Les contacts avec les animaux resserrés?

Québec est en train de revoir la réglementation... (Archives Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Québec est en train de revoir la réglementation qui encadre les jardins zoologiques. Les contacts entre les visiteurs et les animaux sauvages pourraient être interdits.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec est en train de revoir de fond en comble la réglementation qui encadre les jardins zoologiques de la province, particulièrement au chapitre des contacts que certains établissements favorisent entre les visiteurs et les animaux.

Mal à l'aise avec les pratiques en vigueur dans certains zoos, le ministère a amorcé une réflexion majeure qui pourrait mener au resserrement des règles. Québec s'appuie sur des principes de sécurité publique et d'amélioration des conditions de vie des diverses espèces gardées en captivité pour expliquer la révision.

Au Québec, 18 établissements détiennent un permis de jardin de zoologique. Trois d'entre eux se trouvent au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il s'agit du Zoo sauvage de Saint-Félicien, du Zoo de Falardeau et d'un commerce de Chicoutimi qui doit détenir un permis en règle parce qu'il possède un animal exotique (caïman).

Environ 100 000 visiteurs ont franchi les tourniquets du Zoo de Falardeau en 2015, selon les chiffres fournis par la direction. L'achalandage a littéralement explosé au cours des dernières années, un phénomène qui s'explique principalement par le fait que Falardeau est l'un des rares jardins zoologiques québécois où la clientèle peut avoir un contact physique avec des bébés fauves comme des tigreaux et des lionceaux. Cette façon de faire soulève les passions et a été critiquée à maintes reprises. Certains défenseurs des droits des animaux considèrent qu'il est contre nature, pour ces bêtes, d'être touchées et caressées par la main humaine. Le caractère imprévisible des animaux a aussi été invoqué.

Biologiste à la direction régionale du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Simon Larouche note que l'on assiste à «une prise de conscience au niveau gouvernemental» et que «dans un processus d'amélioration continue, les politiques seront revues».

«Le fait de pouvoir caresser les animaux n'est pas une pratique avec laquelle nous sommes à l'aise et c'est pour ça qu'il y a une réflexion qui est présentement en marche. Au plan éthique, on trouve que c'est un très mauvais signal à donner à la population, surtout aux enfants. On vient enlever une forme d'inhibition. Un enfant qui vient flatter un ourson et qui en croise un en forêt éventuellement pourrait se dire : ''j'en ai flatté un, il n'y a aucun problème''. Ça reste un animal sauvage qui peut causer la mort», met en relief Simon Larouche, qui rappelle que l'instinct de ces animaux peut se manifester à n'importe quel moment, sans crier gare.

Démonstrations

Québec est en faveur d'un meilleur encadrement des activités des jardins zoologiques qui se tiennent en dehors des espaces où ils sont tenus en captivité.

«C'est une pratique de plus en plus émergente et c'est pour ça qu'au central, des personnes réfléchissent. Actuellement, la réglementation vient encadrer les infrastructures et les enclos pour prévenir toute attaque par un animal, mais elle ne vient pas encadrer les pratiques à l'extérieur comme certaines démonstrations. C'est là où ça devient problématique», poursuit le biologiste.

Actuellement, les établissements qui désirent obtenir un permis de jardin zoologique doivent fournir la liste des espèces qu'ils souhaitent maintenir en captivité, le nom du vétérinaire et du technicien en santé animale qui veillera au bien-être des animaux, de même qu'un plan d'ensemble du site avec les plans et devis de chaque abri et enclos. Ces esquisses doivent démontrer que les infrastructures sont suffisamment efficaces pour prévenir toute attaque envers le public et la transmission de maladies. Pour obtenir l'approbation du ministère, chaque zoo doit détenir un programme éducatif et expliquer de quelle façon il entend se procurer ses animaux et comment ceux-ci seront traités. Le coût d'obtention d'un permis est de 372$ et il demeure valide pour un an.

Le propriétaire du Zoo de Falardeau, Daniel Gagnon.... (Archives Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 2.0

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Le propriétaire du Zoo de Falardeau, Daniel Gagnon.

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Daniel Gagnon craint un exode de la clientèle

Le propriétaire et fondateur du Zoo de Falardeau continue de défendre ses pratiques. Daniel Gagnon croit que si Québec modifie la réglementation et interdit les échanges entre humains et animaux dans les jardins zoologiques, la clientèle se tournera vers des établissements de l'extérieur.

«Cette pratique est courante en Ontario, à Bowmanville par exemple. Nous, on le fait avec des fauves parce qu'ils se reproduisent bien», explique-t-il. Daniel Gagnon sait que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs planche sur des modifications à la réglementation en vigueur et s'attend à ce que des changements surviennent au cours des prochaines semaines. Toutefois, il a indiqué qu'il serait surpris que le protocole de son organisation, autorisé par les autorités gouvernementales, soit modifié de façon à ce que les visiteurs ne puissent plus cajoler des bébés fauves. Le propriétaire du Zoo de Falardeau affirme qu'il n'a pas réfléchi aux conséquences directes que pourrait avoir une telle interdiction sur son entreprise.

Malaise

Quant au malaise concernant les façons de faire du Zoo de Falardeau, Daniel Gagnon l'explique par le fait que d'autres organisations n'aiment pas que son jardin draine une partie de leur clientèle.

«Il n'y a pas beaucoup de zoos avec des animaux exotiques au Québec. Ça a un effet sur ces jardins-là qu'on attire autant de monde avec les bébés», opine-t-il.

Au sujet de la sécurité, le gestionnaire signale qu'une fois les animaux devenus trop gros pour être touchés, ils sont vendus à d'autres organisations. Le Zoo de Saint-Édouard, en Mauricie, a d'ailleurs acquis plusieurs bêtes de l'établissement saguenéen.

«Selon la vétérinaire du ministère qui se penche sur la réglementation, 100 livres, c'est trop gros pour être en contact avec les gens. Ce n'est pas le poids, mais le comportement de l'animal qui compte. J'en avais un de 58 livres que j'ai enlevé de l'accueil à cause de son caractère», enchaîne Daniel Gagnon, qui ne s'inquiète pas du côté imprévisible des tigreaux ou des lionceaux.

«Un animal qui est imprégné par la main de l'humain, il ne mord jamais. Il faut le voir pour le comprendre», poursuit-il. Daniel Gagnon précise que 65 pour cent des visiteurs du Zoo de Falardeau proviennent de la région de Québec. Vingt pour cent sont du Saguenay-Lac-Saint-Jean et 15 pour cent sont issus de l'extérieur.

Lauraine Gagnon en accord

À Saint-Félicien, la directrice générale, Lauraine Gagnon, n'a pas voulu se prononcer sur la question spécifique du Zoo de Falardeau. Elle a toutefois déclaré que son établissement voit d'un très bon oeil la révision des règles par le ministère.

«On est en accord avec ça. Tous les zoos et aquariums du Québec ont été consultés et on accueille favorablement le fait que la réglementation soit adaptée pour mieux refléter la réalité d'aujourd'hui», a indiqué Mme Gagnon.

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