Pied de nez au capitalisme

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Le café est en nomination au prochain gala de la Chambre de commerce et d'industrie Lac-saint-Jean-Est, dans la catégorie Développement durable. Il a été conçu pour favoriser la mixité sociale.

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Un commerce où il est possible de décider du prix à payer, trop beau pour être vrai? Eh bien non! Le café l'Accès à Alma offre la possibilité aux clients de payer le montant qu'ils désirent pour les cafés, sandwichs et potages offerts. Ce véritable pied de nez au capitalisme fonctionne rondement depuis son ouverture, le 28 mai.

«Beaucoup de gens me disaient que j'étais une folle et que les clients allaient abuser, explique la directrice générale d'Accès conditions vie et du café l'Accès, Manon Girard. J'ai demandé au conseil d'administration de faire un acte de foi envers l'être humain. Nous sommes à 30% de dons, c'est-à-dire que les gens donnent en moyenne 30% plus que le prix suggéré. Et les gens qui n'ont pas d'argent font du bénévolat en échange.»

Le café situé au 409 rue Collard Ouest fonctionne selon le principe du «prix suggéré». Le coût de production du produit est donc inscrit sur un tableau, dans le café, mais les clients peuvent donner le montant qu'ils désirent. «Ici, peu importe combien tu as dans les poches, tu n'auras pas faim. On cherchait une façon de donner aux gens en situation de pauvreté, sans qu'ils quêtent. Ce n'est pas gratuit. Si tu n'as pas d'argent, tu peux faire du bénévolat pour payer ce que tu manges, en ramassant les tables ou en faisant la vaisselle, par exemple.»

Mme Girard était prête à changer la formule, si elle ne fonctionnait pas. C'est le contraire qui se produit.

«Il ne fallait pas qu'Accès conditions vie Lac-Saint-Jean-Est cale de l'argent, puisqu'il n'en a pas.» Le café l'Accès est un projet d'économie sociale découlant de l'organisme Accès conditions vie. Tous les profits amassés sont directement injectés dans l'organisme.

Apporter son lunch

Le café offre aussi la possibilité d'apporter son lunch, fournissant même le micro-ondes. Il n'est donc pas nécessaire d'acheter pour être le bienvenu à l'Accès. Un ordinateur est aussi mis à la disposition des clients. L'internet sans fil est gratuit.

«Si tu ne sais pas utiliser un ordinateur, de nos jours, tu es analphabète. Non, je ne me le fais pas voler. Il y a des gens qui viennent jouer aux échecs sur Internet, d'autres voir leur Facebook. Je ne regarde jamais l'ordi, je sais que personne ne le brise», souligne Mme Girard.

Manon Girard a pensé à la création de ce café en raison de l'expérience de sa propre soeur.

«Un café comme celui-là aurait changé la vie de ma soeur. Elle était malade et ne pouvait pas travailler. Elle était en situation de pauvreté. Elle est morte à 54 ans. C'est d'elle qu'est partie l'idée du prix suggéré. J'étais sa soeur et elle avait quand même l'impression de me quêter, quand elle me demandait de l'aider. C'est nous qui devrions avoir honte de ne pas aider davantage les gens dans le besoin, pas eux. Ce n'est pas vrai que tu peux aimer vivre avec 600$ par mois», souligne-t-elle.

«En 30 ans, je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui m'a dit que son rêve, quand il était enfant, était d'être sur l'aide sociale. Les gens qui s'y retrouvent sont des gens qui ont vu leurs rêves être brisés.»

Jean Gagnon suit maintenant des cours de peinture,... (Photo Le Quotidien, Gimmy Desbiens) - image 2.0

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Jean Gagnon suit maintenant des cours de peinture, au café l'Accès. Il se sent intégré, chose qu'il ne pouvait pas dire avant l'ouverture de l'établissement.

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Le café de la dignité

Onze ans. C'est le nombre d'années que Jean Gagnon a passées chez lui, à ne sortir que pour faire sa petite épicerie. «Ce café a changé ma vie», raconte l'homme, qui est maintenant bénévole à l'Accès.

«Tout ce que je faisais de mes journées, c'était de dormir sur ma chaise, dans ma chambre pas de fenêtre. Depuis que le café a été créé, je suis devenu positif, optimiste, plus autonome. J'ai aussi regagné ma dignité d'homme. Je me pensais nul.»

C'est le «pair aidant» de Jean qui lui a parlé du café. «J'ai été le premier client et le premier bénévole. Je viens tous les jours. Je me suis aperçu rapidement que les gens ne desservaient pas leur table et continuaient de parler. J'ai commencé à desservir les tables. C'est là que je suis devenu bénévole. Je m'occupe aussi du matériel pour les cours de peinture. Maintenant que le café est là, je déjeune chez moi le matin, puis je passe ma journée ici jusqu'au souper.»

Lorsque les gens commencent à se sentir isolés, il faut rapidement s'assurer de recoller les morceaux, explique la directrice générale de l'Accès, Manon Girard.

«Je ne veux plus entendre quelqu'un dire qu'il n'a pas les moyens de se payer un café. Dans ce temps-là, comme Jean, tu ne sors plus pendant une semaine, deux semaines, un mois, un an, puis ce qui était une fissure devient un fossé et tu ne sais plus comment te réintégrer dans la société. Un des objectifs est de redonner la confiance et la fierté. En desservant des tables, tu l'as gagné ton café. Tu as le droit d'être fier, digne.»

Aventure de mixité sociale

Le café prône la mixité sociale. Ouvert du jeudi au dimanche de 9h à 17h, il commence de plus en plus à attirer des travailleurs sur l'heure du dîner, les jeudis et vendredis. «Tout est fait à partir de produits régionaux. Nous offrons un beau menu et nous voulons que tout le monde puisse interagir, être ensemble», explique Manon Girard.

Lors d'une visite du Quotidien il y a deux semaines, un jeudi midi, le café était plein. Certains mangeaient leur lunch, d'autres dégustaient un potage aux carottes ou un sandwich du jour. Hier, des enfants étaient sur place avec leurs parents.

«Peu importe qui tu es, tu es le bienvenu. Nous avons créé un endroit d'accueil inconditionnel.»

Plus de 20 partenaires ont embarqué dans le projet, qui est réalisé grâce aux bons soins de 30 bénévoles. «Les gens aiment tellement le projet qu'ils embarquent, tant dans le politique que dans le privé. Par exemple, nous avions besoin d'un architecte. Ça coûtait 5000$. L'architecte a tellement aimé le projet qu'elle l'a fait gratuitement! Même chose pour notre site internet et pour plein d'autres choses. Nous avons fini le projet sans une cenne de dette.»

Le café attire à ce point l'attention qu'il est même finaliste dans la catégorie Développement durable pour le prochain gala annuel de la Chambre de commerce et d'industrie Lac-Saint-Jean-Est, en compétition avec Nutrinor et la Ferme du clan Gagnon.

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