Centralisation des services d'analyse: Hébert promet de se battre

Le maire de Dolbeau-Mistassini, Richard Hébert, digère mal... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Le maire de Dolbeau-Mistassini, Richard Hébert, digère mal le projet nourri par Québec de centraliser les services d'analyse des hôpitaux de la région à Chicoutimi.

Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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« Il y a 15 ans, les gens de Dolbeau-Mistassini marchaient dans la rue avec des pancartes pour sauver leur hôpital. Nous en sommes au même point aujourd'hui alors que petit à petit, notre hôpital perd des choses et selon les gens du CIUSSS, ce n'est jamais grave. »

Le maire de Dolbeau-Mistassini, Richard Hébert, rage contre le nouveau vent de centralisation d'une partie des fonctions des laboratoires de cinq hôpitaux de la région pour les ramener à Chicoutimi dans le cadre du projet Optilab. Ce n'est qu'un autre exemple, selon le maire Hébert, que petit à petit, on a l'intention de réduire le rôle de certains hôpitaux pour les transformer en dispensaire avant d'en faire des centres pour personnes âgées.

« Ça commence par le déménagement de la buanderie, après ils déplacent les activités de laboratoire sous prétexte qu'il n'est pas assez utilisé. En passant, notre laboratoire a été rénové et est neuf. Après, ça sera le bloc opératoire avec les échantillons de sang et d'urine qui vont se promener entre Chicoutimi et Dolbeau-Mistassini. Ce n'est jamais grave. Il n'y a jamais de diminution de service, mais c'est toujours notre milieu qui écope et notre hôpital qui perd des choses », reprend le maire Hébert qui aimerait bien que d'autres élus du Lac-Saint-Jean se lèvent puisque ces hôpitaux, comme Alma et Roberval, ou même La Baie et Jonquière, vont subir le même sort un jour ou l'autre.

Le milieu socio-économique et les élus politiques locaux de Dolbeau-Mistassini sont beaucoup plus sensibles à la situation actuelle et future de l'hôpital local depuis qu'ils ont appris que tout le secteur desservi par l'établissement de santé n'aura pas de représentants à la table du conseil d'administration du nouveau CIUSSS. Richard Hébert a encore frais en mémoire la réponse du ministre Gaétan Barrette selon laquelle le lac Saint-Jean était rond. Le maire Hébert aimerait bien entendre ce que pense le député de Roberval et premier ministre Philippe Couillard de cette situation.

« La grande patronne du CIUSSS, Martine Couture, nous dit qu'elle va économiser entre 20 et 30 M$ par année avec la nouvelle organisation sans toucher aux services. On nous dit que ce n'est jamais grave, qu'il faut faire plus avec moins. C'est bien beau la rationalisation, mais on a l'impression que ce sont toujours les mêmes qui en font les frais », reprend le maire.

Il affirme que les citoyens de Dolbeau-Mistassini se rangent derrière la bataille que livre en ce moment le milieu pour freiner l'érosion des services hospitaliers. L'affaire du laboratoire avait été évoquée pendant les discussions du comité mis en place pour tenter de freiner les appétits du nouveau centre hospitalier régional qui ressemble de plus en plus à un mégahôpital installé à Chicoutimi. « À Dolbeau, il ne reste plus beaucoup de monde dans les bureaux. Ça fait beaucoup d'espace disponible. »

En plus d'une réduction des services à la population au cours des prochaines années, le maire Hébert souligne que la disparition des postes au sein de l'hôpital a un impact économique très important pour la ville. Il mentionne que l'hôpital de Dolbeau-Mistassini est devenu le plus important employeur de la MRC et qu'à chaque fois qu'un emploi ou un poste est aboli, c'est une perte qui sera impossible à remplacer.

Richard Hébert informe les patrons du nouvel hôpital régional que la population de Dolbeau-Mistassini ne se laissera pas dépouiller sans réagir. Il entend maintenir la pression tant et aussi longtemps qu'il le faudra pour conserver plus qu'un dispensaire dans cette partie du Lac-Saint-Jean. « Si ce n'est que mon seul combat politique pendant ce mandat, ça sera le seul, mais on va continuer de montrer que nous ne voulons pas perdre notre hôpital », a conclu le maire Richard Hébert.

Des pertes de plus d'un million

La MRC Maria Chapdelaine avait évalué à 1 M$ la perte économique causée par la centralisation administrative générée par le nouveau CIUSSS, et cette saignée économique va s'accentuer avec la diminution des activités des laboratoires, selon le préfet Jean-Pierre Boivin.

