Des étrangers à la rescousse des agriculteurs

Une année sur deux, Omar Astolfo délaisse sa... ((Courtoisie))

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Une année sur deux, Omar Astolfo délaisse sa femme et ses deux enfants pour un contrat de 12 mois, afin de gagner un salaire deux fois plus élevé qu'au Guatamala, en travaillant à la ferme laitière Morivan à St-Bruno.

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Guillaume Roy
Le Quotidien

Sans les 9200 travailleurs saisonniers étrangers, plusieurs entreprises agricoles du Québec auraient déjà fermé leurs portes. Et le Saguenay-Lac-Saint-Jean n'échappe pas à la règle alors que 135 travailleurs y sont venus prêter main-forte. Regards sur deux entreprises régionales qui fleurissent grâce à la main-d'oeuvre immigrante.

Sous un chaud soleil du mois d'août, Patricio San Luis et ses collègues mexicains récoltent de gros bleuets bien juteux accroupis dans les bleuetières de Normandin. Sourire aux lèvres, il entame sa huitième saison de récolte pour Nutrableu, une entreprise qui récolte et commercialise 500 000 livres de bleuets sauvages frais, principalement pour Sobey's et Loblaws.

« C'est un excellent travail qui me permet de gagner trois fois plus d'argent que chez moi », lance l'homme de 52 ans qui travaille dans la construction et en agriculture, chez lui, dans la province de Tlaxcala au Mexique. Pendant six semaines, à raison de 10 à 12 heures par jour, il récolte les bleuets ou il travaille au centre d'emballage en compagnie de 35 collègues mexicains. Après la saison du bleuet, il partira cueillir des pommes pour un séjour de près de trois mois au Canada.

Une bénédiction

« Les travailleurs saisonniers étrangers se sont avérés une bénédiction pour la récolte. Ils sont fiables et respectueux de la qualité demandée », soutient Martin Villeneuve, copropriétaire de Nutrableu avec trois associés. L'entreprise normandinoise avait en fait beaucoup de difficulté à recruter assez de main-d'oeuvre pour travailler de la fin juillet à la mi-septembre, car plusieurs employés aux études devaient quitter à la mi-saison. De plus, Nutrableu paie des salaires horaires, pour maximiser la qualité et non le rendement, contrairement à ce que l'on retrouve ailleurs dans l'industrie.

Après avoir logé les travailleurs dans des roulottes de chantier, l'entreprise a fait l'achat d'un ancien magasin de meubles pour le convertir en campement permanent. « On était prêt à assumer un plus grand coût de transport pour offrir une meilleure qualité de vie aux travailleurs », commente Martin Villeneuve, qui note que cette initiative a permis une meilleure intégration des travailleurs dans le village.

fermes laitières

« Je dois mon entreprise aux travailleurs immigrants. C'était la dernière option qu'on essayait. Si on ne trouvait pas d'employés fiables, on pensait vendre la ferme », lance Marie-Claude Morin, propriétaire de la ferme Morivan, qui compte près de 325 vaches, dont 200 en lactation. Pendant près de deux ans, elle a cherché à pourvoir, en vain, un poste à plein temps et deux postes à temps partiel.

Pour pallier la pénurie de main-d'oeuvre, elle devait travailler près de 80 heures par semaine, sept jours sur sept, sans possibilité de prendre des vacances. Un employé s'est même dévoué à faire 90 heures de travail pendant une semaine pour que la productrice de 35 ans puisse prendre un peu de répit.

Depuis 2010, Omar Astolfo, d'origine guatémaltèque, en est à son troisième séjour à la ferme Morivan. Une année sur deux, l'homme de 33 ans délaisse sa femme et ses deux enfants pour un contrat de 12 mois, afin de gagner un salaire deux fois plus élevé qu'au Guatamala. De plus, les normes du travail sont beaucoup plus sévères ici, ce qui fait que le travail est plus sécuritaire.

L'arrivée d'Omar et des autres travailleurs étrangers a non seulement permis de mieux répartir le travail, mais aussi d'ouvrir les employés sur une autre culture. Anne-Marie Rouleau, une employée de la ferme Morivan, en a d'ailleurs profité pour apprendre l'espagnol, tout comme la propriétaire. De son côté, Omar continue d'apprendre le français.

« Nous avons développé une complicité, car nous sommes une toute petite entreprise. Il travaille avec la famille et il vit à la maison, dans un appartement », note Mme Morin.

Selon une étude, plus de 75 % des entreprises de fruits et légumes du Québec fermeraient leurs portes sans l'apport des travailleurs immigrant, mentionne Denis Hamel directeur général de FERME, la Fondation de recrutement de main-d'oeuvre agricole étrangère.

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