Les visages de l'amour au Quotidien

Une Saint-Valentin toute en nuances

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Amours imaginaires
Je suis une grande amoureuse.
Depuis aussi loin que je me souvienne, mon coeur s'est toujours emballé pour quelqu'un. En ce 14 février, je pourrais vous parler de mon cher copain durant des heures.

Vous dire à quel point il est beau, charmant, adorable, drôle, sexy, et j'en passe. Parce que c'est vrai. Mais vous dire que mon copain est le meilleur des Valentins, ce ne serait pas très original. Et, en parlant d'amour, j'ai plutôt le goût d'y aller dans l'humour. Parce que l'amour peut parfois être ridiculement drôle.

Si j'ai fréquenté quelques jeunes hommes avant de tomber sur celui qui fait battre mon coeur depuis plusieurs années, j'ai aussi eu des dizaines de petits béguins secrets. Des petits, des grands, des roux, des bruns, des vieux, des jeunes, des bons et des mauvais garçons.

Mon premier remonte à ma tendre enfance. C'était mon camarade de classe de maternelle. Au grand dam de ma professeure, mon petit copain de cinq ans et moi avions la fâcheuse habitude de nous bécoter dans le rang.

L'amour faisait déjà des ravages.

Comme avec mon moniteur de terrain de jeux quelques années plus tard. Je vous rassure immédiatement, le moniteur en question n'a jamais été informé de mon amour pour lui. Une chance, j'avais 12 ans. Malgré mon jeune âge, le sentiment amoureux n'avait déjà plus de secret pour moi. Tellement que j'ai passé la dernière nuit de mon séjour à pleurer. Nous avions passé quelques jours au Cap Jaseux et mes copines avaient dû me consoler, cachées derrière les tentes, histoire de ne pas éveiller les soupçons.

Une fois le camp de vacances terminé, j'ai passé des jours entiers à écouter en boucle la chanson favorite de mon moniteur, en dépression dans ma chambre. Et, après une semaine terrible de peine d'amour, l'adolescente que j'étais est passée à autre chose. Comme à toutes les fois.

Comme bien d'autres jeunes étudiantes, j'ai aussi eu le béguin pour mes professeurs d'histoire et de biologie. J'ai été éperdument amoureuse d'un camarade de classe du secondaire, qui a finalement avoué son homosexualité des années plus tard.

Et, pendant que toutes mes copines avaient un faible pour l'un ou l'autre des joueurs des Saguenéens, moi, c'était plutôt l'assistant-coach de l'époque qui me donnait le goût de suivre le hockey. Je souris lorsque je pense à tous ces béguins gardés secrets. Parce que mon moniteur de camp de vacances n'avait absolument rien de Léonardo Dicaprio. Parce que l'assistant-coach était nettement moins populaire que ses joueurs. Et parce que mes professeurs d'histoire et de biologie étaient légèrement trop ridés pour moi. Mais l'amour a ses raisons que la raison ignore. Et c'est probablement ce qu'il y a de plus magnifique.

Laura Lévesque

La plus grande fraude de l'histoire

L'escroquerie amoureuse sur le net fait plusieurs victimes. Ces hommes ou ces femmes, qui tombent amoureux d'une personne rencontrée en ligne, acceptent d'envoyer de l'argent, et ce, sans même les avoir préalablement rencontrés.

Mais l'amour ne repose-t-il pas presque toujours sur une arnaque? Du moins, dans les débuts.

On sort tous un peu le grand jeu pour attraper le poisson. On se montre sous notre meilleur jour, allant parfois jusqu'à falsifier certaines informations ou à changer nos comportements. Disons qu'on n'est pas à 100% naturel.

On va aller plus souvent chez la coiffeuse, on va passer notre tour sur le pain à l'ail, on garde son mascara en se couchant, on s'habille convenablement pour aller écouter un film chez lui ou elle. Avouez que vous n'iriez pas chez un potentiel amoureux accoutré de vos pantalons de jogging préférés et d'un vieux chandail en polar. Pas très séduisant, n'est-ce pas?

Une femme va se décrire sportive, alors qu'elle fait deux marches par semaine. Un homme va se vanter d'être un cordon-bleu, alors que pour lui, un ceviche, c'est une espèce de poisson. Ou une personne se présente comme un grand mélomane, mais confond Julio Iglesias avec Placido Domingo!

