Trudeau peut marquer l'histoire

Gilbert Dominique était l'invité du Cercle de presse... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Gilbert Dominique était l'invité du Cercle de presse du Saguenay, hier matin.

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Le premier ministre libéral Justin Trudeau a l'occasion de marquer un tournant historique dans les relations avec les Premières nations au Canada en donnant son aval au dépôt d'un projet de traité reconnaissant les droits ancestraux des Innus de trois communautés québécoises avant Noël. Celui-ci s'inscrirait dans le cadre de l'entente de principe d'ordre général qui découle de l'Approche commune initiée à la fin des années 90.

Devant le Cercle de presse mercredi matin, le chef de Mashteuiatsh Gilbert Dominique a réitéré sa confiance de voir Québec et Ottawa déposer un projet de traité pour le 31 décembre selon les échéanciers déjà arrêtés par les deux gouvernements et les négociateurs des Innus. Pour le chef, la proximité des dernières sélections fédérales ne constitue pas un obstacle puisque les ministres concernés par cette négociation ont déjà une très bonne connaissance des différents principes à la base de l'entente.

Au moment du déclenchement des élections, le travail était passablement avancé aux tables de négociations entre les Innus et le gouvernement fédéral dont le rôle est central dans ce dossier. Selon Gilbert Dominique, même si les Conservateurs étaient prudents face à la reconnaissance des droits ancestraux, ils avaient cheminé dans cette direction, mais le travail n'était pas terminé. « On pense qu'avec un mois de discussions, il sera possible de respecter les échéanciers et d'avoir un projet de traité pour le 31 décembre », a réitéré le chef Dominique.

Certains éléments du contexte actuel militent, selon lui, en faveur d'un dénouement positif du dossier pour le 31 décembre. Il perçoit un préjugé favorable de la part du nouveau premier ministre à l'endroit des Premières nations. La nomination de Mme Jody Wilson-Raybould de la nation Kwakwaka'wakw de la Colombie-Britannique au prestigieux poste de ministre de la Justice fait partie de ce nouveau portrait.

« Mme Wilson-Raybould est bien au fait de la nature précise des enjeux qui sont en cause dans le cadre de notre traité qui fait partie de la nouvelle génération des traités qui respectent les cadres prescrits par les Nations Unies. Nous nous dirigeons vers une entente qui reconnaît les droits au lieu de les éteindre en échange de certaines conditions pour l'avenir. C'est fondamental. Dans le cadre de la négociation, c'est principalement le ministère fédéral de la Justice qui était en cause et on pense que la nouvelle ministre peut faire avancer le dossier. »

La nouvelle ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennet, n'aura aucune surprise quand on lui soumettra le dossier de la négociation. « La ministre connaît très bien notre communauté. Elle est au fait des particularités du territoire puisqu'elle a effectué une visite chez nous », reprend le chef de Mashteuiatsh.

À partir du moment où les gouvernements auront déposé un projet de traité, la communauté se donne de deux à trois ans pour débattre du projet afin de le soumettre pour acceptation finale dans le cadre d'un référendum. Selon Gilbert Dominique, l'importance des enjeux justifie amplement cette longue période de réflexion au sein de la communauté.

La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean a tout à gagner de la conclusion d'un tel traité. Gilbert Dominique cite la clarification des droits qui arrivent au premier rang dans les analyses pour les grands projets de développement économique. La mise en place du traité se soldera quant à elle par la création de pratiquement 200 emplois dans la communauté en plus des emplois à l'extérieur puisque Mashteuiatsh aura besoin de services professionnels externes pour opérer cette grande transformation.

Gilbert Dominique est un éternel optimiste et a confiance de réussir après pas moins de 30 ans de négociation et des dépenses totalisant 40 M$. Il est temps, selon le chef, de présenter à la population de Mashteuiatsh un traité moderne qui permettra à la communauté de se développer et de fournir à sa population des emplois pour parvenir à sortir de la pauvreté.

Depuis son retour à la direction du conseil, Mashteuiatsh a fait preuve d'une certaine ouverture dans plusieurs dossiers. Gilbert Dominique affirme qu'il s'agit d'un choix politique qui consiste à ne pas céder sur les fondements historiques de la communauté tout en ouvrant la porte quand il est possible de s'entendre avec les voisins.

Enrayer la violence faite aux femmes

«Il faut que la violence faite aux femmes cesse».

Gilbert Dominique et le conseil de bande ont envoyé un message clair à sa population pour indiquer que des actions seront prises pour enrayer la violence dans la communauté.

Pendant la rencontre publique mensuelle d'hier soir, le chef a indiqué qu'un plan d'action serait mis en place.

Ça commence ce matin avec la distribution dans les boîtes postales d'un dépliant qui répertorie les organismes de Mashteuiatsh, de Roberval et Saint-Félicien qui offrent du soutien aux personnes victimes de violence. On veut que les femmes dénoncent la violence. «Demander de l'aide et parler de votre situation, c'est déjà se libérer et se trouver sur la voie de la solution, pour que la violence cesse... pour toujours», lit-on dans le dépliant.

Gilbert Dominique ne veut pas jouer à la cachette et sait que la violence existe à Mashteuiatsh. «Il faut avoir le courage de se regarder dans le miroir. Nous les hommes nous devons prendre conscience du mal qu'on peut faire aux femmes. Il faut briser le silence et dénoncer», a-t-il fait comme invitation à la trentaine de personnes présentes.

Grande marche

Pour démontrer la volonté forte de combattre la violence, une marche de solidarité devrait avoir lieu le jeudi 19 novembre. «C'est un rendez-vous collectif qui va confirmer notre engagement et dire que c'est inconcevable dans la communauté, la violence. Il faut être nombreux», a-t-il souhaité.

Puis le conseil de bande va mettre sur pied un plan d'action pour améliorer la prévention et la sensibilisation sur la communauté. On veut offrir des ateliers de formation, mais également faire des partenariats avec différents organismes pour encore mieux enrayer la violence sous toutes ses formes.

Gilbert Dominique estime que ces actions porteront des fruits. «Il est clair que les événements survenus à Val-d'Or ont choqué les gens de notre communauté. Ç'a mobilisé beaucoup de gens et ça nous interpelle. Nous avons donc décidé d'agir pour mieux soutenir les femmes qui subissent des problèmes similaires», a-t-il affirmé en faisant référence aux agressions qu'auraient subies des femmes autochtones à Val-d'Or.

(Louis Potvin)

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