Monique Lépine, mère de Marc

25 ans à chercher des réponses

Monique Lépine ne s'est jamais sentie comme la mère d'un tueur. 25 ans après le... ((Photo Le Quotidien-Rocket Lavoie))

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Monique Lépine ne s'est jamais sentie comme la mère d'un tueur. 25 ans après le drame qui a changé le visage des relations hommes-femmes au Québec, cette infirmière à la retraite considère toujours avoir été la mère d'un jeune homme qui avait été blessé par la vie et qui a mal réagi.

Pourquoi ? C'est la grande question que s'est posée pendant de nombreuses années Monique Lépine et pour laquelle elle n'a toujours pas de réponse. Son intuition lui fait croire qu'il avait peut-être été rejeté par l'une des 14 victimes de l'École Polytechnique, mais elle admet qu'il s'agit d'une intuition de mère sans preuve matérielle que les policiers ne croiront jamais.

Monique Lépine était de passage dans la région hier pour deux conférences. Elle s'est présentée à la 3e Escadre de Bagotville en après-midi et devant 75 personnes regroupées sous l'égide de l'organisme Deuil 02 en soirée. Monique Lépine accepte aujourd'hui ces invitations quand elle considère qu'elle peut aider d'autres personnes à se relever d'un événement grave, souvent associé à la mort ou au suicide.

« Tu te demandes pourquoi ça t'arrive. C'est la fameuse question. Et après, tu te demandes si t'as été une bonne mère. Il y a la vindicte populaire. Les gens qui se demandent comment une femme a pu mettre au monde un tel monstre ou qui l'expliquent en se disant que tu dois être une femme sur l'aide sociale sans éducation », se rappelle celle qui est demeurée terrée pendant 17 ans avant de prendre la parole publiquement pour la première fois au moment de la tragédie du collège Dawson.

Aider les autres

Entre Polytechnique, moment où sa vie a basculé et les événements de Dawson, Monique Lépine en a arraché et elle maintient que Jésus l'a sauvé: « Un matin de 2001 où je m'étais rendue à l'église, je sentais vraiment que mon âme voulait sortir de mon corps. C'est à ce moment que j'ai su que je voulais vivre pour aider des personnes comme moi qui souffraient en silence », a-t-elle raconté dans une salle où on aurait entendu voler une mouche.

Ce grand désespoir survenait peu de temps après la mort de sa fille qui s'est suicidée sept ans après la tragédie de Polytechnique où son fils Marc avait aussi choisi de s'enlever la vie après l'assassinat des 14 jeunes femmes.

Pendant cette conférence, Monique Lépine a réitéré à de nombreuses reprises sa foi et surtout le fait qu'elle profite de toutes les tribunes pour l'exprimer haut et fort. Malgré cette fois, elle n'a pas hésité à retourner sur les bancs de l'école pour approfondir ses connaissances ou avoir recours à des professionnels de la santé, dans son milieu de travail, pour obtenir du support et des soins.

« Une fois qu'on s'est posé la question pourquoi de toutes les façons, on peut peut-être se poser d'autres questions. Quand est survenu l'événement de Dawson, j'ai retourné l'appel à un journaliste pour confirmer que j'acceptais de parler. À partir du moment où j'ai parlé, je n'ai plus eu de sentiment de honte, de culpabilité et je redevenais Monique Lépine. Je reprenais mon identité. »

Mme Lépine a évidemment beaucoup réfléchi sur les événements de cette vie de mère marquée par la perte de ses deux enfants qui ont été pendant longtemps sa seule raison de vivre. Pendant la conférence, elle n'a jamais levé le ton pour dénoncer des gens ou des situations, mais a été très franche. C'est le cas de sa propre famille, avec qui elle entretient toujours des relations malgré l'absence de ses membres pendant les moments difficiles. Elle a fait la paix avec ses frères et soeurs qui ont vécu à leur façon ce drame.

Dans la vie, croit Monique Lépine, il est impossible de changer les faits. Dès que le drame de Polytechnique a été annoncé, sa vie a été bouleversée et elle ne pouvait rien contre cet événement. Seulement, elle a appris dans les épreuves que l'être humain a une prise sur ses propres réactions et peut décider de la suite des choses pour sa vie.

Un seul élément lui a provoqué pendant un certain temps une forme d'irritation. Il s'agit du choix du 6 décembre comme étant désormais la journée retenue pour sensibiliser la population contre la violence faite aux femmes. Malgré cet « achalement ». Monique Lépine a accepté de participer aux cérémonies commémoratives.

Elle est maintenant loin de cette cérémonie et croit avoir fait son bout de chemin. La période de mort de Marc Lépine est maintenant plus longue que sa vie qui a pris fin à 25 ans. La population du Québec a connu Marc Lépine dans un événement de 5 minutes alors qu'elle a été sa mère et le restera.

La cicatrice du 6 décembre est toujours bien présente pour elle. Mais le mal a aujourd'hui disparu. Monique Lépine aime se rappeler les moments agréables qu'elle a vécus avec ses deux enfants.

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