Laïcité: un débat à effectuer

C'est ce qu'il ne faut pas perdre de... (PHOTO JEANNOT LÉVESQUE, ARCHIVES LE QUOTIDIEN)

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C'est ce qu'il ne faut pas perdre de vue au moment d'analyser, à tête un peu plus reposée, le bilan de la «croisade» de Jean Tremblay...

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Le débat concernant la place des symboles religieux dans l'espace public est relancé, dans la foulée du jugement rendu la semaine dernière par la Cour suprême. Or, pour que ce débat ait la moindre chance de déboucher sur des solutions valables, il est nécessaire qu'il se déroule dans un climat non partisan et qu'il se fasse en faisant abstraction de l'identité des protagonistes. Reste à voir si cela est possible alors que la tension entre les partis représentés à l'Assemblée nationale a rarement été aussi vive qu'elle ne l'est actuellement.

On l'a bien vu à Saguenay, il s'avère particulièrement difficile d'aborder la question de la laïcité et des symboles religieux en se basant uniquement sur les faits et en faisant abstraction des conflits de personnalités. Sur le fond de la question, le maire Jean Tremblay a soulevé des arguments pertinents, des arguments susceptibles d'alimenter la réflexion collective. Mais, comme cela provenait du maire Tremblay, plusieurs ont été prompts à les écarter, voire à les ridiculiser, à se réjouir de sa défaite parce que justement, c'était une défaite!

Certes, il est vrai que ce dernier aurait pu refuser d'engager le combat et se plier aux exigences initiales des plaignants ou au verdict rendu en première instance. Vrai aussi qu'il aurait pu choisir de remplacer la prière par une minute de silence. Selon les propos du citoyen Alain Simoneau, cité samedi en nos pages, cela aurait apparemment mis fin à la saga. Mais, il demeure que, justement, toute cette saga a été utile parce qu'elle a permis de faire avancer le débat, de poser les jalons d'une réflexion collective toujours nécessaire. C'est ce qu'il ne faut pas perdre de vue au moment d'analyser, à tête un peu plus reposée, le bilan de la «croisade» de Jean Tremblay...

Plusieurs médias, plusieurs citoyens espéraient, jeudi, à l'occasion de la conférence de presse où le maire de Saguenay a réagi pour la première fois au jugement du plus haut tribunal du pays, que ce dernier se mette le pied dans la bouche, qu'il s'emporte, qu'il se mêle dans les fleurs du tapis... Vrai que Jean Tremblay commet parfois de malheureux écarts de langage. Des écarts parfois planifiés. Mais, jeudi dernier, dans l'ensemble, ce dernier a soulevé de bons points. Des arguments qui méritent réflexion.

En ce sens, le maire de Saguenay a eu raison de mettre de la pression sur le gouvernement du Québec. C'est à ce dernier, c'est à l'ensemble des élus et des formations politiques représentés à l'Assemblée nationale qu'il incombe désormais de réfléchir et de légiférer sur la question des symboles religieux dans l'espace public, de clarifier les grands principes qui doivent encadrer et baliser la notion de neutralité de l'État et de ses principales institutions.

Nul besoin pour ce faire de relancer une grande commission calquée sur la Commission Bouchard-Taylor qui a sillonné le Québec. Nul besoin non plus, du moins dans l'immédiat, de relancer un psychodrame collectif lié à une nouvelle proposition de «Charte de la laïcité».

Dans un monde idéal, des représentants des quatre partis présents à l'Assemblée nationale seraient chargés d'étudier la question ensemble, loin du feu des projecteurs, afin d'accoucher d'un guide, d'un cadre i qui permettrait de voir plus clair en matière de symboles religieux et de laïcité. Pure utopie? Probablement.

Il demeure que, collectivement, les élus ne peuvent continuer à faire abstraction de l'importance des enjeux soulevés par le jugement rendu par la Cour suprême. Ni du fait que les questions et les enjeux entourant les principes de laïcité et de neutralité de l'État commandent, au Québec comme dans les autres sociétés occidentales du monde, des réponses et des balises cohérentes.

Si une telle réflexion pouvait s'amorcer dans la foulée de la saga de Saguenay, ce serait une consolation: les fonds publics dépensés dans cette affaire ne l'auraient pas été en vain.

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