C'est aussi dans ces débuts amoureux que les hommes mettent le paquet. C'est là qu'ils atteignent les plus hautes sphères du romantisme. Là et aussi lorsque la femme décide de le plaquer. Ils tentent alors le tout pour le tout pour éviter une rupture. Sinon, côté romantisme, c'est assez tranquille. «Pourvu qu'il y ait du souper sur la table, il est bien heureux», m'a confié, un peu avec humour, une amie qui s'est mariée il y a quelques années. Elle rêve de sorties spontanées, de passion. Mais son conjoint, comme bien d'autres, aime naviguer sur un long fleuve tranquille.

Et si les hommes se montrent romantiques à l'aube d'une relation, les femmes, celles de ma génération en tout cas, semblent moins l'être. Elles se laissent moins aller, elles se posent plus de questions, jugeant tous les gestes du dit prospect. «Il est trop gentil, trop romantique.» «J'ai l'impression qu'il va me tomber sur les nerfs.» Ce sont des phrases qu'on entend souvent de la bouche de jeunes femmes lorsqu'elles entament une relation. Je vous l'accorde, on est compliquée là dessus. Mais lorsque l'homme réussit sa capture, là, le romantisme féminin débute. Mauvais «timing». L'homme ne se contente plus de vivre que d'amour et d'eau fraîche. Il laisse graduellement tomber les gestes romantiques.

Les matins où il allait déneiger votre voiture pendant que vous restiez au lit se font de plus en plus rares. Plutôt que de vous aider avec la vaisselle, il se rue sur le divan pour écouter RDS. Votre blonde devient de moins en moins affectueuse. Elle boude, elle se montre distante. Elle se choque pour un rien et vous traite de chum plate...

Mais dans de rares cas, le grand jeu se poursuit plus longtemps, gardant en vie ces précieux petits papillons. Et heureusement pour moi, la «fraude» dure encore.

Roger Blackburn

 T'es aussi bien...

Dire je t'aime, c'est gentil, on se le dit chaque jour, surtout ma blonde.Quand elle dit: «Est-ce que tu sais que je t'aime?» Je réponds: «T'es aussi bien...» Ce n'est pas très romantique, je le sais, mais c'est dans ma nature d'être baveux. Parfois, je réponds «moi plusss», mais là ma douce rétorque, «non c'est moi plusss» et là on s'obstine et on joue à qui aime le plus fort; je gagne souvent.

J'aime bien répondre «t'es aussi bien...» à cause du sous-entendu et du non-dit. Cette réponse se termine ainsi dans ma tête: t'es aussi bien... de m'aimer parce que j'ai tant d'amour pour toi que ce serait de la gaspille si tu ne m'aimais pas tant. Je t'aime sans borne et tout ce que j'ai d'amour en moi, la moindre parcelle, la plus petite particule c'est à toi qu'elle est destinée, c'est pour toi que ça existe. Tout cet amour que j'ai en moi, d'ailleurs, est alimenté par l'amour que tu me témoignes; comme le vent fait tourner les feuilles, comme le soleil et l'eau font pousser les plantes. T'es aussi bien de m'aimer, car si tu cessais, je fanerais, je deviendrais du Roger Blackburn en poudre. C'est tout l'amour que tu as pour moi qui me rend si amoureux.

C'est ça que ça veut dire quand je réponds «t'es aussi bien», mais je ne peux pas expliquer ça tous les jours à ma blonde, elle finirait par dire wo! mets-en pas trop, n'en jetez plus la cour est pleine.

Alors je préfère les non-dits. L'amour, c'est un sentiment qui se témoigne par des gestes, des attentions, de la considération, de l'écoute et en prenant soin de l'autre. Prendre soin, c'est rendre la vie de l'être aimé agréable. C'est s'assurer de son confort, c'est veiller à mettre de la joie dans son coeur, c'est deviner ce qui lui ferait du bien. Ça passe par des gentillesses quotidiennes. L'amour, c'est comme le bonheur d'Yvon Deschamps, ça ne fréquente pas les gens qui le négligent et qui ne lui portent pas attention. L'amour déteste qu'on ne lui accorde pas d'attention, l'amour aime la lumière, l'amour aime bien quand des choses sont faites en son nom. Pas besoin de dire à l'amour qu'on fait des choses pour lui, il le sait, il le sent, il l'apprécie, il est ému des gestes quotidiens.

