La Presse rencontre Jean Tremblay

Une perception en train de changer

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay.... (PHOTO MICHEL TREMBLAY, archives Le QUOTIDIEN)

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Le maire de Saguenay, Jean Tremblay.

PHOTO MICHEL TREMBLAY, archives Le QUOTIDIEN

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Au Centre des retraités de l'arrondissement de Chicoutimi, une dizaine de femmes discutent en riant dans le coin casse-croûte, après leur séance de taï-chi. Cet art martial chinois séculaire est censé procurer un sentiment d'apaisement à ses adeptes. Mais il suffit parfois de pas grand-chose l'arrivée d'un journaliste, par exemple pour rompre cette belle sérénité.

Surtout à Saguenay, par les temps qui courent, si les questions portent sur le maire Jean Tremblay.

«Avant, je voyais plus ses réalisations que ses bêtises. Mais là, on ne peut plus passer à côté! Il s'est enflé la tête, lance Nicole. J'ai voté souvent pour lui, mais je ne le referai plus. C'est une gaffe après l'autre. C'est trop bête, ce qu'il dit. Il est trop catégorique.»

Au bout de la table, Francine s'anime. «Le monde nous appelle de l'extérieur de la région et nous dit ''il en a encore fait une belle, ton Ti-Jean!'' On l'entend parler à la télé, on est quasiment gênés de rester à Saguenay!»

Gênés de leur maire, les gens de Saguenay? Quand on lui pose la question, dans son bureau de l'hôtel de ville, Jean Tremblay reste, pour la seule fois de l'entrevue, bouche bée. «Là, vous me surprenez, finit-il par dire, après un long silence. Les opposants vont se dire gênés. Mais les gens? Non, honnêtement, je n'entends pas ça.»

Il se passe pourtant quelque chose au royaume de Jean Tremblay. Le mois dernier, un sondage réalisé pour le compte de KYK-Radio X le donnait perdant dans une lutte hypothétique contre le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, 52,7% contre 47,3%.

Une tournée avec le maire

Le maire ne cache pas qu'il prend ce coup de sonde au sérieux. «Je sais que j'ai des choses à corriger», dit-il, tout en soulignant que 52% des Saguenéens croient encore qu'il est «l'homme de la situation». «Le gouvernement est très bon et il est à 27% seulement, note-t-il. Mon résultat étonne parce que j'ai eu 80% pendant des années. C'est peut-être ça qui n'était pas normal.»

Pour autant, l'idée que ses concitoyens puissent en avoir soupé de ses facéties le trouble visiblement. Une heure après notre entrevue, il rappelle La Presse. «Monsieur Bégin (le journaliste de La Presse)? Vous avez dit une chose, tantôt, dans l'entrevue. Vous avez dit que le monde était gêné de moi. Ça ne marche pas. On va aller se promener ensemble au centre d'achats ou au restaurant. Vous allez voir que ce n'est pas le cas!»

C'est ainsi qu'on s'est lancé dans la mission un peu surréaliste de déterminer si Jean Tremblay «gêne» vraiment les électeurs de Saguenay. Nous sommes arrivés tard pour le lunch et il n'y avait plus personne Chez Georges, une institution de la rue Racine. Mais dans le sous-sol de l'église Sainte-Anne, à deux coins de rue de l'hôtel de ville, les joueurs du club de bridge étaient visiblement heureux de voir débarquer leur maire.

«On voit qu'il est orgueilleux, mais ce n'est pas toujours un défaut», a dit Monique Dumont, à la première table où le maire et le représentant de La Presse se sont arrêtés. Plusieurs ont aussi vanté ses réalisations, comme le quai pour les bateaux de croisière à La Baie. Un monsieur a regretté que le maire ait renoncé à faire le saut en politique fédérale. D'autres ont signifié leur appui à sa croisade pour maintenir la prière avant les séances du conseil municipal.

Mais en dépit de la chaleur de leur accueil, les retraités à qui nous avons parlé n'ont pas hésité à souligner au maire qu'ils «n'étaient pas toujours d'accord avec [ses] frasques», qu'ils le trouvent «parfois raide un petit peu» et «peut-être un peu arrogant».

