Réfugiés : Saguenay a entrepris des démarches

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Après des discussions prometteuses avec le gouvernement provincial sur l'accueil des réfugiés syriens, le maire de Saguenay Jean Tremblay croit qu'il est toujours possible pour la ville de leur ouvrir ses portes.

Dans le plan actuel, la capitale régionale ne fait pas partie de la liste des villes québécoises destinées à recevoir une part des 25 000 Syriens promis par le Parti libéral du Canada d'ici février 2016. Le premier citoyen de Saguenay mise sur l'apport de la communauté des gens d'affaires et la participation aux activités culturelles et sportives pour une intégration réussie, sans création de «ghettos comme en France, ça ne marche pas».

M. Tremblay assure avoir senti un intérêt de la part du premier ministre du Québec Philippe Couillard lors d'une rencontre la semaine dernière. «On en a parlé à deux reprises et il m'a donné parfaitement raison. Il trouve intéressant ce que Saguenay veut faire», relate le maire. Ce dernier a aussi discuté avec un fonctionnaire «de haut niveau», qui l'a référé à un membre de l'administration gouvernementale et à un attaché politique d'un ministère. Jean Tremblay ne pouvait donner plus de détails étant donné qu'il contactera ces deux personnes seulement à partir de lundi.

«S'ils sont capables d'accueillir tout le monde sans notre collaboration, tant mieux, mais je leur dis qu'il y a des gens prêts à aider ailleurs au Québec», poursuit-il. Le premier magistrat n'a pas de nombre de réfugiés à accueillir en tête et estime leur arrivée possible plus tard en 2016. Pour l'instant, à part un employé de Promotion Saguenay affecté à l'immigration à temps partiel, aucune ressource particulière n'est chargée du dossier. «Il va avoir des fonctionnaires de la Ville, mais le gouvernement va devoir les payer.»

Jean Tremblay croit qu'il est impossible de se prétendre catholique comme lui et de laisser dans le besoin «des gens qui crient au secours».

«C'est sûr que si ça nous enlève du travail, ça déplaît. Mais il y a moyen que les immigrants s'intègrent en créant eux-mêmes des emplois, des entreprises, en mettant leurs talents à profit. Je suis certain que la formation universitaire en Syrie est aussi bonne qu'à Saguenay. Évidemment, le gouvernement va devoir donner des incitatifs.»

Le maire rappelle «qu'il faut arrêter de penser que ce sont tous des terroristes» et considère que le gouvernement est «bien parti» avec ses mesures de sécurité. «On ne veut pas l'avouer, mais on est un peu raciste dans la région. C'est humain quand on n'a pas vécu souvent avec des étrangers. On a pourtant beaucoup à retirer de cette culture différente. On doit faire comprendre aux réfugiés que c'est à eux de s'adapter, et non à nous de changer.»

Le maire Jean Tremblay... (Archives Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque) - image 2.0

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Le maire Jean Tremblay

Archives Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

La lettre de Jean Tremblay

Vingt-cinq mille réfugiés c'est beaucoup et le 1er février est vite arrivé. Pourtant il faut réussir à le faire, ce sont des humains et l'attente va rendre leurs souffrances encore plus pénibles. Ces familles qui ont tout perdu, elles crient: «Au secours, on veut nous massacrer. S'il vous plaît, aidez-nous!» Ils ont avec eux, des enfants, des personnes malades, des femmes enceintes... Pourtant, il n'y a pas si longtemps, ces personnes vivaient comme nous. Ce sont des personnes normales, bien éduquées, plusieurs sont très instruites et en mesure de se modeler à notre société en la faisant grandir comme nos ancêtres se sont adaptés aux conditions difficiles du Canada.

Oui, ça va coûter de l'argent qui pourrait servir pour des choses qui nous tiennent à coeur, mais la vie c'est comme ça, il y a parfois des projets qu'on doit remettre à plus tard parce que le côté humain est plus fort que tout. Quand un de nos enfants a besoin de nous, nous oublions nos projets pour aller le secourir parce que nous l'aimons, nous serions incapables d'être heureux autrement. C'est ça un humain, c'est un animal doué d'une âme, elle-même animée par l'amour et capable de tout, du meilleur comme du pire.

D'abord, attendons-nous qu'ils prendront environ cinq ans pour s'intégrer à notre société. Ils ne peuvent pas apprendre le français, soigner leurs blessures et accepter leurs nouvelles conditions rapidement. La clé du succès, c'est de leur trouver du travail. C'est par le travail qu'ils vont regagner leur dignité. Si nous n'avons pas la volonté de faire des efforts pour leur faire une place, laissons-les là où ils sont. On ne met pas au monde un enfant dont on ne veut pas s'occuper. Si nous ne parvenons pas à les faire travailler, nous aurons échoué. Le travail c'est une condition essentielle à l'épanouissement de tout être humain.

Les corporations professionnelles doivent modifier leurs exigences afin de pouvoir les intégrer. Un agronome d'une université libyenne est peut-être aussi, sinon plus compétent que les nôtres. Les réfugiés sont parmi les gens les plus riches et les plus instruits de la Syrie, les plus pauvres n'avaient pas le moyen de se payer un tel voyage.

Ces personnes auront besoin d'espace, c'est souvent par les arts et le sport qu'ils réussissent à évacuer ce qu'ils ne peuvent plus supporter autrement. Il faut leur faciliter l'accès à la culture et aux activités sociales. C'est surprenant les bienfaits que peut avoir la musique sur une personne déprimée et ils ne sont pas différends de nous!

Ils ont besoin de notre amitié, les amis c'est notre meilleur support dans les moments difficiles, il va falloir leur ouvrir nos portes. Je suis certain que les Syriens sont des gens aimables, les images qui nous sont diffusées nous proviennent lors d'événements tragiques et ne permettent pas de les apprécier à leur juste valeur.

Le milieu des affaires devra s'impliquer pour leur offrir du travail et certaines lois devraient être revues pour permettre une intégration plus facile au marché du travail. Accueillir un réfugié c'est comme avoir un enfant, ça demande de s'oublier pour lui faire de la place, mais c'est aussi une manière de nous épanouir. Les Québécois sont généreux, ils le prouvent souvent et ça leur est bien rendu, car si on se compare, on réalise que l'on vit dans un pays de paix et dans des conditions financières qui se situent parmi les pays les plus riches.

Jean Tremblay

Maire de Saguenay

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