COP21: perdre 20 livres en une semaine

Claude Villeneuve, directeur de la Chaire en écoconseil... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Claude Villeneuve, directeur de la Chaire en écoconseil de l'Université du Québec à Chicoutimi.

Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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«Si une personne décide qu'elle veut perdre 20 livres pour le 1er janvier, il y a de fortes chances que l'échéancier soit un peu serré. Surtout si elle continue de prendre sa petite caisse de bière chaque jour en mangeant un peu gras.»

C'est l'image retenue par le biologiste et directeur de la Chaire en écoconseil de l'Université du Québec à Chicoutimi, Claude Villeneuve, pour illustrer l'ampleur du défi que s'est donnée la communauté internationale avec l'entente de Paris, dont l'objectif est de contenir l'augmentation de la température moyenne sur la terre sous la barre des 2 degrés d'ici la fin du siècle.

Non pas que l'objectif soit impossible, croit le spécialiste; mais le problème est complexe et les solutions résident dans des changements draconiens de comportement sur les plans économique et politique, en plus de la nécessité de mieux comprendre certaines données fondamentales en matière de captation du carbone. Pour ces raisons, Claude Villeneuve croit qu'il est nécessaire de bien comprendre l'accord de Paris et surtout éviter de croire que la seule signature des pays constitue une garantie d'atteinte des objectifs.

«Sur le plan politique, les pays disposent de trois ans pour faire passer l'entente dans les différentes chambres. On constate régulièrement que l'engagement d'un gouvernement n'est pas obligatoirement endossé par le gouvernement qui lui succède. Les États-Unis sont un bel exemple. Le pays représente 18% des émissions de carbone, le deuxième plus important émetteur dans le monde. Ils ont signé l'accord de Paris, mais on sait très bien que les républicains qui dominent les deux Chambres n'ont rien à faire du problème des changements climatiques.»

Le premier émetteur mondial est la Chine avec 25% des émissions. Le ralentissement économique chinois s'est immédiatement traduit par une réduction des émissions. Les chiffres confirment que ces deux pays, en fonction des choix qu'ils feront, pourraient tout bonnement défaire un accord dans trois ans puisqu'ils représentent une partie de l'équation sur la ratification finale. Pour 2018, 55 pays doivent avoir adopté l'entente. L'autre équation précise que les pays en question doivent représenter 55% des émissions. En ajoutant aux géants un ou deux pays, l'accord de Paris échoue.

«Pour en revenir à notre image, pour atteindre l'objectif de 20 livres au Nouvel An, la personne devrait manger plus de fruits, faire plus d'exercice et poser bien d'autres gestes. Aujourd'hui, par rapport aux changements climatiques, on se demande par où on doit commencer, et qui va commencer.»

Actions humaines

Les actions ne peuvent être autres qu'humaines pour freiner les changements climatiques. Une élimination rapide des énergies fossiles est à la base de cette réduction. Car les scientifiques ont démontré que les éléments naturels ne comptent que pour une infime fraction des émissions de carbone.

Sur le plan scientifique, les travaux ont démontré qu'il existait deux grands réservoirs où il est possible de capter le carbone. Les forêts et les océans. Il se trouve que les scientifiques n'ont pas encore mesuré les dimensions de ces réservoirs ni leur capacité à emmagasiner le carbone.

«On sait que la captation de carbone par l'océan provoque l'acidification de l'eau. On ne sait pas encore jusqu'à quel niveau les océans pourront capter du carbone. C'est comme lorsque vous mettez du sucre dans un café, il arrive un moment où il n'y a plus de place. Quant aux forêts, on doit mesurer les effets des grands désastres naturels comme les feux qui surviennent pendant les sécheresses comme cet été dans l'Ouest. Il faut mesurer les effets de ces réalités sur la capacité de ces réservoirs naturels de captation de carbone.»

L'entente de Paris couronne «l'universalité» de la problématique des changements climatiques et il s'agit d'un gain majeur pour le scientifique. D'un autre côté, il n'y a en ce moment aucune organisation en mesure d'imposer des contraintes aux pays signataires qui ne respecteront pas les engagements.

Marché du carbone: la région bien positionnée

La mise en place d'un marché mondial bien structuré pourrait avoir un impact pour les entreprises manufacturières de la région.

Au cours des dernières années, la Chaire en écoconseil de l'Université du Québec à Chicoutimi a développé une méthodologie qui permet d'établir de façon précise les «bilans carbone» dans la production d'un bien ou service. Il s'agit de la base d'un système qui permettrait de bien mesurer les émissions de carbone dans la chaîne de production des entreprises.

«Au départ, l'accord de Paris pourrait avoir un impact intéressant pour les entreprises régionales. Nos entreprises disposent d'une énergie renouvelable puisqu'elles s'approvisionnent en hydroélectricité. Elles auront un avantage si on est en mesure de comparer des pommes avec des pommes», insiste Claude Villeneuve qui rappelle au passage qu'une aluminerie émet autant de carbone qu'un volcan en éruption.

«Nos entreprises pourraient maximiser les avantages provenant de l'utilisation d'une énergie propre si l'accord de Paris se mettait en place de la même façon, en même temps et partout dans le monde. Comme rien ne l'oblige, il y aura une période d'ajustement où nos entreprises auront de la difficulté à faire reconnaître cette particularité.»

Le marché du carbone fait partie des moyens proposés pour en arriver à diminuer les émissions de carbone dans l'atmosphère. Il sera possible, selon Claude Villeneuve, d'en arriver à un marché du carbone intéressant lorsque les pays accepteront de mesurer les mêmes éléments. Ce débat mettra en cause les pays industrialisés versus les pays en développement ou en émergence qui ne verront pas nécessairement le marché du carbone de la même manière.

La forêt comme réservoir de carbone peut sembler à première vue en opposition avec les grands objectifs de Paris. Claude Villeneuve contredit cette notion en rappelant que l'utilisation du bois dans la construction, combinée à une politique de régénération de la forêt, constitue un gain dans l'équation des changements climatiques.

«Un étudiant a réalisé un projet de maîtrise à partir du bois utilisé pour la construction de l'aréna de l'UQAC. Le résultat de la recherche, qui a été vérifié par des pairs, confirme que les gains en matière d'émission de carbone sont importants. Le même immeuble érigé à l'autre bout de la terre avec du bois prélevé à Chibougamau aurait aussi donné des gains, et ce, malgré le transport.»

Un autre gain est réalisé après la durée de vie de la structure si l'on récupère le bois pour le transformer en énergie. L'UQAC a aussi effectué d'autres travaux qui confirment que la transformation en énergie des résidus forestiers permet de réaliser des gains très intéressants en matière d'émission de carbone dans l'atmosphère.

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