PTP: pertes annuelles de 30 000$ pour les producteurs

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En place depuis les années 70, la gestion de l'offre restreint grandement les importations de lait, d'oeufs et de volaille, ce qui garantit aux producteurs canadiens des revenus stables, le tout sans subvention gouvernementale.

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À l'unisson, les producteurs de lait, d'oeufs et de volaille ont décrié cette semaine la signature du Partenariat transpacifique (PTP), qui accroîtra la place des concurrents étrangers sur le marché canadien s'il est ratifié par les 12 pays membres. Ont-ils raison de s'inquiéter?

En place depuis les années 70, la gestion de l'offre restreint grandement les importations de lait, d'oeufs et de volaille, ce qui garantit aux producteurs canadiens des revenus stables, le tout sans subvention gouvernementale.

Cette stabilité contribue à la bonne santé financière des producteurs de lait, d'oeufs et de volaille. Leurs revenus sont parmi les plus élevés du secteur, avec ceux des cultivateurs de pommes de terre et de légumes. Leur rentabilité est également enviable, même si elle varie fortement d'une ferme à l'autre. Ainsi, les producteurs qui ont acheté leurs quotas il y a 30 ans s'en tirent souvent mieux que ceux qui ont dû s'endetter pour les acquérir à fort prix ces dernières années.

«Les producteurs protégés par la gestion de l'offre ont des revenus et un patrimoine supérieurs à ceux de la population en général, affirme Youri Chassin, économiste à l'Institut économique de Montréal. Ce sont tous les consommateurs, y compris les moins bien nantis, qui financent ce système en payant plus cher pour ces produits agricoles.»

Dans le cadre du PTP, le Canada a accepté d'ouvrir aux importations 3,25% de son marché du lait, 2,3% de celui des oeufs, 2,1% celui du poulet, 2% de celui du dindon et 1,5% de celui des oeufs d'incubation. Il s'agit d'une nouvelle brèche dans la gestion de l'offre, qui s'ajoute à celles pratiquées depuis 1989. Les conservateurs ont promis d'indemniser complètement les producteurs pour les pertes liées au PTP et à l'accord avec l'Union européenne pendant au moins 10 ans au moyen de programmes qui coûteront 4,3 milliards aux contribuables.

M. Chassin accueille favorablement le PTP, mais il aurait souhaité qu'Ottawa aille encore plus loin. «Je me désole que la brèche soit aussi petite, lance-t-il. Le gouvernement a raté une occasion de se sortir complètement de la gestion de l'offre.»

L'Union des producteurs agricoles ne ménage pas ses efforts pour contrer le message des détracteurs de la gestion de l'offre. Le syndicat martèle que le système n'augmente pas significativement le prix du lait, des oeufs et de la volaille. De plus, ajoute-t-on, il permet d'assurer le maintien de normes de qualité et de salubrité élevées.

La Fédération des producteurs de lait du Québec soutient que le revenu annuel moyen de ses membres s'établit à environ 39 000$ une fois les dépenses d'amortissement déduites. Elle calcule que l'ouverture de 3,25% du marché du lait entraînera une perte annuelle oscillant entre 29 000 et 33 000$ par producteur, qui ne sera compensée qu'à hauteur de 11 000$ par Ottawa, d'après ses calculs.

«L'impact sera aussi important pour les grands producteurs que les petits, insiste Carl Landry, de Saint-Albert, copropriétaire de la plus grande ferme laitière au Québec avec plus de 1000 vaches et 15 employés. Même si nous sommes gros, nous avons quand même des dettes à rembourser et des fournisseurs à payer.»

Quoi qu'il en soit, ce qui préoccupe le plus les producteurs ces jours-ci, c'est la hausse marquée des importations de lait «diafiltré» américain. Utilisé par des fabricants canadiens de fromage en raison de son coût avantageux, ce produit est exclu des quotas de la gestion de l'offre et fait une concurrence déloyale au lait québécois, selon les producteurs. Ironie du sort, la coopérative Agropur, qui appartient aux producteurs, se sert de lait diafiltré, question de concurrencer à armes égales Saputo, Kraft et les autres.

«Pour nous, la perte découlant du lait diafiltré est d'environ 40 000$ par mois, soit 500 000$ par année», explique M. Landry, dont l'entreprise enregistre un chiffre d'affaires annuel d'environ 10 millions.

Poulet et oeufs

Les producteurs de poulet sont aussi aux prises avec des importations américaines grandissantes qui contournent la gestion de l'offre: celles des anciennes poules pondeuses abattues pour leur chair. Selon les Éleveurs de volailles du Québec, ces importations représentent désormais au moins 5% du marché canadien.

Dans le cadre de ses annonces sur le PTP, le gouvernement fédéral s'est engagé à resserrer les contrôles sur les importations de produits laitiers et de volaille. Les producteurs suivront le dossier de près. «C'est ce qui est le plus important pour nous», dit Pierre-Luc Leblanc, président des Éleveurs de volailles du Québec.

Les producteurs d'oeufs sont probablement ceux qui souffriront le moins des chambardements du PTP. Leur prospérité s'explique notamment par la consolidation du secteur. La production québécoise est assurée par à peine 110 producteurs et par une forte automatisation. «Bien sûr, nous aurions préféré ne rien céder, mais tous nos membres devraient être capables d'encaisser le coup», reconnaît Paulin Bouchard, président de la Fédération des producteurs d'oeufs du Québec.

«On se met déjà au travail, précise-t-il. L'oeuf est une protéine santé qui est en vogue, alors nous allons convaincre les Québécois d'en manger plus.» Les producteurs de lait, d'oeufs et de volaille excluent pour l'instant d'exporter leurs produits aux États-Unis pour se renflouer, estimant ne pas pouvoir faire le poids dans un marché caractérisé par les fortes subventions de Washington.

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