Québec menace de se retirer de la norme FSC

L'industrie forestière québécoise va larguer en bloc la norme du Forest... (Photo Le Quotidien, Louis Potvin)

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L'industrie forestière québécoise va larguer en bloc la norme du Forest Stewardship Council (FSC) si elle doit protéger l'intégrité des approvisionnements forestiers qu'elle détient dans la forêt boréale sous aménagement, et ainsi hypothéquer sérieusement l'organisme de normalisation en le privant de 28 millions d'hectares certifiés.

Le conseil de l'industrie forestière du Québec a formulé ces menaces dans une missive adressée au ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs Laurent Lessard avec copies conformes au premier ministre Philippe Couillard, aux ministres économiques, ainsi qu'au président de FSC Canada, l'ingénieur forestier François Dufresne.

La lettre, qui a été endossée par 29 joueurs importants de l'industrie québécoise représentés au conseil d'administration du CIFQ, ne laisse place à aucune interprétation quant au ras-le-bol des industriels devant l'incertitude provoquée par la résolution 65 adoptée par FSC, laquelle dicte les nouvelles mesures de protection des grands massifs forestiers intacts.

«Si les entreprises doivent choisir entre le maintien de la certification FSC ou le maintien de leurs approvisionnements, elles privilégient celui de leurs approvisionnements. Une usine peut fonctionner de façon viable sans la certification FSC, mais elle ne peut le faire sans approvisionnement», écrit le président du conseil, Me André Tremblay, tout en prenant bien soin d'informer le ministre Lessard qu'il s'agit d'un mandat spécifique des membres de son conseil.

Qui décide des politiques publiques?

Avant de formuler cette position draconienne, le conseil soutient que l'industrie n'a plus l'intention de subir de perte de possibilité forestière pour respecter les critères d'un organisme qui n'a aucune base représentative pour imposer des politiques publiques au Québec.

«De façon plus générale, les membres du conseil d'administration du CIFQ ont examiné la situation découlant du fait que certaines exigences d'une norme puissent être nettement plus contraignantes que le cadre réglementaire du Québec et m'ont mandaté pour vous faire part du résultat de leurs réflexions. Ils considèrent que le gouvernement est le seul à pouvoir promulguer des lois et des règlements pour encadrer la gestion des forêts publiques», poursuit Me Tremblay.

La motion 65 adoptée lors du dernier congrès de FSC contient des dispositions visant la protection de 85% des massifs forestiers intacts dans la grande forêt boréale canadienne. FSC Canada doit maintenant établir les modalités d'application de cette norme et l'industrie considère que les contraintes dépassent largement les différentes obligations de la Loi sur l'aménagement durable des forêts en vigueur à Québec.

Plusieurs entreprises ont déjà réalisé des expertises en tenant compte de grandes directives de la motion 65 si elle était appliquée sur les massifs intacts. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean dispose d'une possibilité forestière annuelle de 5 millions de mètres cubes de bois. L'application de la motion 65, selon les sources consultées par Le Quotidien, ferait fondre cette possibilité forestière d'au moins 1,5 million de mètres cubes. La disparition de ce volume provoquerait la fermeture de trois scieries et une usine de papier.

Pour les membres du conseil de l'industrie forestière, 85% des grands massifs forestiers sont situés au nord de la limite nordique de la forêt sous aménagement. Ce sont donc des massifs qui sont automatiquement protégés. Pour la forêt sous aménagement, le président du CIFQ réitère que depuis 2000, les approvisionnements ont fondu et que cette réduction a fait en sorte d'accroître la protection du milieu forestier.

«Concernant cet aspect particulier, en établissant une limite nordique aux forêts attribuables en 2001, le gouvernement du Québec a déjà soustrait à la récolte environ 42% de la forêt boréale continue et 85% des massifs forestiers intacts. Ainsi, l'industrie forestière considère que cette réalité doit être reconnue de façon à satisfaire à cette exigence de la norme FSC et ainsi enlever l'incertitude qui plane sur les impacts appréhendés», souligne la lettre.

La diminution des approvisionnements forestiers de 28% dans les essences de résineux a déjà provoqué la fermeture d'usines. Le CIFQ rappelle au ministre qu'en plus des fermetures, la réduction des approvisionnements a fragilisé plusieurs autres usines et que des baisses additionnelles ne feraient que fragiliser encore plus les usines et communautés qui en dépendent.

Un coup dur pour FSC

La perte totale de la certification des 28 millions d'hectares de la forêt québécoise aurait des conséquences importantes pour le Forest Stewardship Council (FSC). Mais son président pour le Canada, François Dufresne, croit que les lettres du CIFQ sont en fait un geste pour donner le ton aux discussions sur les modalités d'application de la motion 65.

Joint pendant la semaine alors qu'il était en Colombie-Britannique, M. Dufresne n'a pas chiffré les conséquences financières associées à une perte aussi importante de certifications.

Pour illustrer l'importance du Québec pour FSC, il suffit de mentionner que si la province avait de statut d'État, elle constituerait la juridiction dans le monde détenant le plus grand territoire forestier certifié FSC, devant le Canada au second rang et les États-Unis au dernier rang. Contrairement aux perceptions, les pays scandinaves, cités souvent comme modèles constituent des joueurs mineurs pour FSC international.

La raison fondamentale de la création de FSC était de «policer» l'exploitation forestière dans l'hémisphère sud avec comme principale cible le Brésil. Cet important pays producteur de bois et de pâte qui avait amené à la création de FSC n'a que 6 millions d'hectares de forêt détenant des certificats FSC, moins du tiers de la performance québécoise.

Au cours de l'entretien avec Le Quotidien, François Dufresne a soutenu qu'il n'était pas question d'utiliser la motion 65 pour provoquer des fermetures d'usine ou des problèmes dans les régions du Québec. FSC va travailler en fonction des aires protégées mises en place par le gouvernement du Québec afin d'atteindre les objectifs de la motion 65.

Résolu n'est plus seule

Depuis le début de la crise de la certification forestière, Greenpeace qui est l'un des membres de la chambre environnementale de FSC affirmait que la papetière Résolu était la source de tous les problèmes. Cette fois, la missive du CIFQ est endossée par toutes les grandes entreprises forestières du Québec.

Interrogé sur la perte de crédibilité de FSC auprès des industriels en raison de sa trop grande proximité avec Greenpeace, François Dufresne a rétorqué que le vote sur la motion 65 avait également été appuyé par des industriels qui font partie de l'une des quatre chambres de l'organisme.

L'autre problème qui soulève de plus en plus d'inquiétude chez les industriels est l'échéancier pour l'application de la norme. FSC Canada a la possibilité d'entreprendre des discussions avec les principaux acteurs sur le territoire pour établir les modalités. La motion 65 a été adoptée il y a un an et aucune discussion n'a encore eu lieu. Si jamais les parties ne parviennent pas à s'entendre, les auditeurs devront appliquer bêtement les critères de la motion 65.

Il faut comprendre que derrière toute cette problématique, se dissimule une bataille de contrôles du marché de la normalisation. Ce sont des millions de dollars$ qui sont en cause dans cette guerre.

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