Le Québec victime du protectionnisme américain, selon M-U Proulx

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L'économiste Marc-Urbain Proulx

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(CHICOUTIMI) Les fermetures d'usines au Québec ont tout à voir avec le protectionnisme américain, selon l'économiste Marc-Urbain Proulx. Les solutions à un problème aussi global ne se trouveront pas au Saguenay. C'est plutôt le Canada en entier qui doit réfléchir à son avenir industriel.

« Ce n'est pas seulement le Saguenay-Lac-Saint-Jean qui voit ses entreprises tomber l'une derrière l'autre. Notre industrie se déstructure pour restructurer l'industrie américaine. Le problème est canadien, pas saguenéen. En 2008-2009, quand les Américains ont fait leur plan de relance économique, c'était vraiment pour réindustrialiser leur pays parce que beaucoup d'entreprises s'étaient délocalisées vers l'Asie.

« Nos entreprises, aujourd'hui, ne s'en vont pas en Asie, elles s'en vont aux États-Unis. Nous assistons à un retour en force du protectionnisme américain qui vise à restructurer leur économie. L'ALÉNA ne nous protège pas suffisamment du protectionnisme. Si le sud de l'Ontario se déstructure, c'est parce que le protectionnisme américain est très très fort. Le sud de l'Ontario, c'est le coeur industriel du Canada. »

L'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) est un traité, entré en vigueur le 1er janvier 1994, qui crée une zone de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique.

Marc-Urbain Proulx explique que le Canada en entier vit les contrecoups du plan de relance de 787 milliards de dollars américains de l'administration Obama, annoncé en 2009. Des allégements fiscaux de 287 G$ et un programme de dépenses publiques de 500 G$ avaient été mis sur pied. En 2011, un deuxième plan de relance de 447 G$ a été annoncé par le président américain.

« On nous voit comme un pays d'extraction, pour les mines et le bois par exemple, soutient le professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi. Nous avions réussi dans la première et la deuxième transformation, mais là on perd des fleurons. On veut maintenant nos ressources à l'état brut. À l'évidence, l'entente de l'ALÉNA ne protège pas assez nos usines. »

DEVENIR ATTRAYANTS

Marc-Urbain Proulx croit que l'on doit se tourner vers Ottawa pour trouver des solutions.

« On doit redevenir attrayants. C'est difficile de faire revenir une usine qui est partie. Est-ce que l'ALÉNA limite la protection du marché canadien ? Oui. Le Québec, lui, ne signe pas l'ALÉNA. C'est pour ça qu'il faut que ce soit Ottawa qui bouge dans ces cas.

« On réagit après coup, mais il faudrait réfléchir plus globalement.

C'est à la politique industrielle canadienne de nous restructurer. Il faut que le gouvernement canadien se pose la question et trouve les moyens de réagir. Nous nous tournons traditionnellement vers Québec lors des fermetures, mais dans ces cas, je crois qu'il ne faut pas oublier Ottawa. »

M. Proulx mentionne que lorsqu'une papetière ferme, il est possible de pointer du doigt « le marché ». La situation est différente quand une usine comme Novelis met la clé sous la porte.

« Quand Novelis ferme, est-ce le marché ? Il se consomme de plus en plus d'aluminium laminé dans le monde. Le marché n'est pas la cause de la fermeture. »

«IL Y A DES EXPERTS EN DÉLOCALISATION»

Marc-Urbain Proulx ne veut pas parler du cas spécifique de Philip R. Martens, soulevé par Le Progrès-Dimanche, mais explique néanmoins qu'il existe de nombreux dirigeants d'entreprises qui se spécialisent dans la délocalisation.

«Des intégrateurs, qui trouvent une usine rentable, s'organisent pour faire baisser son prix, l'achètent et la délocalisent, c'est bourré de cela sur le marché. Je ne veux pas mettre M. Martens dans ce panier, bien entendu, parce que je ne le connais pas. Il est par contre évident que le protectionnisme américain se sert de tout son savoir-faire pour ramener des industries dans son pays. On l'a vu avec Electrolux, Novelis ou Graphic Packaging. Ce sont des usines qui avaient toujours été au Québec, et qui se retrouvent maintenant aux États-Unis. C'est par les taxes, les impôts et des subventions que les Américains parviennent à attirer ces entreprises», mentionne celui qui a été sous-ministre associé aux Régions au ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire sous le dernier gouvernement péquiste.

«L'industriel sur le terrain de golf dit à l'autre: ''J'avais délocalisé des usines en Asie, mais là je les ramène. Il faut réindustrialiser l'Amérique.'' L'autre réfléchit et fait la même chose. Ils ont eu peur durant la crise industrielle en 2008, et là ils foncent.»

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