Chlorophylle menacée de faillite

L'entreprise Chlorophylle de Chicoutimi est de nouveau sur... (Le Quotidien, Michel Tremblay)

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L'entreprise Chlorophylle de Chicoutimi est de nouveau sur le bord du gouffre, avec des créances totalisant pas moins de 7 millions de dollars.

Le Quotidien, Michel Tremblay

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L'entreprise Chlorophylle de Chicoutimi, qui fut jadis un joyau de l'entrepreneuriat régional, est de nouveau sur le bord du gouffre avec des créances totalisant pas moins de 7 millions de dollars avec de grandes institutions financières. Les propriétaires ont décidé de la placer sous la protection de la Loi fédérale sur la faillite et l'insolvabilité.

L'entreprise, qui est détenue par Fondaction CSN (33%), Gestion Marc Tremblay de Jonquière (20%) et Desjardins Capital de risque (33%), aura donc la possibilité de présenter d'ici 30 jours une proposition à ses créanciers. Les documents ont été déposés en cour le premier décembre avec la liste de tous les créanciers. L'entreprise aura aussi la possibilité de se présenter en cour pour demander des délais additionnels.

«Notre objectif est de trouver des personnes intéressées à devenir des partenaires dans l'entreprise ou d'investir. Nous allons publier des avis et un catalogue au cours des prochains jours, afin d'expliquer aux personnes intéressées nos projets pour la relance de l'entreprise», a déclaré au Quotidien Hugo Daoust, chef de la restructuration de l'entreprise en remplacement de Denis Tremblay, en congé maladie.

L'entreprise ne compte plus que quelques employés au Saguenay avec le siège social sur la rue Racine et une boutique sur le boulevard Talbot. La confection des vêtements a depuis longtemps été confiée à des usines chinoises. Le développement des collections, incluant le design, était réalisé au Québec (Chicoutimi-Montréal).

Au cours d'un bref entretien téléphonique, le chef de la restructuration est demeuré prudent sur les plans d'avenir des propriétaires actuels. Chlorophylle compte en ce moment sur un réseau composé d'une vingtaine de boutiques au Québec et une en Ontario. Lors de la relance après la vente de l'entreprise par Louis Garneau, Chlorophylle avait décidé de développer son réseau de vente au détail en exploitant ses propres boutiques en plus d'un certain nombre de franchises.

Concurrence

Les problèmes de Chlorophylle découlent en premier lieu d'un marché hautement concurrentiel dans les vêtements spécialisés de plein air et d'une série de décisions d'affaires qui ont mobilisé des ressources financières considérables. Tout le volet commerce au détail est vite devenu un boulet pour l'entreprise avec des baux à prix élevés dans des édifices commerciaux. Une formule qui a rapidement plombé les finances de l'entreprise.

«C'est assez simple. On peut dire que Gilles Couët avait une panoplie de défauts, mais il a réussi une chose. Il a vendu un rêve en l'associant à un produit de très grande qualité. Chlorophylle a cessé de rêver pour faire de la comptabilité», a indiqué au Quotidien un interlocuteur qui a été associé de près à la marque pendant plusieurs années.

Interrogé sur l'avenir de l'entreprise, notre interlocuteur s'est dit assuré que la marque a encore une valeur dans l'industrie du plein air: «Comme on peut le constater, elle a été malmenée au cours des dernières années et il y a eu des problèmes, mais Chlorophylle a encore un lien avec le rêve et la qualité. Des gens travaillent pendant 20 ans pour développer une marque de cette renommée et se couperaient les deux bras pour atteindre les niveaux que l'entreprise de Gilles Couët a réussi à atteindre.

En plus des problèmes associés au secteur du commerce au détail, Chlorophylle a perdu depuis deux ans plusieurs employés d'une grande compétence qui occupaient des postes stratégiques. L'entreprise a eu recours à une batterie de consultants qui n'avaient pas nécessairement une fine connaissance de cette industrie dominée par une poignée de grandes marques qui se comptent sur les doigts de la main.

L'entreprise de Chicoutimi compte en ce moment 140 employés dans son réseau de boutiques ainsi qu'au siège social de la rue Racine.

Les principaux créanciers de l'entreprise sont la Banque Royale du Canada, avec une balance de prêt de 3,5 millions $, la Banque de développement du Canada, pour 1 million $, Investissements Québec (516 000$), ainsi que les deux actionnaires institutionnels de l'entreprise (Fondaction CSN et Desjardins) avec des créances de l'ordre de 500 000$.

Gilles Couët espère que son rêve va survivre

«Une compagnie comme Chlorophylle, ce n'est pas comme d'autre chose. C'est une affaire de passion pour le plein air. Quand tu as la passion de ton affaire, c'est facile de convaincre les gens.»

Le fondateur de Chlorophylle, Gilles Coüet, précise dès le départ qu'il ne veut pas porter de jugement sur les personnes qui dirigent aujourd'hui l'entreprise. Il a quitté les affaires en 2006 et ne suit plus son évolution, mais croit que les gestionnaires n'ont pas eu la partie facile.

Certes, Gilles Coüet a entendu des choses, mais préfère ne pas les commenter publiquement. Il est cependant en mesure de comprendre que Chlorophylle a fait d'autres choix qui ont été difficiles à assumer comme le virage vers la mode ou le prêt-à-porter alors qu'à la base, l'entreprise de la rue Racine concentrait ses efforts sur des vêtements techniques de plein air d'une grande qualité.

Le fondateur de Chlorophylle, Gilles Coüet... (Archives Le Quotidien) - image 3.0

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Le fondateur de Chlorophylle, Gilles Coüet

Archives Le Quotidien

«Les clients les plus difficiles à satisfaire dans le monde sont les Japonais. Les Japonais achetaient du Chlorophylle», rappelle celui qui consacre encore une grande partie de ses temps libres au plein air et qui a oeuvré auprès de Jean Lemire.

«Il s'est produit un phénomène dans ce domaine. Il y avait une multitude de petites entreprises. Celles-ci, comme North Face à l'époque, ont été achetées par de très grandes entreprises qui ont beaucoup de moyens. C'est un autre contexte. Chlorophylle parvenait à se distinguer en raison de la force de son équipe développement qui arrivait à chaque année avec des produits exceptionnels de grande qualité et très techniques.»

Pendant plusieurs années, Chlorophylle était partout; dans les déserts de glace du pôle Sud ou dans les grandes expéditions du pôle Nord. Le logo du soleil était devenu familier dans toutes les grandes revues de plein air de la planète. Malgré la dimension de l'entreprise, elle occupait une place de choix au sein de la petite famille des grands explorateurs et alpinistes.

Gilles Couët souhaite de tout coeur que ce rêve né à Chicoutimi survive à cette autre crise. Il ne voit pas pourquoi des gens passionnés ne pourraient donner une seconde vie à la marque qui a encore une grande valeur aux yeux de plusieurs.

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