Victime d'une erreur médicale, Manon Tremblay brise le silence

Trois mois de radiation pour une vie foutue

Manon Tremblay tenait à remettre les pendules à... ((Photo le Quotidien, Laura Lévesque))

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Manon Tremblay tenait à remettre les pendules à l'heure à la suite de l'annonce de la radiation temporaire de son ancienne dentiste, Kathleen Murray.

(Photo le Quotidien, Laura Lévesque)

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Manon Tremblay, ex-patiente de Kathleen Murray, cette dentiste almatoise radiée trois mois pour avoir notamment négligé de regarder une radiographie, sort de l'ombre. Quelques semaines après la tombée de la décision du conseil de discipline de l'Ordre des dentistes du Québec, la dame tient à faire éclater la vérité pour éviter la banalisation de son cas. Parce que ce n'est pas une simple carie non détectée qui est à l'origine de cette radiation temporaire, mais plutôt une lésion qui a évolué vers un cancer dans la mâchoire (carcinome malpighien). Une lésion qui apparaissait sur la radiographie prise en 2007 que la dentiste a omis d'analyser.

«Tout l'enfer que je viens de vivre dans les dernières années aurait pu être évité. Ma vie a basculé et elle ne sera plus jamais la même», soupire la dame qui a décidé de parler publiquement de son histoire, après avoir lu sur les réseaux sociaux que cette radiation était sévère.

Le jugement du conseil de discipline est bien clair. Dre Kathleen Murray a reconnu qu'il «aurait été possible de traiter ce cancer avec plus de chances de succès s'il avait été détecté plus tôt, par exemple en 2007.» «Il s'agit donc de fautes graves sur le plan objectif, lesquelles ont mis en péril la sécurité d'une patiente», peut-on lire dans le jugement rendu en juin dernier. Le cancer, précisons-le, a été décelé en 2011.

La radiographie

Manon Tremblay a consulté la dentiste Murray pour la première fois en 2007. Un examen complet, incluant la prise d'une radiographie panoramique, est alors fait. Une radiographie qui démontre clairement une lésion radiolucide d'un diamètre appréciable. Mais la dentiste a omis de regarder cette radiographie, ce qu'elle a reconnu plusieurs années plus tard.

La patiente est ensuite revue à plusieurs reprises entre 2007 et 2011, sans qu'il soit question de la lésion révélée par la radiographie.

En mai 2011, une semaine après son nettoyage bisannuel, l'Almatoise a de la douleur. Une souffrance qu'elle ressent depuis quelque temps, mais jamais à un tel degré. Elle avait d'ailleurs consulté un médecin généraliste pour cette raison. Sa médecin, qui ne trouvait pas la cause du mal, lui avait prescrit du lyrica, un analgésique, afin de détendre le muscle de la mâchoire.

Ne voyant aucun soulagement, Mme Tremblay se présente en urgence à la clinique de Kathleen Murray. Cette dernière est en congé de maternité et c'est son remplaçant qui s'occupe de son cas. Ce dernier décide d'aller vérifier les premières radiographies de la dame et c'est alors qu'il constate la lésion captée en 2007. Il procède donc immédiatement à de nouveaux examens, incluant une radiographie panoramique.

«Il pose les deux images sur l'écran, celle de 2007 et celle de 2011, et il me demande si je sais que j'avais une tumeur en 2007. Évidemment, je lui ai dit non. Le dentiste a immédiatement fixé un rendez-vous chez un maxillo-facial. C'est en quelque sorte lui qui m'a sauvé la vie» laisse tomber la dame.

Traitements

S'ensuivent alors des opérations majeures et des trachéotomies à Montréal, avant de suivre plusieurs traitements de radiothérapie.

Son péroné (un petit os long de la jambe derrière le tibia) est enlevé pour être greffé dans la mâchoire. Mme Tremblay fait cependant un rejet. Le muscle sous son sein gauche est donc remonté jusqu'à sa mâchoire et une partie de celui-ci recouvre la pièce de titanium qui agit comme gencive inférieure.

En rémission depuis près de quatre ans, la dame vit toujours un enfer: perte de son sens du goût, difficulté à parler, prise de médicaments pour obtenir de la salive, souffrance du côté droit de son visage. Une autre chirurgie attend également Mme Tremblay. Une partie de l'os de sa hanche sera utilisée pour solidifier sa mâchoire.

«J'ai vécu un enfer et ça continue. Et je ne me ressemble plus. J'ai 48 ans dans le corps d'une femme de 80», lance la dame en montrant une photo d'elle prise quelques mois avant les premières chirurgies, alors que la forme de son visage était différente et qu'elle avait l'énergie pour bouger davantage.

Toutefois, c'est le regard des gens qui a été l'une des plus difficiles épreuves.

«J'ai été gavée longtemps parce que je ne pouvais pas utiliser ma bouche. J'avais donc hâte d'aller manger une frite dans un commerce du coin. Et la caissière m'a dit "coudonc, avez-vous mal aux dents pour parler de même? ". Ça m'a blessée. Un autre jour, un homme m'a demandé si j'avais passé au feu. Certains croient même que j'ai une déficience intellectuelle à cause de ma façon de parler», témoigne-t-elle, espérant que sa sortie publique mettent fin aux rumeurs et surtout aux préjugés.

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