De la drogue par la poste: un jeu d'enfant

Du PCP acheté via Internet et livré dans votre boîte aux lettres, est-ce... (Photo 123RF)

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Patricia Rainville
Le Quotidien

Du PCP acheté via Internet et livré dans votre boîte aux lettres, est-ce possible? Un vrai jeu d'enfant, selon un habitué du Deep Web (ou Web profond), rencontré cette semaine par Le Progrès-Dimanche.

Le consommateur, qui a découvert l'univers du Web profond il y a plusieurs mois, a commandé de la drogue sur Internet une centaine de fois. Livrée directement chez lui. À des prix nettement inférieurs à ceux du marché de la rue. Dans un anonymat complet. Et le tout avec une facilité déconcertante.

«J'avais lu des articles sur le Darknet et je me suis demandé si c'était vraiment possible. On disait qu'il était facile de commander de la drogue, mais je n'y croyais pas trop au début», raconte celui qui a accepté de se livrer au Progrès-Dimanche sous le couvert de l'anonymat.

«J'ai vite compris comment ça fonctionnait, il ne faut pas nécessairement être un pro de l'informatique, mais il faut savoir naviguer un peu. Dans les articles que j'avais lus, il était écrit qu'on devait télécharger un logiciel sur le Web et qu'à partir de ça, on pouvait accéder au Darknet sans que notre adresse IP soit retraçable. En cinq minutes, ce logiciel était téléchargé sur mon ordinateur. En fouillant un peu, on trouve facilement des adresses URL qui nous mènent vers des sites de ventes. Un peu comme eBay ou Kijiji. J'appelle ça le Club Price de la drogue», raconte le jeune homme.

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Payé en bitcoins

Pour acheter de la drogue, il suffit de payer en bitcoins, achetés grâce à une carte de crédit, un compte débit ou des cartes prépayées. «Je n'en revenais pas à quel point c'était facile. Et je n'y croyais pas encore jusqu'à ce que je commande quelque chose», note le consommateur.

Avec un ami, il décide de commander 14 grammes de cannabis. Dans la rue, une telle quantité peut coûter environ 95$. «J'ai payé 45$. J'ai commandé, en me disant que ça n'arriverait jamais jusqu'à chez moi! Finalement, quatre jours plus tard, je recevais un petit colis en provenance de la France avec mes 14 grammes de pot, emballés sous vide dans du papier bulle. Et c'était du bon stock en plus», nous raconte-t-il.

Depuis, il a commandé une centaine de fois via le Web profond. De l'extasy, du Fentanyl, du cannabis, du haschisch, des Ativan; tout est arrivé chez lui sans tracas.

«Sur une centaine de commandes, je n'ai pas reçu mon stock seulement deux fois. Et je n'ai jamais eu de la cochonnerie. Chaque vendeur a des critiques des consommateurs. C'est vraiment comme sur eBay. Si le vendeur a 500 critiques positives, c'est celui-là qu'on choisit», raconte-t-il.

Les colis peuvent provenir des quatre coins du monde. «J'en reçois souvent du Québec, comme Montréal. Mais ça peut venir de l'Europe ou de l'Australie également», affirme-t-il.

Deux hommes sont décédés d'une overdose, en début de semaine, à Chicoutimi. Selon les informations véhiculées par les policiers, ces décès auraient été causés par une consommation de PCP. Afin d'en savoir davantage sur cette drogue de synthèse, Le Progrès-Dimanche a rencontré un ex-consommateur, qui a accepté de raconter son expérience sous le couvert de l'anonymat. De plus, un adepte du Web profond a expliqué au journal comment il se procure sa drogue, directement sur Internet.

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Une fois les adresses dénichées, il est facile de chercher n'importe quoi, comme si nous magasinions sur eBay.

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Qu'est-ce que le Web profond?

Le Web profond ou Web invisible ou encore Web caché (en anglais Deep Web) est la partie de la toile accessible en ligne, mais non indexée par des moteurs de recherche classiques généralistes.

En 2008, l'Internet dit « invisible » non référencé par les moteurs de recherche représentait 70 à 75 % de la Toile, soit environ un trilliard de pages non indexées. Aujourd'hui, les experts parlent de 90%.

Une arme dans un Xbox

Le jeune adepte du Web profond a accepté de faire une petite démonstration à la journaliste du Progrès-Dimanche. Et il ne croit pas que ses activités illicites lui causeront des problèmes.

«Avec les logiciels, c'est presque impossible d'être retracé. Par exemple, il arrive souvent qu'on navigue dans le Darknet à partir d'une adresse IP de la Nouvelle-Zélande. Nous fonctionnons sur des faux noms avec des bitcoins. C'est pratiquement impossible de se faire prendre. Le secret, c'est de commander des quantités de moins de 30 grammes, comme ça, il n'y a pas de risques que le colis soit ouvert par Postes Canada», raconte le jeune homme, qui connaît plusieurs personnes s'adonnant à ce genre de pratiques dans la région.

