Ces métiers propices aux confidences

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En 34 ans de carrière, Jasmin Bouchard a coiffé des centaines de têtes. Il a aussi écouté et conseillé ses clients, tout en partageant leurs joies et leurs peines.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Qui n'a jamais ouvert la porte de son jardin secret à une coiffeuse, à une esthéticienne ou à un spécialiste de la massothérapie? Pour les clients que nous sommes, ces moments de détente et de dorlotement sont parfois propices à la livraison de quelques confidences. Pour les architectes du bien-être qui nous reçoivent, au gré de nos humeurs, les aptitudes outrepassent souvent les compétences manuelles. Survol du quotidien de ceux et celles qui en savent beaucoup de nous.

Jasmin Bouchard, coiffeur

Jasmin Bouchard, un coiffeur d'expérience, est du type plutôt posé et possède une grande capacité d'écoute.

«Les clientes viennent avant tout pour un service en coiffure. Mais l'écoute, c'est un atout. Plus la cliente est à l'aise, plus elle va se révéler. J'ai entendu toutes sortes de choses pendant ma carrière. Des grosses peines, des problèmes personnels, des ruptures, des révélations d'homosexualité qui n'ont jamais été dites à personne d'autre», raconte-t-il. Les coiffeurs développent une certaine complicité avec leurs clients, un esprit de connivence qui peut mener à des moments fort cocasses.

«Récemment, une cliente âgée d'environ 90 ans m'a parlé de gadgets sexuels. C'est elle qui a démarré la conversation. Il faut embarquer, t'as pas le choix», lance Jasmin. Au fil des ans, Jasmin Bouchard a développé quelques trucs et astuces pour «capter l'énergie» des ses clients lorsqu'ils manifestent le désir de parler. Parfois, au lieu de travailler debout, il utilisera son banc, qu'il ajustera de façon à favoriser le contact visuel. Cette proximité peut s'avérer réconfortante pour celui ou celle qui ressent le besoin de s'ouvrir. Car les échanges à coeur ouvert existent vraiment chez le coiffeur, où le fait de se retrouver assis dans une chaise, confronté au reflet de sa propre image, peut avoir l'effet d'une thérapie.

Caroline Morin (en noir) précise que chaque massothérapeute... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 2.0

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Caroline Morin (en noir) précise que chaque massothérapeute en formation doit suivre un cours de relation d'aide. La propriétaire de l'école MKO de Jonquière estime que la prémisse numéro un en massothérapie est le désir de faire du bien.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

Caroline Morin, massothérapeute

S'il est une profession où la prémisse de base est le désir de faire du bien, tant au plan mental que physique, c'est bien la massothérapie. Le programme de formation comporte d'ailleurs un volet portant sur la relation d'aide.

«Il faut être outillés pour recevoir toutes sortes de confidences. C'est bien qu'on sache ce que les clients vivent, parce que tout ça se répercute sur leur corps. On ne joue pas aux psys, mais nos clients sont parfois perdus et on doit les référer à un professionnel. Il arrive qu'on soit l'élément déclencheur», explique Caroline Morin, massothérapeute et propriétaire de l'école de massothérapie MKO de Jonquière.

Autrefois dans le domaine de l'éducation physique, Caroline Morin a choisi de s'orienter vers la massothérapie parce qu'elle avait envie d'entrer directement en relation avec l'humain, de façon individuelle. Elle considère comme un privilège le fait de se retrouver dans l'intimité des gens.

«Il faut être très sensible et empathique. Quand on est avec un client, on ne raconte pas sa propre histoire, on écoute la sienne», indique Caroline Morin.

Le tact, le doigté et la délicatesse dans le toucher sont essentiels en massothérapie.

«Pour certaines personnes qui nous confient avoir été victimes d'agressions ou d'abus, par exemple, le toucher qui est sain ne fait pas partie de leur vie», met en relief Caroline, qui rappelle que les massothérapeutes sont liés à un code d'éthique et de déontologie et que l'aspect confidentialité fait partie des éléments à respecter.

Chez Scoop coiffure, le salon où elle travaille,... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque) - image 3.0

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Chez Scoop coiffure, le salon où elle travaille, Nadine Dallaire voit tout, entend tout et se souvient de tout. La pétillante coiffeuse s'intéresse aux histoires de chacun de ses clients et leur sert parfois de confidente.

Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

Nadine Dallaire, coiffeuse

Nadine Dallaire est une coiffeuse dynamique. Sociable et naturellement portée vers les autres, elle se fait un plaisir de piquer un brin de jasette avec ses clients, qui sont à la fois des femmes, des hommes et des enfants. Nadine ne se gêne pas pour dire que chez Scoop coiffure, elle voit tout, entend tout et se souvient de tout. Cette mémoire infaillible la sert bien et lui permet de démontrer à ses clients qu'elle s'intéresse à eux, à leur vie de famille, à leurs joies et à leurs peines.

Des problèmes personnels, Nadine en a entendu plus d'un en une décennie de métier. Les gens se sont sentis suffisamment à l'aise en sa présence pour lui confier leurs histoires d'infidélité, leurs chagrins d'amour, leurs maladies.

«J'avais une cliente qui était atteinte du cancer. Je lui rasais les cheveux et j'entretenais sa perruque. Quand elle est décédée, ça m'a fait de la peine et je suis allée au salon funéraire», raconte Nadine.

Au petit salon où elle travaille, l'ambiance est intimiste. Cet environnement est favorable aux confidences.

«Des fois, tu vis des moments d'émotion. Que tu le veuilles ou non, tu t'attaches à tes clients et quand ils vivent des choses, ça te touche».

Lorsqu'elle reçoit le signal que quelque chose ne va pas, Nadine y va de petites attentions particulières : un shampooing plus long, un massage en profondeur, une main sur l'épaule.

La discrétion est un incontournable pour Nadine et ses collègues coiffeurs.

«Il faut que tu saches garder un secret. Des fois, tu peux raconter des choses, mais tu ne nommes jamais de noms», explique celle qui se définit comme une passionnée de coiffure, prête à se renouveler et à relever des défis.

L'esthéticienne Nathalie Michaud reçoit les confidences de ses... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque) - image 4.0

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L'esthéticienne Nathalie Michaud reçoit les confidences de ses clientes chaque jour depuis 20 ans.

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Nathalie Michaud, esthéticienne

Dans l'ambiance chaleureuse de sa cabine d'esthétique du salon Fusion, à Chicoutimi, Nathalie Michaud fait du bien aux gens.

«On partage un peu de nos vies. Mes clientes me parlent de maladies, de dépression, de la mort de leurs conjoints. Les écouter, c'est aussi combler leurs besoins. Des fois, ça peut devenir lourd. Il faut se créer une bulle», raconte-t-elle.

Une cliente qui ne voyait plus sa fille dans la foulée d'une séparation a éclaté en sanglots dans la cabine de Nathalie. L'esthéticienne a pleuré avec elle.

«Il faut avoir de l'entregent pour faire ce que je fais. Ça prend aussi de la compassion et un côté humain bien développé», poursuit-elle. Nathalie en entend de toutes les couleurs. Elle raconte l'histoire du mari d'une cliente dont la maison était en rénovation, qui est parti avec la décoratrice. Le jugement n'a pas sa place entre les murs de la cabine de Nathalie Michaud. C'est l'ouverture et l'empathie qui règnent.

La nature du travail de l'esthéticienne fait en sorte que les gens se mettent littéralement à nu devant elle. La capacité de les mettre à l'aise revêt donc une importance capitale.

Le barbier Gilles Doré aime débattre de politique... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 5.0

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Le barbier Gilles Doré aime débattre de politique avec ses clients et discuter chasse, pêche et voyages.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

Gilles Doré, barbier

Lorsqu'ils se retrouvent assis dans le fauteuil de barbier de Gilles Doré, les hommes abordent une panoplie de sujets : la chasse, la pêche, les voyages, la politique. En 40 ans de métier, l'as des ciseaux en a entendu des vertes et des pas mûres et a participé à moult débats. Car s'il est une chose que Gilles Doré aime faire au travail, c'est prendre part aux discussions et y ajouter son grain de sel.

«J'entends beaucoup, beaucoup parler de politique. Les gens me parlent du maire Jean Tremblay. J'embarque là-dedans!», exprime M. Doré, qui prendra sa retraite du salon Gentleman, situé sur la rue Racine, dans quelques semaines.

Les clients vivent parfois des moments de tristesse et traversent de terribles épreuves. Cela dit, le barbier n'a jamais eu à tendre un mouchoir, parce que les hommes, «ça ne pleure pas vraiment en public».

Le barbier de la rue Racine, qui a appris son métier chez Jean-Charles Boivin, à Chicoutimi-Nord, souligne que les porte-étendards de sa profession doivent avoir une bonne culture générale pour prendre part aux discussions avec leurs clients.

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