Difficile d'échapper à l'impression qu'ils avaient mis leurs gants blancs. D'ailleurs, deux heures plus tôt, La Presse s'était arrêtée une première fois dans ce même centre communautaire. Et le discours, en l'absence du premier magistrat de la ville, était autrement plus critique.

Qu'à cela ne tienne, en ressortant du centre communautaire, Jean Tremblay avait retrouvé sa contenance. «Je prends même ça comme bénéfique. Si on demande les défauts d'un maire qui est là depuis 20 ans, c'est normal [que les gens critiquent]. Ça ne veut pas dire qu'on n'est pas bon. Ceux qui hésitent, c'est juste à cause de mes déclarations. Personne ne parle des relations des citoyens avec la Ville, du budget, des taxes. Pour moi, c'est plaisant. Si je veux gagner les prochaines élections, j'ai juste ça à travailler!»

Les déclarations controversées de Jean Tremblay ont régulièrement fait les manchettes. Bons coups ? Mauvais coups ? Le maire rend son verdict sur ses propres paroles, avec un seul critère pour juger de leur pertinence : " Mes déclarations percutantes doivent faire avancer ma ville, pas simplement par fantaisie ".

Les journalistes, ces cruches

Juin 2014

Dans une conférence prononcée dans le sous-sol de la cathédrale de Salaberry-de-Valleyfield, le maire Tremblay critique les journalistes qui traitent de religion. " Des cruches. Ils ne savent rien. Tu essaies de discuter avec ça, avec les animateurs de la radio et de la télévision, ils en font un combat. »

Verdict : " Ça ne donne pas grand-chose, même si ce n'était pas faux. D'un autre côté, on reproche aux politiciens d'avoir la langue de bois. Moi, je ne suis pas capable. Il faut donner au politicien une marge de manoeuvre raisonnable. »

Aide-moi et le ciel t'aidera

Juillet 2014

Le député péquiste Sylvain Gaudreault chute à vélo dans un rang de Jonquière et se fracture une hanche. Au conseil municipal, le maire a ce commentaire assassin : " Si on avait eu de l'argent pour réparer les rangs, comme on le lui a demandé [à l'époque où M. Gaudreault était ministre des Transports], ça lui aurait peut-être donné une chance. »

Verdict : " C'est un drôle de hasard : il tombe dans un rang qu'on lui a demandé de réparer. Mais ça n'a rien donné. Ça n'a pas fait avancer la ville. C'est le genre de déclaration à éviter. »

Haro sur Greenpeace... et les intellectuels

10 mars 2015

Sur Ville en action, Jean Tremblay lance un appel aux travailleurs de la région pour qu'ils se mobilisent contre " Greenpeace et les intellectuels de ce monde ".

Verdict : " Je le referais. Ça a fait avancer les choses, notamment en facilitant la relance de l'Alliance forêt boréale [un organisme créé par la conférence des préfets du SaguenayLac-Saint-Jean pour défendre la foresterie durable et les emplois qui en découlent]. Je veux faire des interventions porteuses. Celle sur Greenpeace a levé plus que je pensais. Mais je suis content. »

«Zéro comme ministre »

11 mars 2015

Après que Sylvain Gaudreault eut qualifié de " niaiseries " la sortie de Jean Tremblay sur Greenpeace, la réplique du maire à l'endroit de l'ancien ministre des Transports et des Affaires municipales ne se fait pas attendre. " Comme ministre, il n'a rien fait. Comme député de l'opposition, il est parfait ", lance-t-il à la radio.

Verdict : " Ça, ça ne donne rien. »

«Travailler comme des nègres »

13 mars 2015

En entrevue radiophonique, le maire Tremblay explique ce qui a motivé sa sortie contre Greenpeace. " Y'a des gens qui sont dans la misère. Y'a des gens qui travaillent comme des nègres ", lance-t-il, se reprenant tout de suite. " Excusez l'expression, ce n'est pas bien dit. Parce qu'un Noir, ça travaille fort, on le sait. Ils ont pas des gros salaires, pis ils travaillent fort ces gens-là. C'est dans ce sens-là que je veux le dire. Pis ces gens-là, ça me fait pitié. »

Verdict : " Si j'avais su que ça ferait le tour du Québec, je ne l'aurais pas dit. »

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