Vendeurs itinérants: sus aux envahisseurs

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L'entreprise Bulzaï de Repentigny avait élu domicile à Place du Saguenay, le week-end dernier. De nombreuses petites affiches avaient été plantées en bordure du boulevard Talbot.

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Patricia Rainville
Le Quotidien

Certains commerçants de la région en ont plus que marre des vendeurs itinérants, qui débarquent de l'extérieur de la région pour vendre leurs produits, souvent à prix très réduits, aux consommateurs d'ici. «Il faut que la Ville fasse quelque chose contre ces oiseaux de malheur», lance le propriétaire de la boutique Lance et compte La Source du sport de Chicoutimi, Pierre Côté.

Le commerçant de la rue des Champs-Élysées a communiqué avec les autorités municipales de Saguenay à plusieurs reprises, au cours des dernières années. Les vendeurs itinérants, qui s'installent durant la période des Fêtes, le font rager.

Il ne se plaint pas des commerces de la région qui louent une place d'affaires dans les centres commerciaux à l'approche de Noël, mais bien de ceux qui ont leur siège social à l'extérieur du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le week-end dernier, l'entreprise Bulzaï Golf de Repentigny a élu domicile durant cinq jours dans un local vacant de Place du Saguenay. C'était la sixième présence du commerce dans la région.

Le propriétaire de la boutique Lance et compte... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 2.0

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Le propriétaire de la boutique Lance et compte La Source du sport, Denis Côté, somme la Ville de resserer les règles concernant les permis octroyés aux vendeurs itinérants.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

«C'est aberrant que la Ville octroie des permis et permette ce genre de compétition. Ce sont des gens de l'extérieur, qui viennent ici se remplir les poches avant de repartir. Comment voulez-vous qu'on compétitionne face à ces commerçants qui vendent des articles deux fois moins chers qu'ailleurs? Je n'en veux pas à Place du Saguenay, c'est normal que la direction veuille louer ses locaux. Mais la Ville devrait resserrer ses règlements », lance Pierre Côté. Ce dernier est appuyé par le propriétaire du Sport Expert de Chicoutimi, Yvon Blackburn, qui déplore également la grande liberté qu'ont les vendeurs itinérants.

«Prenez un commerce qui vend en liquidation des équipements de golf, par exemple. Il s'agit souvent d'équipement à rabais. Durant que le commerce itinérant est ici, on le sent dans nos ventes. Nous, on paye des taxes à la municipalité et nous faisons travailler du monde d'ici. C'est évidemment que ça nous nuit», indique Yvon Blackburn, lorsque contacté par Le Progrès-Dimanche.

«Ça dérange un peu tous les commerçants régionaux et c'est un phénomène qu'on voit de plus en plus. Promotion Saguenay incite les gens à acheter local et à encourager les commerçants d'ici, mais la Ville donne des permis à ce genre de vendeurs », ajoute le propriétaire de Sport Expert et Atmosphère.

«Déjà que c'est difficile dans la vente au détail, c'est inadmissible que des vendeurs de l'extérieur viennent ici pour quelques jours et repartent avec leur profil chez eux ensuite. La Ville devrait agir et le maire (Jean Tremblay) devrait chialer contre cette compétition déloyale, au lieu de chialer contre des niaiseries», a fait valoir Pierre Côté.

La Chambre de commerce va s'en mêler

La Chambre de commerce du Saguenay s'engage à faire ses devoirs concernant le phénomène des vendeurs itinérants. «Il s'agit de pertes totales pour la région, c'est très choquant», a affirmé la directrice générale de la Chambre de commerce, Marie-Josée Morency.

Selon la directrice générale, Saguenay devrait exercer un contrôle plus serré, pour éviter que des commerçants de l'extérieur de la région viennent faire des profits ici, avant de repartir.

«On ne parle pas de commerçants de la région qui ouvrent des boutiques satellites durant la période des Fêtes. On parle de vendeurs qui viennent d'ailleurs et repartent après quelques jours. Il n'y a absolument aucune retombée économique pour la région», a fait valoir Marie-Josée Morency. Cette dernière compte rencontrer les autorités municipales, afin d'en savoir plus sur les exigences que doivent remplir les vendeurs itinérants.

