Michel Potvin veut une baisse des quotas de lait

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Une diminution de 3% des quotas de lait et l'importation de 6000 à 7000 tonnes de beurre de la Nouvelle-Zélande freineraient la chute du prix offert aux producteurs. C'est du moins l'avis du producteur laitier régional Michel Potvin.

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L'agriculteur Michel Potvin demande à la Commission canadienne du lait (CCL) de décréter rapidement une diminution de 3% des quotas de lait à la grandeur du pays et l'importation de 6000 à 7000 tonnes de beurre de la Nouvelle-Zélande pour freiner la chute du prix offert aux producteurs. Une telle démarche aurait comme conséquence de sauver, à court terme, des centaines de fermes et, surtout, de sauver, à long terme, le système de gestion de l'offre.

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Michel Potvin est contre la création d'une nouvelle classe de lait telle que proposée par le géant Parmalat.

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«Je sais que mon discours va à l'encontre de la logique économique à la mode en ce moment. Qu'on prenne le problème de tous les sens, il n'y a pas d'autre solution. Le système de gestion de l'offre n'a jamais été aussi menacé et cette menace est initiée à l'intérieur du pays par les grands transformateurs comme Permalat, Agropur et Saputo, qui voudraient bien payer le lait moins cher», a déclaré Michel Potvin, conscient qu'il jette un pavé dans la mare et qu'il va heurter de plein fouet le Syndicat des producteurs de lait et l'UPA dont les dirigeants refusent, selon son analyse, de confronter les grands industriels.

Le système de gestion de l'offre est constitué de deux composantes principales que sont les protéines laitières et le gras (chaque composante a un prix). Pour le lait, et contrairement au poulet et au porc, ce sont les producteurs qui doivent disposer des surplus de production. La première partie de la crise des prix a été provoquée par les importations de protéines laitières sous différentes formes par les transformateurs. Ils ont ainsi utilisé massivement du «lait diafiltré». Ce produit n'est pas considéré comme du lait aux États-Unis et devient une protéine laitière lorsqu'il traverse la frontière.

«Pendant l'année, les grands transformateurs n'ont acheté que le gras du lait puisqu'ils n'avaient plus besoin de protéine. Ils ont remis aux producteurs des quantités astronomiques de protéine laitière comme le prévoit le système, protéines qui doivent être transformées en poudre pour les conserver. Les producteurs se sont donc retrouvés avec beaucoup trop de protéines et, finalement, elles ont été écoulées pour l'industrie de la nourriture pour les animaux à un prix de 80 cents le kilogramme au lieu de 8,80$ quand elle est utilisée dans les produits destinés aux consommateurs. On a donc perdu beaucoup d'argent pour les protéines laitières», explique Michel Potvin.

En cours d'année, les producteurs ont constaté que les transformateurs avaient amplifié la situation en important un produit identifié comme du beurre salé. Il s'agit d'une substance utilisée dans la fabrication du fromage qui donne le même résultat en ce qui concerne les surplus de protéine laitière que Michel Potvin a identifiés comme étant des surplus structurels générés par le système.

«Au même moment, il y a eu une importante augmentation de la consommation de beurre. La demande a crû de 5% en quelques années. Les gens ont remarqué que les chaînes d'alimentation utilisent très régulièrement le beurre comme produit dans les spéciaux. Il arrive qu'il se vende au prix de 1980. Les transformateurs veulent donc avoir de plus en plus de gras de lait et sont conscients que plus ils utilisent le gras, tout en important des protéines à bas prix par la frontière américaine, ils créent un déséquilibre pour les producteurs qui se retrouvent avec des surplus de protéine qui n'ont pas une grande valeur.»

La solution de Michel Potvin permettrait de faire baisser les stocks de protéine laitière en réduisant la production à la ferme. L'importation de beurre à un prix très bas de Nouvelle-Zélande permettra quant à elle de répondre à la demande pour ce produit. Le producteur verrait quant à lui le prix du 100 litres se stabiliser et couvrir au minimum les coûts de production à 75$ pour du lait à 3,6% de gras.

Michel Potvin est convaincu que toute baisse du prix du lait de transformation imposée aux producteurs laitiers ne sera pas refilée aux consommateurs. La compagnie qui ajoute quatre grammes de beurre dans ses biscuits pour remplacer un autre produit comme c'est le cas depuis quelques années ne baissera pas le prix de vente de la boîte de biscuits.

6e classe de lait: un piège à ours

La création d'une sixième classe de lait payée aux producteurs à un prix inférieur à celui du dumping international, comme le propose le géant Parmalat en Ontario, est un gros piège à ours qui va appauvrir encore plus les producteurs qui vont devoir travailler et investir plus pour maintenir leur revenu.

«Cette année, le prix de vente du dumping international a été de 15 à 20$ l'hectolitre. Parmalat a proposé une nouvelle classe de lait à un prix sous celui du dumping. C'est une perte de revenu majeure et jamais un producteur ne sera en mesure de rentabiliser une telle opération même en augmentant sa production», insiste Michel Potvin.

Pendant l'année 2015, les actions des transformateurs avec l'importation de protéines ont provoqué une baisse du prix des 8$ l'hectolitre en moyenne. Pour l'agriculteur moyen, cette baisse de 8$ le 100 litres de lait a provoqué une chute du chiffre d'affaires de l'ordre de 30 000$ pour l'année qui représente plus ou moins 10% des revenus reliés à la production laitière.

«Le projet des transformateurs est de tirer vers le bas nos revenus. Dans la région, au moins 50% des fermes n'ont pas fait de profit en 2015. Qu'est-ce que ça serait avec la formule Parmalat. Les producteurs doivent se mobiliser et bloquer ce projet même si notre syndicat ne semble pas conscient de la menace qui guette notre système de gestion de l'offre.»

Michel Potvin évalue les pertes des fermes régionales à 10 M$ par année avec la création de la 6e classe de lait. Les banquiers doivent s'attendre à aller tirer des vaches avec un tel système, reprend Michel Potvin.

«On doit faire le ménage aux frontières et stopper les importations illégales de protéine. Le gouvernement canadien doit aussi nous aider à faire ce ménage aux frontières. Nos syndicats n'ont pas le choix de suivre le mouvement de contestation qui grossit de plus en plus en plus sur Facebook.

Des agriculteurs belges ont rapidement mis en ligne des histoires d'horreur sur le modèle Parmalat qui a été implanté dans leur pays.

Depuis l'été dernier, les jeunes producteurs lait du Québec ont choisi de créer un mouvement sur ce média social. Michel Potvin croit qu'ils ont agi de la sorte puisque leur propre syndicat n'a pas daigné lever le petit doigt pour les défendre. Lui-même a été dans l'obligation de se mettre à la tâche pour informer les producteurs et surtout expliquer les dessous de cette crise majeure.

Pendant cette entrevue, Michel Potvin a tenu à dire que les fromageries Perron, Saint-Laurent et Boivin, de même que la coopérative Nutrinor, soutiennent les producteurs québécois et refusent d'utiliser des protéines laitières importées.

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