L'islam québécois n'a rien à voir avec la France

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Patricia Rainville
Le Quotidien

La communauté musulmane de Montréal n'a rien à voir avec celle de la France et celle de Saguenay n'a rien à voir avec celle de Montréal. Selon le docteur en sociologie des religions Frédéric Castel, il faut arrêter de comparer les musulmans québécois avec ceux de la France et de la Belgique.

Le docteur Frédéric Castel, chargé de cours à l'Université du Québec à Montréal, était de passage à l'UQAC, jeudi. Il expliquait les résultats de ses recherches sur les différentes communautés religieuses, réalisées au cours des dernières années. Selon lui, les craintes exprimées par plusieurs personnes concernant les récents attentats de Paris et la possibilité que cela se produise ici sont compréhensives. Toutefois, ses études démontrent que les communautés musulmanes françaises et québécoises n'ont presque rien en commun.

«La grande question qu'on doit se poser dans la situation actuelle est la suivante: est-ce que l'islam québécois ressemble à l'islam français ou belge? Non, ce n'est pas du tout le cas. C'est normal de se poser cette question, mais pour y répondre, il faut analyser différents aspects sociologiques», a expliqué Frédéric Castel.

La grande différence entre les deux communautés réside dans l'éducation.

«Au Québec, l'immigration est très récente. Le gros boum a eu lieu dans les années 2000, en ce qui concerne les musulmans. La majorité d'entre eux ne sont pas des réfugiés, mais plutôt des professionnels, qui ont immigré pour des raisons économiques. Cela fait en sorte que nous avons accueilli, au Québec, des musulmans scolarisés. Il s'agit d'une élite professionnelle, ce qui n'est pas du tout le cas en France, où la communauté est surtout rurale et en partie analphabète», explique celui qui étudie l'évolution des minorités non chrétiennes du Québec. Soulignons que 40% des musulmans québécois ont un diplôme universitaire et que 83% parlent le français.

Le deuxième point à ne pas négliger est la ghettoïsation des communautés musulmanes. «Au Québec, il n'y a pratiquement pas de ghettos religieux. Lorsqu'on regarde le portrait géographique des musulmans montréalais, par exemple, nous voyons qu'ils sont installés dans pratiquement tous les quartiers. Ils ne ressentent pas le besoin de se retirer et la population québécoise ne les pousse pas à se ghettoïser. Notons aussi que 97% des enfants musulmans fréquentent les écoles publiques québécoises. Encore une fois, ça n'a strictement rien à voir avec la situation française ou belge», mentionne le chercheur. À titre comparatif, chez les juifs québécois, 48% des enfants vont à l'école publique.

Discours djihadiste

Le discours véhiculé dans les mosquées québécoises et européennes est également fort différent. «Pour avoir entendu les deux, je peux vous dire que le discours dans les mosquées françaises est beaucoup plus acrimonieux envers les non-musulmans. Ici, on parle surtout d'un islam ouvert. Le discours djihadiste n'existe pas dans les mosquées québécoises. Au Québec, nous avons un islam qui se moule aux valeurs québécoises. Et les musulmans ne sont pas que des individus qui prient, comme le véhiculent certains médias», assure Frédéric Castel.

Même s'il maintient que la communauté musulmane du Québec ne ressemble pas à celle de la France, il admet toutefois que les deux communautés partagent un point. Le taux de chômage.

«Bien qu'il ait énormément diminué au cours des dernières années, le taux de chômage est encore très haut chez les musulmans. Il s'agit là du seul point commun entre la France et le Québec», indique le chercheur.

Selon les plus récentes données, le taux de chômage chez les hommes musulmans au Québec était de 16,2%, comparativement à 7,9% pour l'ensemble des hommes. Chez les femmes, le taux de chômage était de 19,2% pour les musulmanes et 6,2% pour la population totale féminine.

«Il faut dire que le principal handicap des immigrants est la non-reconnaissance des diplômes étrangers», note M. Castel.

Syriens

À savoir s'il faut craindre l'accueil des Syriens au Canada, Frédéric Castel affirme que le Québec a accueilli bon nombre d'Afghans dans les années 90 et que ces réfugiés fuyaient le régime des talibans. «Aucun de ces réfugiés n'était taliban», a comparé le chercheur.

Le docteur en sociologie des religions et chargé... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay) - image 2.0

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Le docteur en sociologie des religions et chargé de cours à l'UQAM, Frédéric Castel, était de passage à Chicoutimi, jeudi.

Photo Le Quotidien, Michel Tremblay

Le modèle saguenéen, une source d'inspiration

(PR) - Le modèle musulman saguenéen devrait servir de source d'inspiration. «Si le Québec a accueilli l'élite de la communauté musulmane internationale, le Saguenay a accueilli l'élite de l'élite.»

Le chercheur Frédéric Castel a eu de belles surprises en faisant quelques recherches sur la communauté musulmane du Saguenay-Lac-Saint-Jean. «Les données sont très positives. Le taux de chômage est pratiquement inexistant et 66% des musulmans possèdent un diplôme universitaire. Plusieurs d'entre eux sont également en union libre et 100% des musulmans de la région parlent français. Je ne sais pas ce qui explique ces données encore plus positives que pour le Québec, mais le Saguenay est un modèle à exporter!», lance le docteur en sociologie des religions, Frédéric Castel.

Le président de l'Association des musulmans du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Mustafa Elayoubi, a assisté à la conférence de M. Castel, hier. Il s'est dit fort impressionné par ses recherches. «J'ai été surpris de voir le taux de scolarisation des musulmans et la répartition géographique. Ces recherches m'ont rassuré sur la situation des communautés musulmanes québécoises. D'apprendre que les femmes musulmanes occupent également des postes importants et possèdent des diplômes m'a beaucoup plu également», a indiqué M. Elayoubi.

Selon lui, même si quelques incidents ont eu lieu récemment, comme le vandalisme de la mosquée régionale, les résidants d'ici sont très ouverts et accueillants envers les musulmans.

La communauté musulmane de la région est composée de 500 personnes.

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