Paolo Almario se bat pour la liberté de son père

Le combat d'un fils

Paolo Almario se bat pour la liberté de... ((Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque))

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Paolo Almario se bat pour la liberté de son père, emprisonné en Colombie. Après avoir mené plusieurs recherches, le jeune homme est convaincu que son père est un coupable fabriqué.

(Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Patricia Rainville
Le Quotidien

(Chicoutimi) Paolo Almario se bat pour la liberté de son père, Luis Fernando Almario Rojas, emprisonné en Colombie depuis 32 mois. Alors que le procès s'amorce, Paolo s'active à prouver que son père est un coupable fabriqué, une victime innocente de la corruption.

Paolo Almario a quitté la Colombie en 2011, afin d'étudier en arts à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Il y est aujourd'hui chargé de cours et mène un combat acharné pour son père depuis près de trois ans.

À la faveur d'une entrevue accordée au Quotidien, Paolo a accepté de raconter son histoire et celle de sa famille.

Tout a commencé en 2001, lors d'un attentat perpétré contre la famille de Paolo, à sa résidence de Florencia, en Colombie. Son père, Luis Fernando, était alors un élu à la Chambre du congrès pour le département du Caquetá.

«Le fait que mon père ait été élu par le peuple pour ce poste politique a généré des situations de danger, de persécution, de menaces, de calomnie et de tentatives d'assassinat dirigées non seulement contre lui, mais aussi contre ma mère, ma soeur, mon frère et moi. Ces actions provenaient principalement des Forces Armées Révolutionnaires de la Colombie (FARC), mais aussi d'autres groupes paramilitaires, narcotrafiquants et des ennemies politiques», explique Paolo Almario.

«J'avais 13 ans lors de l'attentat de 2001. Des membres des FARC ont voulu tuer mon père en attaquant notre maison en pleine nuit. Ils étaient une cinquantaine d'hommes et deux personnes ont été tuées. Seuls mon père et ma tante se trouvaient à la maison, mais ils ont survécu», raconte Paolo, affirmant que les menaces étaient monnaie courante pour la famille. Un passant et un policier ont péri au cours de l'assaut.

«Dans la région, il y avait deux hommes au pouvoir. L'un d'eux a été tué, mais mon père n'a pas été assassiné comme il était prévu. Après l'attentat, nous avons été sous protection 24 heures sur 24 de l'armée et du gouvernement», confie le Colombien, maintenant saguenéen d'adoption.

Le cauchemar commence

Quelques années s'écoulent avant que la situation ne tourne au cauchemar.

«Mon père étant surprotégé, les FARC ne sont pas parvenus à l'éliminer. Il fallait donc trouver d'autres moyens pour le faire disparaître», explique le jeune homme. C'est en 2008 que les premières accusations tombent sur Luis Fernando Almario Rojas. Il est alors accusé d'être impliqué dans l'assassinat de la famille Turbay [l'autre homme politique élu en même temps qu'Almario]. Des membres des FARC ont fait des déclarations incriminantes à ce sujet.

Finalement, après avoir prouvé que ces accusations comportaient plusieurs irrégularités et que ses droits n'avaient pas été respectés, Luis Fernando est libéré et le procès est annulé. Toutefois, les charges sont retenues contre lui et il est arrêté de nouveau le 5 juillet 2012. Depuis ce temps, le quinquagénaire est en détention préventivement, en attente de son procès, qui débutera près de trois ans plus tard. En effet, les procédures judiciaires se sont amorcées il y a deux jours, en Colombie.

Enquête

C'est en 2012 que Paolo décide de mener sa propre enquête, histoire d'en savoir un peu plus sur les accusations auxquelles fait face son père.

«J'étais déjà à Chicoutimi lorsque mon père m'a appelé pour me dire qu'il était arrêté de nouveau. J'ai voulu fouiller et faire mes propres recherches pour savoir si mon père avait bel et bien quelque chose à se reprocher. Je voulais savoir s'il avait des liens avec les groupes révolutionnaires. J'ai rencontré des témoins, j'ai fait mes recherches directement en Colombie. Tout ce que j'ai trouvé, ce sont des irrégularités et des faux témoignages contre mon père. Pour vous donner un exemple, un témoin dans le procès de mon père a déjà été reconnu coupable de faux témoignages. Toutes les archives concernant l'attentat contre notre famille ont été détruites, il n'y a rien là-dessus en Colombie. Mais j'ai rencontré une journaliste qui avait couvert l'attaque contre ma famille. Les FARC ont voulu rayer la famille de l'histoire. Je n'ai aucun doute là-dessus, les accusations ont été fabriquées de toutes pièces», confie Paolo Almario.

Le résultat de son enquête est d'ailleurs le sujet de son mémoire de maîtrise à l'UQAC.

Aider de loin

Évidemment, le jeune homme vit difficilement la situation. «C'est difficile, parce que je suis loin. Mais, en même temps, je pense pouvoir aider encore plus en étant ici, car j'ai une liberté que je n'aurais pas en Colombie. Je m'ennuie de ma famille, c'est certain, mais je ne pense pas que je serais en sécurité là-bas, avec les recherches que j'ai menées», raconte Paolo.

Sa mère, sa soeur et son frère se déplacent d'ailleurs en voiture blindée et demeurent dans des résidences surveillées. Le tout à leurs propres frais, puisque le gouvernement a suspendu la protection après que Luis Fernando ait été accusé.

De son côté, Paolo Almario attend toujours une réponse à sa demande d'asile.

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