Ceux et celles qui connaissent l'univers du Web profond savent que la drogue n'est pas le seul produit offert.

Des armes, les services d'un tueur à gages, de la pornographie, des organes; n'importe quoi peut être acheté. «Un ami a commandé un 9mm. Ça lui a coûté 5000$ et l'arme est arrivée chez lui dans une console de Xbox. C'est complètement fou», admet-il.

Le jeune homme a accepté de faire une petite démonstration à la journaliste du Progrès-Dimanche. En quelques minutes à peine, nous aurions pu commander du PCP à un prix dérisoire. À vrai dire, nous aurions pu commander n'importe quoi, du cannabis jusqu'à l'héroïne.

«Un enfant serait capable de le faire. Il suffit de bien chercher et tout est accessible. Il y a même des tutoriels sur YouTube pour savoir comment accéder au Deep Web. Plusieurs vendeurs de stupéfiants s'approvisionnent d'ailleurs de cette façon», a indiqué le consommateur.

«Du PCP, il n'y en a pas de bonne qualité»

«J'ai consommé pas mal toutes les drogues qui peuvent exister. Mes plus mauvais ''trips'', c'était sur le PCP.»

Un individu de 38 ans, qui consomme depuis son adolescence, a accepté de s'entretenir avec Le Progrès-Dimanche, cette semaine, afin de sensibiliser les gens aux dangers des drogues de synthèse, qui auraient causé le décès de deux hommes en début de semaine, à Chicoutimi.

Nous l'appellerons Carl, afin de protéger son identité.

Carl a consommé une bonne partie de sa vie. Bien qu'il ait laissé tomber les drogues de synthèse depuis un certain temps, il continue de consommer du cannabis et de la cocaïne, une fois de temps en temps.

«J'ai tout essayé, sauf l'héroïne. Je peux vous dire que le PCP, c'est raide. J'ai eu des ''badtrips'' terribles là-dessus. Mes amis pourraient plus vous le raconter que moi, parce qu'il y a des bouts où j'étais tellement dans ma tête qu'ils devaient me déplacer jusqu'aux toilettes. J'étais complètement légume. Ça ne m'étonne pas ce qui s'est produit plus tôt cette semaine. Mais ça m'a surpris lorsque j'ai entendu que c'était de la drogue de mauvaise qualité. Du PCP, il n'y en a pas de bonne qualité. On ne sait jamais sur quoi on va tomber. On ne sait pas avec quoi la poudre est coupée. Il peut avoir n'importe quelles cochonneries là-dedans. Ça ne coûte rien et tu es gelé durant des heures», raconte Carl, qui a surtout consommé du PCP sous la forme de poudre ou de buvard.

«Quand j'en prenais, le PCP était coupé avec du lactose, mais j'ai déjà essayé d'en consommer du pur. C'est une chose à ne pas faire. J'ai été sept heures la bouche ouverte à ne pas pouvoir bouger. Le lendemain, j'étais tellement détruit que je pensais ne jamais revenir comme avant. Et je n'en avais pas pris beaucoup. Je me suis ramassé à des kilomètres d'où j'avais commencé la soirée, dans un char, sans savoir comment je m'étais rendu là.

Le PCP, c'est vraiment une boîte à surprises. Et les surprises ne sont pas vraiment le fun», se souvient Carl, qui a consommé cette drogue une vingtaine de fois. «J'espérais toujours tomber sur une dose qui me ferait ''triper'', mais ça n'est jamais arrivé. C'est comme avec le buvard, on pouvait tomber sur une dose au LSD ou une au PCP. On le savait seulement lorsque je l'avais avalé», ajoute l'homme.

De rares perquisitions dans la région

Les perquisitions de PCP sont très rares sur le territoire régional. En effet, les policiers de la Sécurité publique de Saguenay et de la Sûreté du Québec ne saisissent pratiquement jamais cette drogue de synthèse.

«Lors des perquisitions effectuées par nos agents, nous retrouvons surtout du cannabis, de la cocaïne et de la métamphétamine. Le PCP n'est pas une drogue qu'on voit régulièrement», note le porte-parole de la Sécurité publique de Saguenay, Bruno Cormier.

Même constat du côté de la Sûreté du Québec. «On tombe parfois sur du GHB, mais on parle surtout de cannabis, de cocaïne et de pilules de métamphétamine. De la mescaline (PCP), ça n'arrive pratiquement jamais», indique le porte-parole de la SQ, Jean Tremblay.

Toutes les drogues saisies lors des perquisitions policières sont analysées dans un laboratoire médico-légal.

Selon les travailleurs de rue, le PCP a toujours été présent dans la région. «Nous ne constatons pas de recrudescence de PCP actuellement. Il y en a toujours eu sur le territoire. C'est un constat qui nous préoccupe depuis toujours, de même que pour ce qui est des autres drogues de synthèse», a affirmé la coordonnatrice du Service de travail de rues de Chicoutimi, Janick Meunier.

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