Importation de protéines liquides des États-Unis

Grande crainte chez les producteurs

Le milieu régional de la production laitière déplore... ((Archives Le Quotidien))

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Le milieu régional de la production laitière déplore l'importation américaine en hausse de 64 % de concentré de protéines liquides, une catastrophe pour les producteurs locaux, qui sont privés de revenus, et pour les consommateurs, qui boivent de plus en plus du lait dont la provenance est loin d'égaler les normes canadiennes.

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Dominique Gobeil
Le Quotidien

Le milieu régional de la production laitière déplore l'importation américaine en hausse de 64 % de concentré de protéines liquides, une catastrophe pour les producteurs locaux, qui sont privés de revenus, et pour les consommateurs, qui boivent de plus en plus du lait dont la provenance est loin d'égaler les normes canadiennes.

« Vous savez, la vache bleue sur les produits qui indique qu'ils sont faits à partir de lait canadien? Bientôt, on va devoir mettre le drapeau américain par-dessus, on n'a qu'à ajouter des rayures blanches. Elle va ressembler à un zèbre! », s'insurge celui qui est en quelque sorte le porte-parole de ce mouvement de dénonciation, Pierre Turcotte, un agriculteur de Saint-Bruno au Lac-Saint-Jean.

Les concentrés liquides sont composés à minimalement 85 % de protéines, contre environ 3 % pour le lait normal. Ils sont appréciés par la grande industrie de transformation, car ils s'intègrent bien dans les recettes, pour le fromage par exemple. Il suffit d'ajouter du lait riche en gras, alors que la partie plus maigre est laissée de côté et souvent transformée en poudre animale, ce qui rapporte moins de profits aux producteurs.

Le concentré est réalisé dans une usine de l'état de New York, où les vaches se font injectées de la somatropine, une hormone de croissance interdite au Canada. Même si on n'en retrouve pas de traces dans le lait, elle a de graves conséquences sur le bien-être de l'animal, explique M. Turcotte. « Au Québec, on a décidé de ne pas suivre cette voie, car on sait que les consommateurs pensent à cet aspect environnemental. »

De plus, l'augmentation des importations passe complètement sous le radar, puisque seules les protéines en poudre sont contrôlées dans la fabrication. Dans une étude de Agri-foods Economics Systems, on relève que 14 000 tonnes de concentré de protéines liquide ont été importées en 2014. Si on compare le premier trimestre de 2015 à celui de 2014, on voit une augmentation de 64 % du volume importé.

700 millions de litres

Le directeur général de la Fromagerie Boivin à La Baie, Luc Boivin, estime que pour une année, cela représente près de 700 millions de litres de lait qui ne sont pas tirés de la production québécoise. « Il est urgent qu'on développe de nouvelles stratégies pour travailler intelligemment », croit-il. « On n'aurait jamais pensé que c'était autant », admet Pierre Turcotte.

Le problème est d'autant plus préoccupant que la Fédération des producteurs de lait du Québec semble ignorer le phénomène, alors qu'elle a dû jeter récemment des centaines de milliers de litres de lait et qu'elle l'explique par la consommation en hausse de beurre, qui demande plus de matières grasses.

« Ce n'est pas du tout ça, martèle le producteur Pierre Girard. Quand l'industrie fromagère utilise un concentré, il ne reste plus de gras qu'on aurait libéré pour la crème, ça le prend au complet. »

M. Girard souligne l'effort de certains transformateurs comme Luc Boivin, qui travaillent à modifier leur usine pour pouvoir récupérer le lait, lequel serait sinon gaspillé.

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