RTA: Étienne Jacques de retour en poste

Le numéro un de Rio Tinto en région... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Le numéro un de Rio Tinto en région n'a eu d'autre choix que de se consacrer entièrement au processus de guérison, après avoir reçu le diagnostic d'une tumeur cancéreuse en juin 2015. Il s'est absenté pendant près de cinq mois et reprendra la rênes de la division Métal primaire à temps complet le 1er février.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Le grand patron de la division Métal primaire pour l'Amérique du Nord de Rio Tinto (RT) revient en poste. Cinq mois après avoir reçu un diagnostic de tumeur cancéreuse, Étienne Jacques effectue un retour progressif et devrait travailler à temps complet à partir du 1er février.

La nouvelle du cancer est tombée en juin 2015, pendant le Grand défi Pierre Lavoie.

«Quand j'ai eu l'annonce et que j'ai quitté, ça a été médiatisé. Je joue un rôle public et je suis à l'aise avec ça», a-t-il reconnu, d'entrée de jeu, lors d'une entrevue exclusive accordée au Progrès-Dimanche vendredi. Bien qu'un peu amaigri, le chef des opérations a paru serein, le teint lumineux et arborant la barbe.

Si la convalescence de M. Jacques a semblé plutôt courte, le principal intéressé a une tout autre perspective. Le haut dirigeant de la compagnie convient que «c'est dur» de reprendre du service progressivement, mais «qu'il faut suivre les ordres du médecin», une règle d'or à laquelle il s'est plié sans broncher en cours de convalescence. «Cinq mois, c'est long. Très long. Vous connaissez mon dynamisme au travail, alors je me suis concentré sur ma récupération à temps plein. Après l'opération, j'ai commencé, fin septembre, à juste faire ça à temps complet. C'est le but que je m'étais fixé», a confié l'homme de 54 ans.

Un nouveau rythme

Véritable bourreau de travail, Étienne Jacques ne dormait autrefois que quatre ou cinq heures par nuit. Après les événements, il n'a eu d'autre choix que de ralentir la cadence et d'oublier, bien que temporairement, l'entreprise et le marché de l'aluminium.

«Je suis passé de 200 milles à l'heure à zéro. Tu penses, au début, que tu vas garder quelque chose. Oublie ça! Ta tête n'est plus là, ton esprit n'est plus là. Toute l'énergie qu'il te reste, tu l'utilises pour guérir. Tu ne penses rien qu'à ça. Je suis un leader et on me perçoit parfois comme un rebelle. Mais quand t'es malade, il faut que tu écoutes ton médecin et je n'ai jamais écouté quelqu'un comme ça dans ma vie», poursuit M. Jacques, que nous avons rencontré dans son bureau au centre opérationnel de Rio Tinto, situé au Manoir du Saguenay.

Un bel appui

Les membres de la direction ont tout mis en oeuvre pour que leur collègue et patron prenne le recul nécessaire à la guérison.

«Ils ont tout bloqué! Ils m'ont isolé complètement. Ils ne me téléphonaient plus. Ils ont fait un mur pare-feu 100 pour cent étanche. Ils voulaient que je pense juste à moi. C'est vrai que c'est un facteur très aidant. Peut-être que j'aurais pu avoir la tentation de... Mais il n'y avait plus rien, plus aucun rapport qui rentrait», relate Étienne Jacques avec franchise, une pointe d'humour dans la voix.

Les conditions sont en place pour un investissement

Au plan opérationnel, Étienne Jacques est fier de constater que des dossiers clés ont été réglés pendant son «temps d'arrêt» ou sont en voie de l'être. Cela permettra, dixit le chef des opérations, d'établir les «conditions gagnantes» pour aller chercher des investissements.

«Tout ce qu'on avait décidé comme priorités, c'est exactement ça. Ma gang a réglé de gros dossiers. Quand tu dis que le fonds de pension, c'est en arrière de nous autres, qui aurait dit ça il y a un an?», fait remarquer Étienne Jacques. Il rappelle que la région a intérêt à se serrer les coudes pour favoriser l'émergence de projets, dans le contexte où des investissements sont attendus pour la réalisation de la phase 2 d'AP-60 à Jonquière et l'agrandissement de l'aluminerie d'Alma.

La Chine

«Les Chinois, ils ont des projets et ils n'ont pas besoin de parler à personne. Ils font ce qu'ils veulent, comme ils le veulent. Le Moyen-Orient commence à s'inquiéter pour le gaz naturel et le pétrole. Nous autres, comment on fait pour se dire que ce qu'on va travailler pour cette année et l'an prochain, c'est pour ce qui va être en place dans 25 ans?», poursuit le numéro un de la division Métal primaire, qui estime que les ententes avec les syndicats constituent un atout majeur pour la suite des choses.

«On a cinq ans pour travailler. À la minute où les marchés sont prêts, on aura fait nos devoirs. Il restera juste à faire la ''notice to proceed'' et on y va», martèle-t-il.

Vaudreuil

Quant à Vaudreuil, dont le prolongement de la durée de vie est tributaire de l'agrandissement du lac de dépôt de boues usées, Étienne Jacques reconnaît qu'il s'agit d'un enjeu de taille et que les intervenants impliqués ont «un rendez-vous».

«Ça peut être un choix déchirant, mais ça ne devrait pas être déchirant pour 1000 jobs. Ce n'est pas un drame de prolonger Vaudreuil. Ça devrait être une super belle surprise qu'elle soit encore là et qu'elle continue de battre des records de production. Tout le mérite va à ceux qui ont travaillé pour ça», conclut-il.

Une consultation dès les premiers signes

Le natif de Thetford-Mines, qui est entré à l'usine Vaudreuil d'Alcan en 1983, a reconnu les signes de la maladie dès leur apparition. Il a réagi promptement et demeure convaincu que cette rapidité d'exécution a joué en sa faveur.

«Quand j'ai vu qu'il y avait quelque chose de pas correct avec mon corps, j'en ai tout de suite parlé à mon médecin. Tu peux te conter des histoires. Tu peux arrêter de faire des efforts physiques et te dire qu'il n'y a plus de symptômes et que tout est correct. C'était tellement pas normal, j'y suis allé (consulter) tout de suite et on a trouvé ce que j'avais», raconte-t-il.

Pragmatique homme d'affaires, Étienne Jacques convient qu'il ne reviendra jamais où il était avant le cancer. Tout un processus de réadaptation est en branle. Ses médecins veulent aussi évaluer comment le stress affectera son système.

L'épreuve qu'il a subie aura-t-elle un impact sur sa façon d'aborder le travail ou sur son style de gestion? , avons-nous voulu savoir.

«Après avoir frappé un mur comme ça, il y en a qui disent qu'ils vont prendre ça relax. Moi, c'est le contraire. Je vais mordre autant dans la vie que je le faisais avant, mais oui, avec un physique qui est différent. Il faut que je m'adapte à ça, mais je ne vais pas diminuer pour ça. Je vais vivre aussi intensément en tenant compte de certains éléments», avance le numéro un de la division Métal primaire, non sans philosophie.

Étienne Jacques n'a pas peur de ce que lui réserve l'avenir.

«Je suis maniaque de ce que je fais. On a décidé de faire ça progressivement, mais le 1er février, je vais être de retour dans la chaise. En ce moment, je ne suis pas encore celui qui pèse sur le piton. C'est sûr que j'ai un petit rattrapage à faire», note-t-il.

La nouvelle du retour d'Étienne Jacques a été annoncée à tous les employés de Rio Tinto vendredi, par l'entremise du bulletin En direct.

Étienne Jacques sur...

Les perceptions

«L'important, c'est de visualiser, d'essayer de comprendre et de te dire ''c'est quoi la prochaine étape'' pour te créer des petites victoires».

Le désir de vivre

«Au début tu te dis ''pourquoi je mérite ça? ''. Après, quand ils te donnent le diagnostic et qu'ils t'expliquent ce qu'ils auront à faire comme opération, tu oublies tout ça. Tu as deux choix: ronger ton frein et broyer du noir ou te dire ''je l'ai, je l'ai''. Que tu l'acceptes ou pas, tu veux vivre, alors tu vis avec».

La famille

«Eux, ils se font des scénarios. Toi, tu veux juste récupérer. Ils pensent à ce qui pourrait arriver. Je n'ai pas beaucoup pensé à ça».

Les lectures

«Je suis un fan de science-fiction et de ''business'' alors j'ai dit: ''je vais m'équiper de livres comme ça''. J'ai commencé à en lire un et après deux pages, je n'étais pas capable de focaliser dessus. Je me suis concentré sur autre chose. Moi, Étienne Jacques, j'ai lu des livres sur la gestion de la douleur et sur la méditation!».

Les encouragements

«J'ai eu des courriels, des lettres, des textos, des téléphones. Un support moral incroyable et positif. Combien de personnes m'ont dit qu'ils me transféraient de l'énergie? Nommez-les tous, il n'y a pas d'exception. C'est très motivant de voir autant de monde qui te supporte. Je suis très reconnaissant envers les gens qui m'ont témoigné de leur soutien».

Le sport

«Il faut être réaliste. Je n'ai pas encore le droit de courir. J'ai un kinésiologue trois fois semaine pour ma musculation et mes exercices. J'ai le droit au vélo stationnaire et à l'elliptique, mais je n'ai pas droit aux sports d'impact».

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