La Prison de chicoutimi fermera bientôt

Une prise d'otage marquante

C'est à l'automne que les détenus de Chicoutimi... (- photo le progrès-dimanche, rocket lavoie)

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C'est à l'automne que les détenus de Chicoutimi seront transférés à Roberval. La prison de Chicoutimi fait partie du paysage depuis 1928.

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Patricia Rainville
Le Quotidien

Il est 1h30 du matin lorsque le criminaliste Louis-Charles Fournier est réveillé par les policiers. Il dormait paisiblement chez lui, à Laterrière, en compagnie de son épouse et de ses deux enfants. Les policiers n'entendent pas à rire. Un gardien de la prison de Chicoutimi de 62 ans a été pris en otage par trois détenus, dont deux accusés pour meurtres. On demande les services de l'avocat, qui devra agir comme négociateur. Louis-Charles Fournier accepte sur le champ. Mais il est loin de se douter que la prise d'otage durera près de deux jours et qu'elle restera l'un des événements marquants de sa carrière.

En pleine nuit, le 16 juin 1980, Roger Scott et Yvon Brouillard, deux Montréalais accusés de meurtres et détenus à Chicoutimi provisoirement, de même que Jean-Claude Lavoie, un Robervalois détenu à la prison de Chicoutimi, prennent le contrôle de la prison. Ils séquestrent un gardien de prison, âgé de 62 ans. Rapidement, les agents de la Sûreté du Québec pensent à faire appel au criminaliste bien connu Louis-Charles Fournier. Il ne représente pourtant pas l'un des détenus, mais il a déjà joué le rôle du négociateur dans une précédente prise d'otage, qui s'était bien terminée.

À l'intérieur des murs

Louis-Charles Fournier se rend rapidement sur la rue Price et pénètre à l'intérieur de la prison pour rejoindre les trois bandits et leur otage, un dénommé Eugène Roberge. Pendant ce temps, tous les détenus sont évacués et transférés dans d'autres établissements carcéraux. Celui qui a oeuvré comme criminaliste de 1971 à 1984 avant d'être nommé juge - il a pris sa retraite en 2009 - se souvient de ce jour-là comme si c'était hier.

«Je pensais que ça se passerait bien. Je suis entré confiant, mais les choses ne se sont pas passées exactement comme je le pensais», raconte Louis-Charles Fournier, lorsque rencontré par Le Progrès-Dimanche plus tôt cette semaine.

Scott et Brouillard font rapidement leurs recommandations. Ils demandent une voiture, de la drogue et un avion. « Ils demandaient les choses que les preneurs d'otage demandent toujours. Évidemment, je savais bien qu'ils n'auraient rien de tout ça, mais il fallait gagner du temps», se souvient le juge à la retraite. Surtout que l'état de santé de l'otage se détériore. Il souffre en effet de troubles cardiaques et est victime d'une faiblesse.

«Il nous fallait un médecin, puisque M. Roberge se sentait mal. Les détenus étaient d'accord, alors les policiers nous envoient le jeune médecin Richard Leblond. Il était nerveux, comme moi d'ailleurs. On a beau être fait fort, je ne me sentais pas gros dans mes culottes!», lance M. Fournier. Dans l'énervement, le médecin oublie une seringue sur place. Évidemment, l'un des détenus s'en empare rapidement et prévoit l'utiliser comme arme. Il la presse sur la tempe de l'otage. «Je l'ai calmé. Mais les choses se sont mises à mal aller. Les détenus ont demandé des pilules pour se relaxer alors nous avons eu des Valiums. Mais les détenus m'ont forcé à en prendre avant eux pour être sûr que c'était bien ce qu'ils voulaient. L'adrénaline et les Valiums n'étaient pas un super bon mélange. Je ne devais surtout pas dormir, sinon, ça aurait dérapé», se souvient le juge.  

C'est surtout lorsque les policiers de l'Escouade tactique d'intervention de la SQ sont débarqués que les choses ont empiré, croit Louis-Charles Fournier. D'ailleurs, à cette époque, le criminaliste avait fait de virulentes sorties contre les agents de l'Escouade. Il estime encore que les policiers s'étaient montrés menaçants, mettant de la pression inutile sur les détenus, ce qui a compliqué les négociations. «Ils m'ont traité en criminel, affirmant qu'ils n'étaient pas formés pour tirer dans les jambes. J'ai vite compris ce que ça signifiait», raconte-t-il. Plusieurs articles de l'époque font d'ailleurs état des reproches du criminaliste envers les policiers de l'Escouade, qui débarquait de Québec.

Quoi qu'il en soit, après 43 heures de prise d'otage, Scott et Brouillard acceptent de se rendre. Le Robervalois Jean-Claude Lavoie s'était rendu quelques heures auparavant, affirmant qu'il avait été entraîné dans cette histoire contre son gré.

La sortie en petites culottes

Ce qui a aussi retenu l'attention au cours de cette prise d'otage, c'est la fameuse sortie des détenus et du criminaliste, en petites culottes. C'est que les policiers avaient sommé tout ce beau monde de se menotter ensemble et de se déshabiller, afin de s'assurer que personne n'était armé. «Je m'en suis tellement fait parler. Disons que j'ai pu montrer mon corps de dieu grec!», plaisante Louis-Charles Fournier.

L'otage Eugène Roberge, faible et sous le choc, a rapidement été transporté à l'hôpital. «Sa soeur est venue me voir quelques jours après pour me remercier. Elle a dit que je lui avais sauvé la vie. J'ai fait de mon mieux, en essayant de gagner du temps et de calmer les détenus», précise Louis-Charles Fournier.

Un événement marquant

Ce dernier avoue que l'événement l'a affecté. Quelques jours plus tard, alors qu'il plaide au palais de justice de Chicoutimi, le criminaliste s'effondre, victime d'un malaise. Une photographie de lui, inconscient et étendu sur une civière, avait d'ailleurs été publiée à la page frontispice d'un journal régional, ce qui l'avait choqué.

L'événement reste gravé dans la mémoire du juge à la retraite. «Disons que ç'a été un gros deux jours!», lance Louis-Charles Fournier, ajoutant que Scott et Brouillard ont ensuite été reconnus coupable de plusieurs meurtres.

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