«J'invite aussi les commerçants d'ici à nous contacter, afin de nous expliquer les effets qu'a la vente itinérante sur leur commerce. Nous sensibiliserons la population, car on milite beaucoup pour encourager l'achat local. C'est évident que nous sommes contre ce genre de pratiques», a indiqué la directrice générale de la Chambre de commerce du Saguenay.

Le vendeur itinérant

Le vendeur itinérant est une personne ou une compagnie qui, ailleurs qu'à son adresse, sollicite une personne dans un endroit ou une place publique, en vue de vendre un produit ou un service. Quant à lui, le colporteur, qui doit suivre la même réglementation que le vendeur itinérant, est une personne qui fait du porte-à-porte, en vue de vendre un produit ou un service.

À Saguenay, les vendeurs itinérants peuvent obtenir un permis pour s'installer à Place du Royaume, Place du Saguenay ou aux Galeries Jonquière.

Selon le règlement municipal, le colporteur doit avoir son siège social ou une succursale dans les limites de la municipalité, contrairement au vendeur itinérant, qui peut venir de l'extérieur.

Un vieux règlement oublié

En 2006, les conseillers municipaux de Chicoutimi avaient déposé un avis de motion, lors d'une séance du conseil municipal, concernant les vendeurs itinérants. À l'époque, les conseillers espéraient interdire totalement aux commerçants de l'extérieur de la région à venir s'installer temporairement, histoire d'écouler leur marchandise.

Deux ans plus tard, Saguenay a adopté un règlement, forçant les commerçants de l'extérieur à débourser 1100$ pour l'obtention d'un permis, mais leurs activités n'ont pas été interdites.

Lorsque joint par Le Progrès-Dimanche, le responsable des communications de la Ville, Jeannot Allard, a pourtant indiqué que le vendeur itinérant n'avait pas à débourser de somme pour s'installer dans un endroit public. Si le vendeur décide de louer une place d'affaires dans un endroit privé, il aura simplement à payer le montant du loyer. Même en téléchargeant la réglementation municipale sur le site Internet de la Ville, il n'a pas été possible de savoir si les vendeurs itinérants devaient remplir des exigences particulières, même s'ils n'ont pas de place d'affaires à Saguenay. Nous n'avons pas trouvé de clause impliquant un montant de 1100$.

Le précédent des camions-cuisine

L'implantation des camions de bouffe de rue à Chicoutimi a fait les manchettes, à l'hiver dernier. Après maintes discussions et malgré le désaccord de plusieurs restaurateurs, la Ville a finalement accepté les camions-cuisine sur le territoire de Chicoutimi.

Le projet-pilote, qui vise à encadrer cette pratique, est notamment interdit aux commerçants de l'extérieur. Par exemple, un camion-cuisine de Montréal ne pourrait pas venir s'installer dans la région durant un week-end. Seuls les restaurateurs d'ici peuvent le faire, comme c'est le cas de Temaki Sushi, par exemple. Le propriétaire du camion de bouffe de rue doit payer un permis de 1100$ à la municipalité, pour opérer son engin.

Un commerce sanctionné par Sherbrooke

À Sherbrooke, les commerçants itinérants font couler beaucoup d'encre depuis quelques années. La Chambre de commerce de l'endroit milite d'ailleurs contre les vendeurs itinérants depuis quelques années.

Au début de l'automne, la Chambre de commerce de Sherbrooke avait déposé une plainte au conseil municipal, concernant les activités du commerce itinérant Halloween Party Centre, estimant qu'il s'agissait là de pratiques déloyales. Le commerce avait été sanctionné par la municipalité, puis s'était tout simplement installé ailleurs. Soulignons qu'Halloween Party Centre s'installe à Place du Royaume, depuis quelques années, durant les semaines précédant le 31 octobre.

De plus, la Chambre de commerce de Sherbrooke demande à la Ville d'instaurer des règlements plus sévères en ce qui concerne les baux signés avec les commerçants itinérants depuis belle lurette.

À Magog, l'installation temporaire d'un piscinier avait également soulevé la colère des commerçants locaux, l'été dernier. La Ville avait reçu plusieurs plaintes à ce sujet. La Chambre de commerce et d'industrie Magog-Orford estimait que les commerces itinérants, qui s'installent pour quelques semaines afin d'offrir des produits en liquidation, amènent de la concurrence déloyale.

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