« Nous allons perdre des emplois de gestionnaire de la santé pour créer des emplois dans le transport des prélèvements qui vont se promener entre Chicoutimi et Dolbeau-Mistassini. Ça n'a pas de sens. Depuis le début, avant que toute cette centralisation commence, nous soulevons des questions », enchaîne le préfet qui est au même diapason que le maire de Dolbeau-Mistassini quant à la double perte pour le milieu dans ce projet de centralisation.

« Quand vous, avec un infarctus à 9 h le soir, il est important d'avoir vos résultats de laboratoire rapidement. C'est un service que nous devons avoir et qui supporte tout notre hôpital. »

En même temps, Jean-Pierre Boivin signale les difficultés économiques du territoire. La MRC Maria-Chapdelaine n'a pas, selon le préfet, les moyens de perdre ces emplois de qualité pour le milieu. Ils sont au coeur de la structure économique dans une période où l'industrie forestière est en crise.

« Le problème, c'est que nous recevons l'information au compte-goutte. L'affaire des laboratoires donne du poids à notre demande d'avoir un représentant de l'hôpital de Dolbeau-Mistassini au conseil d'administration du CIUSSS afin qu'il puisse nous transmettre toutes les informations pertinentes. »

Projet menacé

Le préfet Jean-Pierre Boivin croit que ces décisions de centralisation ne sont pas de bon augure pour l'avenir de l'hôpital et il mentionne que le bloc opératoire constitue toujours une priorité. « Est-ce que ça signifie que nous n'aurons pas notre projet pour rénover le bloc opératoire? Notre hôpital compte toujours sur deux chirurgiens en plus de certains qui font du dépannage. Ça prend une rénovation pour qu'ils continuent de venir travailler chez nous. Le laboratoire a aussi été rénové et notre fondation a acheté des équipements. On espère qu'ils vont encore servir. »

Le député péquiste Alexandre Cloutier a croisé le fer avec le gouvernement pour permettre au secteur Maria-Chapdelaine d'obtenir un représentant au conseil du CIUSSS. La décision de centraliser une partie des travaux de laboratoire au Saguenay ne constitue selon lui qu'une suite logique dans l'opération de démantèlement des services publics dans les régions lancées par le gouvernement de Philippe Couillard.

« Ils font dans la santé ce qu'ils ont déjà fait dans le développement économique avec l'abolition des CRÉ. En tant que député de Lac-Saint-Jean, je n'aurais jamais accepté un projet de centralisation des laboratoires comme le projet que l'on met en place. Il serait temps que le député de Roberval prenne la défense des gens de son compté. Ce n'est pas compliqué, il n'a qu'à prendre le téléphone et à contacter son ministre de la Santé pour régler le problème », avance le député péquiste.

Alexandre Cloutier croit qu'il est possible de procéder à de telles opérations de centralisation de services dans des régions où il y a des concentrations importantes de population comme Montréal ou Québec. La situation diffère dans les régions du Québec.

« Qu'est-ce qu'on fait avec l'occupation du territoire? Il y a quand même 150 kilomètres de distance entre Chicoutimi et Roberval. Ce sont des opérations de centralisation qui ne se font pas dans de très grandes régions comme la Mauricie, la Gaspésie ou notre région. Nous sommes dans une réalité complètement différente. »

Le Parti québécois ne laissera pas passer cette affaire comme une lettre à la poste. L'opposition entend répliquer au gouvernement du Québec afin de freiner ce grand vent de centralisation qui aura des impacts sur les services dans les régions et sur leur tissu économique, alors qu'elles vivent déjà des difficultés au chapitre de l'emploi.

(Par Louis Tremblay)

La FIQ craint les délais

La porte-parole de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) pour le Lac-Saint-Jean et également présidente du syndicat FIQ de l'hôpital de Dolbeau-Mistassini, Pauline Paradis, abonde dans le même sens que les représentants politiques de la municipalité et de la MRC. Le personnel médical questionne la pertinence de transférer vers Chicoutimi des activités de laboratoire alors que l'hôpital de Dolbeau-Mistassini a presque atteint l'autonomie.

« Je suis bien placée pour parler puisque je travaille à l'urgence. Nous sommes en mesure de faire des analyses pour pratiquement 90 % de nos besoins sur place. Ça nous permet plus d'efficacité dans les soins dispensés aux patients. »

Le personnel de l'établissement est en attente des détails du projet de centralisation. La syndicaliste s'interroge sur toute la logistique nécessaire pour la mise en place de la centralisation des activités de laboratoire et surtout de la capacité pour le personnel d'obtenir rapidement les résultats d'analyse pour éviter de prendre du retard dans le traitement des patients.

(Par Louis Tremblay)

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