Forêt : processus de mutation complexe

Daniel Rouleau souligne que l'industrie des pâtes et... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Daniel Rouleau souligne que l'industrie des pâtes et papiers vit des difficultés partout dans le monde alors que le rendement du capital n'est que de 5%. Cette réalité rend le financement des projets de modernisation très difficiles.

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Les participants au congrès de l'Association forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont eu droit à un cours d'économie 101 de l'industrie forestière où ils ont compris que la mutation industrielle nécessaire dans ce secteur est complexe et nécessite une vision bien définie de ce que nous pouvons faire avec la forêt boréale à croissance lente.

L'ingénieur forestier Daniel Rouleau roule sa bosse autour de la planète depuis maintenant 30 ans pour le compte de firmes de génie-conseil. Il a été associé à une multitude de projets industriels dans le secteur forestier, dont la récente transformation d'une machine à papier de la société Kruger en machine à carton.

«La première chose à faire au Québec est de procéder à un réinvestissement massif dans les scieries. Si on veut faire de la seconde transformation, il faut s'assurer d'être très performant dans la première transformation et nos usines ont besoin de modernisation», tranche le vice-président des services-conseils de la firme KSH au cours d'un entretien avec Le Quotidien.

Une fois la première transformation consolidée est modernisée, il faut s'attaquer à tout le parc d'équipement qui a été construit au cours des dernières années pour répondre aux besoins des marchés de papier impression qui sont en décroissance: «La première question à se poser est de savoir pourquoi on ferme une usine», indique l'ingénieur qui a agi à titre de consultant dans la relance de la machine à papier de Dolbeau.

Il faut, selon Daniel Rouleau, faire du cas par cas pour la reconversion des usines. En revanche, si l'usine a été construite en 1920, il y a peu de chance de la transformer en raison de la désuétude des équipements.

«On doit aussi tenir compte que dans une usine de papier, vous avez plusieurs centres de production comme les pâtes, l'énergie, les entrepôts, la machine à papier et ainsi de suite. On peut donc récupérer certains équipements», reprend le spécialiste.

Approvisionnement et financement

Lors de sa présentation, l'ingénieur forestier a fait plaisir à plusieurs industriels lorsqu'il a expliqué que l'un des premiers critères dans l'étude d'un projet est la prévisibilité des approvisionnements en ressource ligneuse. Ce que plusieurs considèrent comme étant l'une des grandes faiblesses du régime forestier actuel au Québec.

Les critiques sont souvent sévères à l'endroit des papetières concernant l'innovation et les nouveaux projets. Daniel Rouleau affirme que la critique est facile et est loin de la réalité. Plusieurs entreprises ont de nombreux projets sur la table. Ils ont toutefois de la difficulté à les financer sans parler des autres contraintes particulières à chaque région.

À titre d'exemple, le marché des papiers à «bourre» (pour les couches) est intéressant. La meilleure fibre pour ce produit est le pin. Le sud des États-Unis dispose d'un surplus de 75 millions de mètres cubes de bois par année de cette essence. Ce qui explique que l'industrie de ce papier spécialisé est concentrée dans les États du sud.

En ce moment, Daniel Rouleau participe à un projet de construction d'une usine de pâte commerciale au Brésil d'une capacité de 1,5 million de tonnes métriques par année doublée d'une usine de cogénération de 270 mégawatts alimentée à la liqueur noire et aux résidus. L'approvisionnement proviendra des plantations d'eucalyptus qui mettent seulement sept ans à atteindre la maturité. Nous sommes dans ce cas plus près d'un approvisionnement agricole que forestier.

Quand les astres sont alignés

Le projet de Kruger illustre bien qu'une transformation s'opère uniquement lorsqu'une fenêtre s'ouvre dans l'industrie. Il y avait un besoin de production de «carton caisse» de «bas grammage» en Amérique du Nord. L'usine de Trois-Rivières de la société possédait une machine à papier dont la largeur convenait parfaitement aux ateliers de finition du carton caisse. De plus, cette machine a été conçue pour faire du papier dans des grades assez bas. Il a quand même fallu deux à trois ans de démarches et au moins une année pour conclure le montage financier de seulement 150 M$. Ce qui signifie qu'il faut, selon Daniel Rouleau, un alignement parfait des astres pour mener à terme ce genre de projet.

«On parle de notre industrie du sciage. Elle a été fortement développée au début des années 90 quand la ressource a été limitée sur la côte Ouest. On a saisi l'opportunité pour prendre ce marché», rappelle le spécialiste.

Certains croyaient que l'avenir se situait dans la biochimie et la thermochimie. Il se trouve que la fibre de résineux n'est pas la meilleure pour ces transformations même si des marchés de niche existent.

Interrogé sur la pertinence de travailler à la relance de la machine à carton de Graphic Packaging, le spécialiste s'est contenté de répondre que cinq grands joueurs seulement contrôlaient en ce marché.

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