58 façons d'avoir la foi

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Cet hindouiste médite devant un «kuthu vilakku», une sorte de lampion aussi symbolique que les cierges chrétiens. En Inde, certaines familles possèdent un véritable autel pour prier leurs différents dieux.

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Avec son taux d'immigration d'environ 1%, le Saguenay-Lac-Saint-Jean semble majoritairement catholique et peu pratiquant. Le Groupe de recherche diversité urbaine (GRDU) de l'Université de Montréal a pourtant observé des croyants variés dans la région. Le Progrès-Dimanche vous présente aujourd'hui un dossier sur la diversité religieuse et une incursion dans la communauté saguenéenne bahaïe, une croyance peu connue et répandue partout dans le monde.

Après huit années dans la région pour étudier les communautés de l'intérieur, le chercheur en anthropologie de l'Université de Montréal Yannick Boucher a découvert une diversité étonnante: son équipe a répertorié 58 groupes religieux seulement à Saguenay, et ce n'est qu'un début.

«Il y a peu d'études sur la région en ce qui concerne la religion, malgré que ce soit très dynamique!», souligne le doctorant à propos du projet Le pluralisme religieux au Québec: nouvelles ressources symboliques en région et à Montréal.

La majorité des communautés répertoriées sont d'origine chrétienne, ce qui englobe les protestants, les associations de catholiques laïcs, les Témoins de Jéhovah, l'Église mormone et l'Église adventiste.

S'ajoutent les musulmans et leur mosquée à Chicoutimi, des bouddhistes, souvent convertis après un voyage en Asie et qui se réunissent pour méditer, ainsi que la communauté bahaïe. D'autres individus ne vivent pas leur foi en groupe, comme les hindouistes. Au Lac-Saint-Jean, les groupes néochamaniques inspirés des traditions amérindiennes en lien avec la nature sont aussi bien populaires.

Le doctorant en anthropologie Yannick Boucher a passé... (Photo courtoisie) - image 2.0

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Le doctorant en anthropologie Yannick Boucher a passé huit ans sur le terrain pour étudier la diversité religieuse à Saguenay

Photo courtoisie

«La diversité tient beaucoup plus des personnes natives du Saguenay que des nouveaux arrivants», assure le chercheur. Seule l'Association islamique du Saguenay-Lac-Saint-Jean est composée presque en totalité d'immigrants, une grande nuance par rapport au portrait provincial basé sur la métropole.

«Dans les journaux, on lit que la province est très athée et peu pratiquante, qu'on délaisse les églises qui ne sont plus remplies que par des personnes âgées. Si cette dernière partie est plutôt vraie, ça ne veut pas dire que les gens ont arrêté de croire pour autant», estime M. Boucher, qui évalue même la proportion de croyants, tous confondus, à 60%.

Une quarantaine de fidèles se réunissent régulièrement à... (Archives Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 3.0

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Une quarantaine de fidèles se réunissent régulièrement à la mosquée de Chicoutimi, mais lors d'évènements comme le ramadan, ils sont des centaines de musulmans à manifester leur foi, selon le chercheur Yannick Boucher.

Archives Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Selon les observations du GRDU, le côté religieux des citoyens demeure tabou. Même s'ils «considèrent important de s'ouvrir et de participer à la société», il est difficile de partager sa foi dans le milieu familial et professionnel.

«Si les femmes musulmanes ne portaient pas le voile, on ne les reconnaîtrait pas. Il y a une mosquée à Chicoutimi et très peu de personnes savent où elle située», met en relief le doctorant. Plusieurs communautés n'ont pas de lieu de culte officiel, comme les bahaïs qui se réunissent dans des espaces loués ou chez les membres, ou manquent de ressources financières.

«Comme le domaine religieux est peu visible, on a l'impression de faire le tour assez vite, concède M. Boucher. Mais quand on se met à entrer dans les réseaux, à se faire des contacts, on découvre tout un univers!»

Nombre de croyants pour chaque religion

Bahaïsme: 35

Islamisme: 450

Bouddhisme: 85

Animisme (spiritualités autochtones): 35

Christianisme

  • 248 000 catholiques
  • 3000 protestants (ce qui inclut les pentecôtistes, les évangéliques, les baptistes, etc.)
  • 500 Témoins de Jéhovah
  • 30 adventistes

Hindouisme: Statistique Canada n'en recense pas dans la région, mais quelques immigrants originaires de l'Inde pratiquent leur foi à la maison.

Judaïsme: Statistique Canada n'en recense pas dans la région, mais des familles sont connues pour leur foi juive.

* Source: Entrevues personnelles et Enquête nationale des ménages de 2011 de Statistique Canada. Comme l'ENM n'était pas obligatoire, ces données demeurent des estimations.

La foi bahaïe: la croyance de toutes les croyances

«Un accomplissement de toutes les religions, comme les différents chapitres d'un même livre» : voilà comment la médecin de famille Sharon Hatcher résume la foi bahaïe, la deuxième croyance la plus répandue géographiquement dans le monde et qui unit une petite communauté dans la région depuis une trentaine d'années.

Cette religion indépendante reconnaît toutes les croyances, tous les écrits et tous les dieux. Le bahaïsme est d'ailleurs représenté par une étoile à neuf branches, une pour chaque principale foi du monde créée par un prophète. Même si les bahaïs ont un temps des Fêtes un peu décalé, car leur Nouvel An est en mars, rien ne les empêche de célébrer avec leurs amis et leur famille. «C'est plus qu'une notion de tolérance, insiste la Dre Hatcher. C'est une reconnaissance de l'unité profonde de l'humanité, et la naissance de Jésus est importante pour nous aussi.»

Dans les rencontres bahaïes, tous sont les bienvenus... (Photo Le Progrès-Dimanche, Mariane L. St-Gelais) - image 7.0

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Dans les rencontres bahaïes, tous sont les bienvenus et des textes issus de toutes les religions peuvent être récités en prière ou chantés. Les réunions ont souvent lieu dans des résidences, en l'absence de lieux de culte.

Photo Le Progrès-Dimanche, Mariane L. St-Gelais

Il n'y a pas de conflit intérieur entre la profession scientifique et la croyance chez la médecin de famille, qui a choisi d'endosser la même foi que ses parents à 15 ans, l'âge réglementaire. Pour ceux qui viennent d'une autre pratique, il ne s'agit pas d'une conversion, mais de la poursuite de leur cheminement spirituel.

«On ne peut pas parler de foi dans l'ère moderne sans intégrer la science; ce serait de la superstition, et le contraire deviendrait du matérialisme», exprime la croyante en rappelant les mots du prophète Báha'u'lláh, qui a fondé le bahaïsme au 19e siècle.

Comme les chrétiens, les bahaïs ont été très persécutés lorsqu'ils se sont révélés. Plusieurs croyants iraniens ont dû immigrer au Canada, un passé qui fait compatir encore plus les bahaïs à la situation des réfugiés syriens, même si c'est cette fois un contexte politique. «La crise actuelle est terrible, mais elle pourra nous permettre de créer des liens entre les religions», croit la Dre Hatcher.

Les bahaïs se réunissent régulièrement lors des classes d'enseignement pour les enfants, surtout concentrées sur les valeurs, les cercles d'études pour les adultes et les soirées de dévotion. Le Progrès-Dimanche a été invité récemment à une de ces rencontres, où tous sont les bienvenus pour se recueillir avec des prières de toutes les confessions. Des familles, des jeunes adultes et des immigrants sont présents, ainsi que les «amis bahaïs». Ceux-ci participent aux activités sans endosser pleinement cette religion, mais ils partagent souvent les principes de l'égalité des sexes, d'éducation et de recherche personnelle de la vérité.

«Dieu a envoyé Báha'u'lláh fonder le bahaïsme parce que c'était le remède spirituel dont le monde avait besoin à cette époque. Tous ses messagers sont un peu comme des enseignants qui ont amené l'humanité à la première, deuxième, troisième année et ainsi de suite. Il y en aura d'autres», prévoit la Dre Hatcher.

La foi bahaïe en bref

Dans le monde

Selon l'Encyclopedia Britannica, il y a des communautés bahaïes dans 218 pays et territoires indépendants dans le monde et environ cinq millions de croyants, ce qui en fait la deuxième religion la plus répandue géographiquement après le christianisme.

La prière

Selon les préceptes, il est indiqué de prier au moins une fois par jour.

L'alcool et les drogues

Consommer ces substances est interdit dans les lois bahaïes, qui sont très peu nombreuses. La

Dre Sharon Hatcher précise que chaque croyant a sa propre relation avec Dieu et que la notion de péché n'existe pas dans leur religion. «C'est pour ne pas nuire à notre développement spirituel, car l'alcool et les drogues changent nos perceptions.»

Ordre

Les communautés ont développé un système de gouvernance démocratique qu'elles voient comme un modèle pour tous les pays. Chacune élit les neuf personnes les plus humbles et les plus spirituelles pour diriger l'assemblée. Il y a un Conseil régional nommé de la même façon et une Maison universelle de justice pour l'ensemble mondial, à Haïfa, en Israël.

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