La mise en valeur de Saint-Jean-Vianney

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Alain Blackburn, un ancien résident de Saint-Jean-Vianney, et Julie Dufour, conseillère municipale de Shipshaw, croient qu'un circuit touristique implanté dans le secteur permettrait notamment de mettre en valeur l'histoire de l'hydroélectricité et de la traite des fourrures.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

L'espoir renaît pour les anciens résidents de Saint-Jean-Vianney qui demandent, depuis des années, que la mémoire de leur municipalité d'origine soit préservée et mise en valeur, in situ.

Près de 45 ans après le désormais célèbre glissement de terrain, la Commission d'aménagement du territoire, du génie et de l'urbanisme (CAGU) de Saguenay planche sur les façons d'implanter une dizaine de projets soumis par des promoteurs et des particuliers, à l'invitation de la Ville. Certaines propositions relèvent du domaine récréatif, comme l'aménagement d'un complexe de sports motorisés par le groupe de Dany Saint-Pierre, de même qu'une variété de projets caressés par les clubs de motocross et d'aéromodélisme, déjà locataires des lieux. Mais pour une première fois, l'aboutissement d'initiatives à saveur historique, patrimoniale et environnementale semble bien réel.

Rien n'a encore été décidé officiellement par la Ville quant aux mesures concrètes qui seront prises pour valoriser l'ancien village englouti le 4 mai 1971. Cependant, aux yeux de la conseillère de Shipshaw, Julie Dufour, l'administration municipale a émis un signal positif en confiant un mandat à la firme Eureko, qui a récemment procédé au recensement d'une trentaine de points d'intérêt dont les visiteurs pourraient éventuellement profiter. Le pont coupé et la rivière aux Vases, le cimetière, le site du glissement (cratère) et le point de vue sur le Saguenay donnant sur le débarcadère où Peter McLoad aurait procédé au commerce des fourrures font partie de la liste. Le tuyau d'amenée de la chute Wilson, le plus long conduit de bois au monde au moment de sa construction en 1950, le milieu humide des trois lacs, le parvis de l'église et l'ancienne tour d'eau du village ont aussi été identifiés.

Julie Dufour récolte lentement, mais sûrement, les fruits de deux années d'efforts. Depuis son élection, celle qui a succédé à Fabien Hovington s'est fixée pour objectif de mousser l'aspect patrimonial de Saint-Jean-Vianney.

«Il est minuit moins une. Il est temps qu'on récupère cette histoire-là pendant que des gens sont encore ici pour la raconter», pointe l'élue, qui a jugé impératif de mieux encadrer les activités du fameux trou de boue pour les rendre plus sécuritaires.

Consciente qu'il est ici question d'un vaste territoire, où il est impossible de construire des installations permanentes, la conseillère aimerait que certaines zones soient délimitées. Un parcours d'interprétation pourrait voir le jour, ce qui pourrait s'avérer fort intéressant pour l'arrondissement de Jonquière au plan touristique.

«C'est un début et il y a encore beaucoup de travail à faire, mais on a le droit de rêver. On sait que le potentiel est là et on commence à se réapproprier le territoire. On sait qu'on a quelque chose à raconter et à utiliser pour attirer des gens ici», pointe l'élue. Julie Dufour ajoute que des touristes européens, lorsqu'ils sont de passage dans la région, demandent souvent où se trouve Saint-Jean-Vianney.

Outre la notion de devoir de mémoire, la conseillère de Shipshaw estime que la mise en valeur de la municipalité disparue permettrait de déboulonner certains mythes et de faire un brin d'éducation.

«Les gens pensent que le trou de boue, c'est là où s'est produit le glissement, ce qui est totalement faux», précise-t-elle.

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Alain Blackburn a fait visiter les vestiges de Saint-Jean-Vianney à une poignée d'élus de Saguenay cette semaine. Certains points de vue magnifiques, comme celui-ci sur la rivière Saguenay et le quai de roches où Peter McLeod aurait pratiqué le commerce des fourrures, ont été dévoilés aux conseillers.

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Le glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney est considéré... (Archives Le Progrès-Dimanche) - image 2.1

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Le glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney est considéré comme la plus grosse catastrophe du genre en Amérique du Nord.

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«Ici, c'est chez nous»

Alain Blackburn avait 21 ans le soir de la tragédie de Saint-Jean-Vianney. Cette semaine, il a accompagné l'équipe du Progrès-Dimanche dans le cadre d'une visite guidée, au cours de laquelle nous avons pu observer les derniers repères visibles de la défunte municipalité.

«Ici, c'est chez nous. Je retrouve des ambiances et des odeurs que je ne retrouve pas ailleurs», confie Alain Blackburn, qui est considéré comme le Fred Pellerin de Saint-Jean-Vianney tellement il a d'histoires à raconter au sujet de son patelin d'origine. Celui qui connaît les vestiges de l'ancien village comme le fond de sa poche ne demande pas mieux que de pouvoir contribuer à la valorisation des lieux. Il voit d'un bon oeil les démarches entreprises par la Ville pour recenser les attraits et analyser la faisabilité de certains projets à caractère récréatif, historique et environnemental. Celui qui est membre de la Corporation pour la reconnaissance patrimoniale de Saint-Jean-Vianney se réjouit également du fait que Saguenay ait manifesté sa volonté de «civiliser l'espace». Si certaines activités récréatives se déroulent de façon structurée et encadrée dans le secteur depuis des années, d'autres rassemblements ont lieu sur fond d'anarchie. Des gens viennent à Saint-Jean-Vianney pour pratiquer des activités de tir sans aucune balise et il est de notoriété publique que l'endroit représente un lieu de rencontre pour des individus à la recherche de contacts intimes. Des transactions de drogues y ont également cours.

«Trente et une personnes sont mortes, 48 maisons ont été emportées et 14 personnes n'ont jamais été retrouvées. C'est le plus gros glissement de terrain en Amérique du Nord et on en a parlé jusqu'au Japon. Il faut rendre cet espace au public», a-t-il plaidé.

Tournée des élus

Les représentants du journal n'ont pas été les seuls visiteurs à Saint-Jean-Vianney cette semaine. Des conseillers municipaux ont effectué une tournée semblable à bord d'un autobus touristique.

Sylvie Gaudreault a été émue par sa visite, particulièrement lorsqu'elle s'est retrouvée en plein coeur du gouffre, à l'endroit précis où tout s'est effondré.

«C'est très émouvant. On ressent tout ce que les gens ont pu ressentir. Il y a une valeur historique importante à Saint-Jean-Vianney et il faudra voir ce qui peut être exploité. En donnant un mandat à Eureko, la Ville a démontré qu'il y a une volonté en ce sens», relève la conseillère, qui estime que la mise en valeur du site peut se faire sans que des millions de dollars en investissements soient requis.

Carl Dufour était aussi à bord de l'autobus rouge. Le président du Comité consultatif d'urbanisme de Jonquière croit au potentiel. Il pointe toutefois que le territoire concerné est immense et qu'il est donc nécessaire de le prendre «en petites bouchées».

«Oui, il y a des choses très intéressantes et des paysages magnifiques. Il y a des choses qui peuvent se concrétiser et qui pourraient être très intéressantes d'un point de vue touristique. Il faut y aller un pas à la fois», dit Carl Dufour. Le conseiller convient que les événements de Saint-Jean-Vianney ont un lien avec Arvida, puisque plusieurs maisons de l'ancien village ont été déménagées sur le Plateau Deschênes.

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