Le miraculé de la 175

Simon Bernier est le seul survivant de l'accident... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Simon Bernier est le seul survivant de l'accident qui a eu lieu au kilomètre 133 de la route 175 en mai 2005.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

En mai 2005, Simon Bernier a vu la mort de près. Victime d'un grave accident de la route dans la Réserve faunique des Laurentides, il est le seul survivant parmi les six personnes impliquées. Dix ans plus tard, le «miraculé de la 175» ne conserve aucune séquelle physique ou psychologique de la tragédie.

L'histoire a fait la page frontispice du Progrès-Dimanche à l'époque. Simon, alors âgé de 30 ans, avait accordé une entrevue au collègue Roger Blackburn depuis son lit d'hôpital à Québec. Au moment de l'accident, survenu le 14 mai, le Saguenéen était passager à bord d'une camionnette GMC conduite par son copain de longue date, Éric Hinse. Les deux camarades roulaient en direction de la Capitale nationale après s'être rendus à Desbiens pour y entreposer une roulotte dont Simon avait hérité. À la hauteur du kilomètre 113, le véhicule a fait un face-à-face avec une voiture dans laquelle prenaient place quatre jeunes originaires de Jonquière. Éric Hinse et les jeunes n'ont eu aucune chance. Sous la force de l'impact, Simon Bernier a été projeté à l'extérieur de la camionnette. Il a subi cinq fractures du fémur, deux du bassin, quatre à la colonne vertébrale, des blessures au sternum, à la symphyse pelvienne, au poignet et au nez, entre autres. L'oreille de Simon a aussi été déchirée. S'il a collaboré au travail des services d'urgence qui se sont rendus sur les lieux, s'il a tenté de ranimer son grand ami, en vain, Simon Bernier n'en conserve aujourd'hui aucun souvenir.

«Quand je suis retourné remercier les ambulanciers, ils m'on dit que je leur ai parlé tout le long. Je me suis assoupi en arrivant à l'hôpital et quand je me suis réveillé, il n'y avait plus rien. C'était un ''black-out'' total», raconte celui qui, malgré certaines réserves, a accepté de revenir sur les événements. Simon croit que le véritable drame est celui des familles qui ont perdu un être cher et non le sien. Il y a quelque temps, Simon a d'ailleurs pris part à une cérémonie visant à marquer le 10e anniversaire de la mort de son copain du secondaire.

«J'étais juste un nomade. Je n'avais rien de bâti. Éric, lui, avait une maison, des enfants», dit celui qui confie avoir ressenti de la culpabilité parce que son «chum» lui rendait service ce jour-là, en l'aidant à déménager la roulotte que lui avait léguée son grand-père.

«Je m'en suis remis»

Au moment de l'accident, Simon Bernier était en excellente forme physique. Adepte de plein air, amoureux de la nature et doté d'aptitudes pour le travail manuel, il était à l'emploi d'Arbre en arbre, pour qui il installait des parcours de tyroliennes. L'amateur de sensations fortes prenait un malin plaisir à affronter l'eau vive en canot et agissait également comme guide de pêche. L'accident a complètement changé sa vie, mais Simon avait la détermination nécessaire pour passer au travers. Après une longue période d'hospitalisation, il a dû se soumettre à deux années complètes de réadaptation en physiothérapie et en ergothérapie.

«Ma physio a trouvé que j'avais une tête de cochon. Ça a été long par bouts, mais je m'en suis remis», raconte-t-il. Les quelque 150 personnes qui sont venues le visiter à l'hôpital L'Enfant-Jésus, pendant sa convalescence, lui ont également donné une dose inestimable d'énergie et de motivation.

Conscient de sa chance, Simon Bernier sait pertinemment que la vie lui a souri ce 14 mai 2005. Il réalise aussi à quel point l'excellente condition physique dans laquelle il se trouvait au moment de l'accident a favorisé son rétablissement. À 40 ans, il constate certes «l'usure des pièces d'origine», comme il se plaît à le dire, de même qu'une certaine faiblesse du côté droit de son corps (le côté gauche a encaissé les dommages, le droit compense). Mais sans plus.

Changement de carrière

Simon Bernier a dû se réorienter après l'accident. Il y a cinq ans, le passionné de cuisine s'est offert une formation dans ce domaine, «un trip personnel».

En stage au restaurant le Privilège, il a fait la rencontre du chef Laurent Delaplanque, avec qui il est devenu ami. En février de cette année, les deux hommes se sont associés pour créer le service de chef à domicile «Les bouchées doubles».

«Je m'ennuyais du travail manuel, de l'art et de la création. C'est un super beau défi d'arriver chez les gens et de cuisiner pour eux dans leur propre cuisine. Il y a une part d'improvisation et c'est un peu se mettre en danger», dit-il.

L'ex-aventurier devenu cuisinier n'a pas été échaudé par la tragédie routière dont il a été victime et n'hésite pas à parcourir la distance qui sépare Saguenay de Québec plusieurs fois par année. À tout coup, Simon jette un oeil à la borne kilométrique 113. Il offre alors une pensée à son ami Éric et à sa famille.

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