L'amour sait aussi que c'est grâce à lui que les gens qui s'aiment traversent des moments difficiles avec plus de facilité, car il connaît les ingrédients de la tolérance, de la compréhension, de la résilience et même des compromis. L'amour fait partie de nous, il ne demande qu'à grandir au contact de l'autre, parce que c'est par l'autre que vit notre amour.

Quand ma blonde me demande, des fois: «Pourquoi tu m'aimes?» Je réponds simplement: «Parce que tu m'aimes.»

Une fois, elle m'a démontré à l'aide d'une matrice effort-bénéfice pourquoi elle m'aimait, mais ça, c'est une autre histoire.

Le seul moment où l'amour me tombe sur les nerfs, finalement, c'est à la Saint-Valentin. On dirait que c'est comme de l'amour commercial, ça goûte moins bon.

Joël Martel

 De beaux grands yeux bleus

Quinze ans. Ça, c'est le nombre d'années que ça m'aura pris pour que ma blonde et moi, on finisse par sortir ensemble après notre toute première rencontre. Maintenant, je sais bien que ce n'est pas le genre de truc dont on se vante généralement, mais que voulez-vous, je suis un gars pas très vite. En amour notamment.

Ce qui est le plus ironique dans tout ça, c'est que si mes parents ne s'étaient pas séparés, je ne pourrais pas vous raconter cette histoire. J'aurais probablement continué à habiter dans le quartier Château d'eau et peut-être même que ma cousine aurait fini par me matcher avec son amie qui est aujourd'hui journaliste à Radio-Canada.

Alors voilà, à la suite de la séparation de mes parents, ma mère, ma soeur et moi sommes allés vivre dans l'appartement en haut de chez mes grands-parents et de mon oncle Yvon. C'était dans le quartier Naudville. Je me souviens très bien que dès ma première journée à l'école Saint-Sacrement, l'un des premiers trucs qui m'avaient allumé, c'étaient ses yeux.

Je la revois encore avec ses beaux grands yeux bleus et ses cheveux frisés. Elle débordait de vie et pour dire vrai, sa bonne humeur m'intimidait totalement. Il faut savoir aussi qu'elle avait un an de plus que moi, et quand on a sept ans, un an, c'est une éternité.

Comme j'étais nouveau dans le coin, la bande d'amis qui m'avait pris sous son aile m'avait dit de laisser tomber et qu'elle n'en aurait rien à cirer d'un type jeune comme moi. Et puis, il y aura eu le secondaire, le cégep et les années passées à Montréal.

Je me souviens d'ailleurs de l'avoir croisée à cette époque au défunt restaurant Chez Clo sur la rue Ontario. Et aussi une fois alors que j'étais descendu à Alma deux jours. C'était par une soirée froide d'hiver. Elle était sortie du bar Chez Elliot et en me voyant, elle avait crié à l'amie avec qui elle était: «Hey c'est Relax!» en me pointant du doigt.

Lorsque nous étions au primaire, l'école avait fait une campagne afin de promouvoir la relaxation. Il y avait donc eu un concours de dessin afin de décider de quoi aurait l'air la mascotte «Relax». Et puis, à la suite de ce concours, on m'a fait monter dans le bureau de la directrice et on m'a offert d'incarner cette mascotte.

Lorsque je suis revenu vivre à Alma, j'ai retrouvé plein de mes copains qui étaient aussi revenus vivre dans le coin. Et puis un soir, alors que nous venions de constater qu'il y avait un an à peine, nous étions tous en couple et que désormais, nous étions tous de pauvres célibataires, j'avais adressé à mes copains le meilleur discours de motivation au monde comme quoi nous devions savourer ce moment plutôt que de s'apitoyer.

Quelques heures plus tard, j'allais prendre un verre au bar Chez Elliot et c'était elle qui était derrière le comptoir. C'était quinze ans après notre première rencontre. Et déjà douze ans nous séparent de cette soirée où mon existence est soudainement devenue meilleure.

Et vous voulez savoir le plus beau dans tout ça? Notre enfant a eu ses beaux grands yeux à elle.

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