Atteint d'une maladie neurologique dégénérative

Il craint avoir reçu trop de morphine

Jonathan Bergeron est atteint d'une maladie neurologique dégénérative.... ((Courtoisie))

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Jonathan Bergeron est atteint d'une maladie neurologique dégénérative. Son médecin traitant l'autorise à prendre 42 mg de morphine matin et soir.

(Courtoisie)

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Mélyssa Gagnon
Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Un homme de 31 ans atteint d'une maladie neurologique dégénérative accuse le personnel de l'Hôpital de Chicoutimi de lui avoir administré une surdose de morphine qui aurait pu lui être fatale. En colère, il n'exclut pas la possibilité d'entreprendre un recours en justice contre l'établissement de santé.

Jonathan Bergeron souffre de céroïde-lipofuscinose adulte (maladie de Kufs) depuis 15 ans. Il a été admis au quatrième étage du centre hospitalier en début de semaine pour des problèmes pulmonaires. À deux reprises, mardi soir et mercredi matin, le personnel soignant lui a administré 6 mg de morphine de plus que la dose maximale prescrite par son médecin traitant et son neurologue. N'eut été la vigilance de sa conjointe Sylvie Petitpas, qui a empêché une infirmière de lui donner une troisième dose, M. Bergeron est convaincu qu'il ne serait pas ici pour raconter son histoire aujourd'hui.

«Je suis l'un des seuls atteints de lipofusciose qui marche encore. Ça fait 15 ans que je me bats pour rester en vie et ils ont failli me tuer!», a soutenu Jonathan Bergeron au cours d'une brève entrevue téléphonique accordée au Quotidien depuis son lit d'hôpital, hier après-midi.

«J'ai deux sentiments qui m'habitent: la colère et l'impuissance. Je suis tout mélangé", a enchaîné le père d'une fillette de quatre ans.

Chronologie

L'épouse de Jonathan Bergeron ne décolère pas. Elle explique que son mari est un habitué du centre hospitalier, vu ses problèmes de santé. Jamais personne n'a "joué" avec ses calmants auparavant et M. Bergeron a toujours été bien servi. Depuis deux ans, sur recommandation de son médecin de famille et de son spécialiste, le mari de Mme Petitpas prend un comprimé de 42 mg d'hydromorph Contin matin et soir pour contrôler la douleur. Il peut, au besoin, avoir recours à des interdoses de 8 mg aux quatre heures. "Ça fonctionne très bien. Personne ne voulait remonter sa dose et ses médecins ont dit: «On ne touche plus à ça. C'est le maximum qu'il peut prendre''", relate-t-elle.

Mardi, jour de l'admission, une dose de 48 mg a été administrée à Jonathan Bergeron. Sylvie Petitpas raconte que la nuit de mardi à mercredi s'est avérée chaotique, alors que son conjoint s'est retrouvé dans un état second.

«Il était totalement confus. Il s'est ramassé en petites culottes à faire le cow-boy dans sa chambre. Il dérangeait la personne hospitalisée avec lui. Il se roulait par terre et était complètement stone», relate-t-elle. Toujours selon le récit de Mme Petitpas, M. Bergeron a reçu une autre dose de 48 mg de morphine à 10 h mercredi matin, malgré les événements de la nuit précédente. «Mercredi, il m'a appelée. Tout ce qu'il me disait n'avait ni queue ni tête. Il me parlait d'aller au garage et me disait qu'il faisait du ménage. Je lui ai dit de «slacker'' les interdoses et il m'a répondu qu'il n'avait pris aucune interdose», poursuit Sylvie Petitpas.

Inquiète, la dame s'est rendue au chevet de son conjoint vers 18 h. Elle a demandé à l'infirmière s'il était possible de cesser de donner des interdoses à M. Bergeron.

«Elle m'a dit qu'il n'y en avait pas eu et qu'après vérification de son dossier, ils avaient simplement augmenté sa dose longue action à 48 mg», poursuit la femme.

Sylvie Petitpas affirme que si elle n'avait pas été présente mercredi soir, son mari aurait reçu 42 mg de morphine, malgré le fait qu'il était endormi et «encore gelé".

«Je l'ai réveillé. Il était en surdose. Je leur ai dit de s'occuper de ses poumons au lieu d'aller jouer dans ses médicaments», poursuit celle qui est convaincue qu'il s'agit là d'une grave erreur médicale.

mgagnon@lequotidien.com

Au téléphone, Jonathan Bergeron s'exprime d'une voix fragile. Il se dit secoué par les événements et confie se trouver dans un état se situant à mi-chemin entre la révolte et la peur.

«Je suis hospitalisé régulièrement ici et ça rend la situation très difficile», dit-il.

La directrice du département a rencontré le patient, mais celui-ci n'a pas reçu d'excuses et demeure insatisfait.

«Elle m'a dit: «on a juste fait notre job'' et que si je n'étais pas content, je pouvais m'adresser à la commissaire aux plaintes», raconte M. Bergeron, qui réfléchit à la possibilité d'une poursuite.

Il affirme ne pas être motivé par l'argent, mais par le désir d'éviter que cette situation ne se reproduise et mette la vie d'un patient en péril.

Sa femme signale que les pharmaciens et médecins de l'hôpital impliqués se renvoient la balle au sujet de la responsabilité.

«Je suis en colère parce qu'ils prennent ça à la légère. Ce n'est pas compliqué. Ça aurait pris cinq minutes pour appeler le médecin traitant de mon mari ou son neurologue pour s'informer de la médication. À la place, ils ont décidé d'augmenter la dose pour soulager la douleur. Je suis convaincue que si je n'avais pas été là mercredi soir, il serait décédé durant la nuit», martèle Sylvie Petitpas. Elle précise que les membres du personnel hospitalier habitués de côtoyer son mari ont tous convenu qu'il n'était pas dans son état habituel. Jonathan Bergeron est revenu à lui jeudi matin. Il espère obtenir son congé au courant de la fin de semaine. Malgré plusieurs tentatives, il n'a pas été possible de joindre la direction de l'Hôpital de Chicoutimi pour obtenir des explications.

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