Caribou : l'urgence mise en doute

Tout le débat sur le caribou forestier fait ressortir une «forme d'arbitraire»... (Archives Le Quotidien)

Agrandir

Archives Le Quotidien

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Quotidien

Tout le débat sur le caribou forestier fait ressortir une «forme d'arbitraire» qui existe au sein de la communauté scientifique et du mouvement écologiste, qui n'a pas toujours d'assise solide quand arrive le temps de justifier une décision ou même d'argumenter une position ou l'objectif d'une politique publique.

Le professeur en écologie animale André Desrochers, du département de génie forestier de l'Université Laval, a profité de son passage à l'Association forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour démontrer que les perceptions ne sont pas toujours basées sur des vérités ou des faits vérifiés. Il s'est surtout attardé à démontrer que la 6e grande disparition des espèces terrestres tant annoncée ne tient pas la route et que la présence humaine n'est pas la source de tous les maux qui affligent la Terre.

«J'ai lu attentivement tout le Plan de rétablissement du caribou forestier qui a été fait consciencieusement à partir d'études réalisées par des collègues et également bien faites. Je ne remets pas en question leur travail. Ce que je mentionne, c'est qu'on nous dit qu'il faut atteindre le nombre de 11 000 caribous forestiers au Québec. Alors pourquoi le nombre 11 000 a été choisi? Qu'est-ce qui explique ce nombre», interroge le professeur.

Il enchaîne en affirmant que l'on pourrait très bien en arriver à la conclusion que 500 caribous forestiers sont suffisants et que ce choix serait tout aussi valide que 11 000.

André Desrochers est un ornithologue par passion et a présenté le slogan d'une vaste campagne lancée en Amérique du Nord. Elle mentionne que les oiseaux de la forêt boréale ont besoin de 50% de forêts intactes (Boreal Birds Need Half). Il a sérieusement mis en doute ce slogan et tenté de découvrir ce qui pouvait appuyer cette nécessité pour les oiseaux.

«Les scientifiques ont aussi compris une chose. C'est qu'ils peuvent fournir aux politiciens une formule simple pour que ces derniers puissent partir en campagne. On pourrait penser à M. Trudeau qui décolle avec les oiseaux qui ont besoin de 50% de forêts intactes», ajoute le docteur en zoologie.

Il a ramené sur la table le plus bel exemple d'une erreur magistrale commise en Oregon et dans le nord de la Californie alors que l'industrie forestière a été pratiquement éradiquée pour protéger la chouette tachetée. Après la disparition de la structure industrielle et l'arrêt des coupes, les spécialistes ont découvert que le problème de la chouette était toujours présent et que son habitat était menacé par l'invasion d'une chouette asiatique. Malgré un programme intensif d'abattage de la chouette asiatique, le déclin de la couette tachetée se poursuit.

Quant au caribou forestier, il existe aussi un arbitraire dans la façon d'aborder le sujet. Notre référence temporelle à la présence de l'animal est très arbitraire. On pourrait dire qu'il y avait du Caribou forestier en Floride il y a 18 000 ans quand la glace recouvrait l'Amérique. Le professeur ne rejette pas pour autant la nécessité de protéger les caribous de la Gaspésie, mais laisserait dépérir la harde de Charlevoix constituée d'animaux transférés par avion dans les années 60 du Labrador.

Dans le dossier du caribou, André Desrochers revendique le droit, en tant que scientifique, de poser des questions qui ne vont pas nécessairement dans le sens des conclusions de ses collègues ou même qui vont remettre en question certains choix.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer