000$ (incluant le coût du logement) pour les deux familles qu'on va recevoir. On n'a pas encore atteint ce montant, mais on est assez confiants d'y arriver, au point où on a décidé d'aller de l'avant avec une deuxième famille. Est-ce qu'on ira jusqu'à trois? Ça va dépendre des dons et de la générosité des gens de la région. Mais jusqu'à maintenant, on a une bonne réponse de la population», laisse tomber Daniel Jean.

Pour amasser plus de fonds, un souper Solidarité se tiendra le 20 février prochain, au Patro de Jonquière.

Un don généreux de la part de Carlos Olivas

Si Jonquière peut accueillir deux familles de réfugiés plutôt qu'une seule, comme c'était prévu au départ des démarches de parrainage, c'est un peu grâce à Carlos Olivas. L'ancien pilote de F-18 offre gratuitement un condo pour ces nouveaux arrivants pendant une période d'un an. Un don qui représente près du tiers du montant que doit récolter le groupe de parrains pour chaque famille.

«Il a répondu à nos prières», exprime l'abbé Daniel Jean, en parlant du bon samaritain.

Joint par Le Quotidien, Carlos Olivas ne tenait pas à publiciser son don, mais il a accepté d'en parler publiquement pour inciter d'autres propriétaires de logement à poser le même geste. En effet, le comité de parrainage est toujours à la recherche d'un deuxième appartement pour loger l'autre famille. Et s'il est gratuit, c'est encore mieux.

«Je lance le défi aux autres propriétaires. Parce que ces gens-là, on ne les aide pas, on sauve leur vie. C'est ce qu'ils disent. Il faut donner l'opportunité aux familles, surtout aux enfants, de vivre dans un environnement sécuritaire. Beaucoup de gens ne sont pas au courant des démarches des parrains, donc si je peux encourager un autre à offrir un logement, ça fera une différence», répond d'emblée M. Olivas, également père de famille.

C'est son passé de militaire qui l'a poussé à s'impliquer dans la crise des migrants. L'ancien pilote, qui est actuellement en transition vers la vie civile, a voyagé dans plusieurs pays en conflit ou en situation de détresse.

«Au cours de ma carrière, j'ai été déployé dans plusieurs pays, dont Haïti, Afghanistan. Et j'ai vu des atrocités. C'est ce qui a nourri mon désir d'aider les autres. Moi et ma blonde, qui est infirmière, avons d'ailleurs le rêve de faire des projets communautaires à notre retraite. On s'implique déjà dans nos milieux, on fait des dons. Mais on voulait faire quelque chose de plus», raconte-t-il.

La crise des migrants avait touché droit au coeur le couple. Mais M. Olivas l'admet. La photo du corps du jeune Alan Kurdi, mort noyé, a fait accélérer leurs démarches.

«C'est vraiment à ce moment qu'on a décidé de faire quelque chose rapidement. On pensait parrainer. Mais à l'automne dernier, ma mère est décédée. Elle vivait dans un condo que j'avais acheté. Je me suis dit pourquoi ne pas offrir le logement?», précise Carlos Olivas, qui préfère ne pas dévoiler l'emplacement du logement par respect pour les futurs arrivants.

Son passé familial a aussi influencé M. Olivas dans son élan de solidarité. Fils d'immigrants espagnols qui ont fui la dictature, le militaire voulait donner la même chance que sa famille a eue à ces réfugiés qui vivent un véritable enfer.

«Le Canada a donné cette chance à mes parents. Ils ont été accueillis à bras ouverts. Je veux donc offrir la même chance à des enfants qui, il faut le dire, sont les premières victimes de cette crise», insiste celui qui est né à Montréal et qui a décidé de demeurer dans la région pour entamer sa nouvelle vie de civil.

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