Gaston Blackburn a eu peur

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Un rassemblement pour l'unité canadienne a eu lieu le 27 octobre 1995 à Montréal.

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Gaston Blackburn avait à peine fermé son bureau de comté de Roberval après l'élection du gouvernement de Jacques Parizeau en 1994 qu'il reprenait du service en octobre 95 pour affronter sur le terrain les ténors du Oui dans les quatre coins du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

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Même s'il n'a pas occupé de fonction officielle dans le camp du Non pendant la campagne, M. Blackburn y a tout de même joué un rôle important en acceptant de prendre part activement à plusieurs événements publics.

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Vingt ans plus tard, l'ex-ministre libéral conserve de très bons souvenirs de cette bataille rangée et admet avoir vraiment eu des craintes le soir du 30 octobre 1995 quand il a constaté que l'option souverainiste recevait un appui aussi important.

Même s'il n'a pas occupé de fonction officielle dans le camp du Non pendant la campagne, M. Blackburn y a tout de même joué un rôle important en acceptant de prendre part activement à plusieurs événements publics. Ce dernier a toujours cru que l'option fédéraliste constituait la meilleure pour le Québec et est toujours convaincu de ce choix.

«Personnellement, je croyais que l'option fédéraliste allait l'emporter haut la main sans trop de difficulté. Je pense que nous avons été plusieurs à être surpris lors du dévoilement des résultats», se rappelle l'homme d'affaires qui a quitté le gouvernement après deux mandats pendant lesquels il a vécu l'échec de l'entente du lac Meech en 1990 et le rejet de Charlottetown le 26 octobre 1992 par les Québécois et les Canadiens.

De la bataille de 1995, Gaston Blackburn garde en mémoire des moments précis où les débats ont été ardus. Ce fut le cas au Saguenay devant les caméras de CKRS: «J'ai alors eu à défendre l'option fédéraliste devant mon bon ami Marc-André Bédard. Ce fut un débat intense.»

Dans cette campagne, Gaston Blackburn et Marc-André Bédard partageaient certains points communs dont celui d'avoir chacun un fils, Karl et Stéphane, qui ont été très actifs pendant la campagne référendaire et qui ont également occupé la même fonction à titre de députés de Roberval et Chicoutimi.

Dans son fief de Roberval, Gaston Blackburn n'a pas eu la vie plus facile même si historiquement, les fédéralistes sont plus nombreux dans cette circonscription que dans les quatre autres de la région. Le nom de Claude Munger, surtout connu pour son passage à la mairie de Roberval et à la présidence du CRCD, est vite revenu dans la conversation.

«J'ai croisé Claude à quelques reprises. Il était convaincu que l'option souverainiste était la meilleure. En plus d'être convaincu, il était capable de défendre avec beaucoup d'arguments ses positions.»

Même si Gaston Blackburn s'est lancé dans campagne en croyant que la victoire serait relativement facile, il n'a jamais sous-estimé les capacités de ses adversaires. Il avait même certaines craintes quant à la stratégie déployée par le camp souverainiste. «Je connaissais bien Lucien Bouchard et Mario Dumont. Je connaissais aussi de réputation M. Parizeau même si je ne le connaissais pas personnellement. Je me méfiais beaucoup de leur stratégie et surtout de la question référendaire. Je me disais qu'il y avait une astuce qu'il fallait bien voir dans cette question», analyse l'ex-politicien.

Gaston Blackburn est convaincu avoir eu raison de se méfier de cette stratégie. Il signale que Jacques Parizeau a expliqué publiquement plus tard qu'un vote favorable aurait fait en sorte que le Québec entre comme dans une cage à homard, où il est impossible de reculer. Le camp du Non a perdu la bataille dans Roberval le soir du 30 octobre. Malgré ça, Roberval est demeurée la circonscription la plus fédéraliste de la région et Gaston Blackburn est fier du résultat obtenu.

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Dans la région, Francis Dufour considère que les résultats ont été à la hauteur des attentes. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, comme certaines autres régions nationalistes, devait d'une certaine façon compenser pour contrer le vote anglophone de la région de Montréal.

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Une année chargée pour Francis Dufour

Francis Dufour était installé aux premières loges de l'année préréférendaire de 1995 et croit aujourd'hui que ce fut sans aucun doute l'année de travail la plus chargée de sa longue carrière politique, alors qu'il s'est retrouvé secrétaire régional au sein du gouvernement Parizeau tout en participant activement aux différents groupes de travail mis en place pour préparer le Québec à franchir le passage d'une province canadienne à un état indépendant.

Le soir du 30 octobre, comme plusieurs souverainistes, Francis Dufour a vu un rêve s'effondrer par 50 000 votes alors que le camp du Non à la souveraineté se sauvait avec la victoire: «Maudit que nous avons passé proche», évoque aujourd'hui celui qui suit toujours attentivement les débats politiques à tous les niveaux de gouvernement. Francis Dufour n'a pas de boule de cristal, mais considère que ce n'est pas à très court terme que le Québec vivra une autre fièvre référendaire de cette intensité si Pierre Karl Péladeau ne parvient pas à le faire.

«Pourtant, raconte Francis Dufour, la campagne référendaire n'avait pas très bien commencé. C'était plutôt lent comme départ. On a senti le vent de fraîcheur souffler quand Lucien Bouchard a fait son entrée dans la campagne référendaire. On sentait que le vent tournait lentement pour le camp du Oui.»

Quand il se remémore ces moments intenses, Francis Dufour peut difficilement passer sous silence la déclaration de Jacques Parizeau sur le pouvoir de l'argent et le vote ethnique. Loin de condamner cette déclaration, Francis Dufour affirme encore aujourd'hui que cette explication était d'une certaine façon la vérité si l'on considère tous les éléments de la campagne, incluant l'argent dépensé à l'extérieur du Québec pour soutenir l'option fédéraliste.

«Il n'avait pas nécessairement tort. On sait que le gouvernement canadien a assermenté des milliers d'immigrants juste avant la tenue du vote et que ces personnes ont un lien avec le gouvernement canadien puisqu'elles font affaire avec les fonctionnaires fédéraux pour l'obtention de leur citoyenneté», évoque le politicien à la retraite.

Si Francis Dufour fait preuve de compréhension à l'endroit des nouveaux arrivants, il est plus critique concernant le comportement politique des résidants de la région de Québec qui ont, selon l'analyse du vote, fait faux bon à la souveraineté alors qu'ils avaient tout intérêt à ce que la province devienne un état.

«Ce sont les gens de Québec qui avaient le plus à gagner avec la souveraineté en raison de l'importance qu'allait prendre la capitale en formant un état souverain. C'est quand même curieux comme comportement et ça continue aujourd'hui en appuyant les conservateurs pendant que le reste de la province vote libéral au fédéral.»

Dans la région, Francis Dufour considère que les résultats ont été à la hauteur des attentes. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, comme certaines autres régions nationalistes, devait d'une certaine façon compenser pour contrer le vote anglophone de la région de Montréal.

Au moment du référendum, Francis Dufour occupait la nouvelle fonction de secrétaire régional. Il s'agissait d'une structure mise en place par Jacques Parizeau pour asseoir la transition vers la souveraineté en plus de la structure ministérielle habituelle. Ce qui signifie que les régions allaient occuper un espace politique plus important dans un Québec souverain.

«Jacques Parizeau savait très bien où il allait et il avait son plan pour la transition. La Commission sur l'avenir du Québec avec ses instances régionales avait permis aux Québécois de tous les camps de s'exprimer sur ce que devait être un État québécois.»

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