En 1980

Martine Tremblay, première policière de Saguenay

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Martine Tremblay (ici photographiée en 2001) a été patrouilleuse, puis enquêteuse.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

On définit l'audace par la qualité de l'âme qui incite à accomplir des actions difficiles, à prendre des risques pour réussir une entreprise considérée comme impossible.

Il en fallait certainement une très bonne dose à n'importe qu'elle femme aspirant à devenir policière dans la région, au tournant des années 80. Hardie, Martine Tremblay n'a fait rien de moins que cela. La cadette d'une famille de 15 enfants, dirigée par un père membre des forces de l'ordre, a ouvert la porte à toute une génération de policières. À la retraite depuis sept ans, l'ex-enquêteuse se souvient d'une époque charnière.

«Il n'y avait pas de cours en Techniques policières. Il fallait passer des tests pour entrer comme policier conventionnel. J'ai passé tous les examens pour la Sûreté du Québec, mais au moment de faire mon stage, je n'y suis pas allée», raconte Martine Tremblay, rencontrée à son domicile de Saint-Fulgence, une charmante maison champêtre dotée d'une fermette, que l'on s'imagine encore plus bucolique l'été.

C'était en 1976 et Martine Tremblay avait 18 ans. Son petit doigt lui a dit qu'il était trop tôt et qu'il serait sage de poursuivre son cheminement au cégep avant d'enfiler l'uniforme et de prêter serment d'intégrité, de respect et d'engagement.

Quatre ans plus tard, la jeune femme de 22 ans a senti que le moment était venu de suivre son coeur et est retournée frapper aux portes de la SQ.

«Dans le temps, il y avait des normes au niveau physique pour entrer dans la police. Les hommes devaient mesurer au minimum 5 pieds 10 et les femmes 5 pieds 7. J'avais le profil de l'emploi. Mais pas juste parce que j'étais grande. J'ai toujours défendu les petites filles qui se faisaient tabasser dans la cour d'école», dit-elle.

Le 19 décembre 1980, Martine Tremblay a obtenu son diplôme de l'École nationale de police, à Nicolet. Assignée au poste de la SQ de Rivière-du-Moulin, la nouvelle recrue s'est retrouvée entourée d'agents de la paix qui avaient oeuvré aux côtés de son père. Un univers singulier, convient la dame de 58 ans, qui rappelle que «la seule place où il y avait des femmes polices dans ce temps-là, c'était à la télé».

Martine Tremblay a été affectée à l'Escouade régionale alcool et moralité, où le fait féminin facilitait grandement le travail d'infiltration.

La policière a été embauchée par le service de police de Chicoutimi en 1981. Sur le «beat» pendant 20 ans comme patrouilleuse, elle a travaillé avec une panoplie de collègues et autant de personnalités. Le fait de paver la voie à d'autres femmes polices a nécessairement forcé Martine Tremblay à composer avec la réalité d'une profession dominée par les hommes.

«La culture policière était très particulière dans les années 80. Ça brassait beaucoup et tous les policiers étaient des grands gaillards. On n'avait pas d'armes à feu, mais ça pouvait jouer très dur. J'ai tout entendu. J'étais capable de répondre», assure cette rayonnante femme de tête, qui ne s'est jamais laissé marcher sur les pieds.

Les partenaires masculins de Martine Tremblay adoptaient parfois un comportement différent à son endroit lorsqu'ils se trouvaient en groupe. L'attitude machiste de certains n'a cependant jamais contrarié l'agente. «J'ai eu plus de misère avec des femmes de policiers qu'avec des policiers eux-mêmes. Il y avait des réticences. Moi, j'étais là pour travailler. Sur le terrain, j'ai dû démontrer que j'étais capable de faire les mêmes interventions que les hommes et j'ai gagné le respect de mes collègues. J'ai construit ma réputation», fait valoir celle qui a dû attendre sept ans avant de voir une femme suivre ses traces.

Tous les postes au fil de sa carrière

Après la patrouille est venu le travail d'enquête. Martine Tremblay s'est spécialisée dans les cas d'agressions sexuelles et de maltraitance envers les enfants, un rôle abordé par la policière avec un haut degré de sensibilité.

Avec le recul, elle convient que la tâche était lourde aux plans psychologique et humain. «C'était le genre d'enquête qu'il fallait prendre le temps de bien faire. C'était beaucoup plus complexe que des dossiers de fraude par exemple», pointe la mère d'un jeune homme de 27 ans.

Au cours de sa carrière, Martine Tremblay a exploré toutes les facettes du métier d'officier de police, en passant par les relations publiques et le communautaire.

«On m'a vraiment utilisée à toutes les sauces. J'étais polyvalente et j'ai eu la chance de faire plein de choses», exprime celle qui demeure convaincue que la venue des femmes dans les corps policiers a humanisé la profession.

Retraitée à 51 ans

Devenue retraitée à 51 ans, Martine Tremblay et son conjoint, Jasmin, un ancien militaire, ont réalisé leur rêve de posséder des animaux. Mais comme le dit sagement la dame, «le monde est grand et la vie n'est pas une ligne continue». En l'entendant prononcer ces mots, on comprend dorénavant pourquoi cette femme au parcours non traditionnel a planté une affiche «à vendre» devant son petit coin de paradis. La table est mise pour la prochaine étape.

«On va vivre une retraite différente»

Devenue retraitée au début de la cinquantaine, Martine Tremblay n'allait pas s'asseoir sur ses lauriers.

Après avoir élevé des animaux, agi comme conseillère municipale à Saint-Fulgence et rempli des mandats d'enquête en milieu de travail dans des dossiers de harcèlement psychologique, la première policière de Chicoutimi a eu envie d'un nouveau défi. Celui-ci prendra forme en Équateur, où elle et son conjoint ont acheté un terrain.

Première femme policière à Saguenay, Martine Tremblay a... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque) - image 5.0

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Première femme policière à Saguenay, Martine Tremblay a réalisé l'un de ses rêves de retraite en acquérant une fermette et des chevaux. Elle passera à autre chose prochainement, alors qu'elle et son conjoint iront s'établir en Équateur.

Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

«On sentait qu'on avait fait le tour. On cherchait où aller dans le monde et en lisant un magazine, on a entendu parler de l'Équateur, l'un des endroits où il fait bon vivre. On a participé à des séances d'information et on a décidé d'acheter un terrain», explique Martine Tremblay. Elle et son conjoint feront construire une résidence au complexe Mirador, à San Jose.

Un premier voyage de reconnaissance qui aura lieu cet hiver permettra au couple de voir de visu pour une toute première fois l'environnement dans lequel il évoluera, une fois sa résidence vendue. Brandissant un dépliant où figurent des plages de sable doré et des panoramas à couper le souffle, Martine Tremblay convient qu'elle ne troque pas son havre fulgencien pour des conditions de brousse.

«On va vivre une retraite différente. On veut réaliser nos rêves. Qui sait, ça va peut-être nous emmener ailleurs. Moi, quand je tourne la page, ça devient autre chose», conclut Martine Tremblay, dont la force de caractère lui a permis de connaître une brillante carrière de policière.

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