Mission en santé mentale au Bénin

Impossible d'oublier le bruit des chaînes

Jessika Larouche et Chantal Tremblay reviennent d'un voyage... ((Photo Rocket Lavoie))

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Jessika Larouche et Chantal Tremblay reviennent d'un voyage humanitaire au Bénin.

(Photo Rocket Lavoie)

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Laura Lévesque
Le Quotidien

(Chicoutimi) Le bruit des chaînes ne sera plus jamais le même pour Chantal Tremblay et Jessika Larouche. Les deux professionnelles de la santé de Jonquière reviennent tout juste d'un voyage humanitaire au Bénin, auprès de personnes souffrant de troubles mentaux. Un pays africain où l'enchaînement, des années durant, fait encore partie des moeurs.

«Les gens pensent que les personnes atteintes d'un trouble mental sont possédées du démon. C'est pour ça que les familles enchaînent leurs proches ou les attachent à un arbre. On a vu des gens arriver au centre avec des membres atrophiés par les cordes ou les chaînes. Et le son que font les chaînes au sol, ça ne s'oublie pas», raconte Chantal Tremblay, travailleuse sociale en santé mentale pour le Centre de la santé et des services sociaux de Jonquière. Elle a passé près d'un mois au Bénin à titre de coopérante pour Les Amis de la Sainte-Camille, une organisation caritative africaine de services pour les personnes atteintes de maladies mentales.

Infirmière en santé mentale, Jessika Larouche a également été renversée par les superstitions entourant les troubles mentaux.

«Cette croyance de démon, de sorcellerie, est très ancrée dans la culture. Même que les psychiatres au pays croient que si un traitement ne fonctionne pas, c'est parce que c'est l'oeuvre de Dieu. On a vu des horreurs. Une femme est arrivée au centre avec l'oeil crevé, car le sorcier voulait faire sortir le démon. Une autre fois, on a dû faire venir un soudeur, car la famille n'avait plus la clé du cadenas qui reliait les chaînes», raconte Jessika Larouche, qui a également pris des vacances personnelles pour effectuer ce voyage en pleine période des Fêtes.

En entrevue, les deux femmes utilisent le terme «malades» pour désigner les patients. Une habitude prise en Afrique, où ce qualificatif est le bienvenu dans leur contexte sociétal.

«Ici, on n'utilise pas ce terme. Mais c'est important là bas qu'on parle de quelqu'un de malade, même si c'est de la santé mentale. Pour montrer que ça n'a rien à avoir avec un mauvais sort ou la sorcellerie. Il faut montrer qu'il existe un traitement et qu'un bien-être est possible», explique Mme Tremblay.

Problèmes identiques

Les problèmes de santé demeurent les mêmes d'un continent à l'autre, ont constaté les deux professionnelles de la santé. Les degrés de gravité et les diagnostics sont toutefois bien différents.

«Il n'y a pas la panoplie de diagnostique comme on peut avoir ici. Ça se limite à la dépression, schizophrénie, trouble bipolaire, trouble psychotique. Et ce qu'on voit, ce sont des cas extrêmes», raconte Jessika Larouche.

«On avait quand même l'habitude de voir des gens psychotiques ou désorganisés. Mais jamais à un tel niveau. Les gens essayent trop de choses avant d'arriver au centre, dont le jeûne, le sorcier, la prière, ce qui retarde le traitement», ajoute Chantal Tremblay.

Cette détresse marque, mais l'entraide et la résilience des Africains ont davantage saisi les deux femmes.

Solidarité

«On a vu des gestes de solidarité extrême. Les ''un peu mieux'' s'occupaient de ceux qui vont moins bien, et ce, sans qu'on leur demande, sans système de jumelage. Et les soignants sont tous des anciens malades. Ils sont formés, et ça marche», décrit Mme Tremblay.

Les deux femmes l'admettent sans hésiter. L'aventure qui s'est terminée le 1er janvier 2015 a modifié leur façon de voir leur travail, ici au Québec.

«La place de la famille est très importante là bas. Ici, la loi m'oblige à demander la permission pour impliquer des proches. Mais je vais être plus sensible à comment je peux amener la personne à vouloir davantage l'implication de sa famille» confie Mme Tremblay.

«Ce qui m'a le plus surprise, c'est l'entraide. Ici, je ne sais pas si c'est réaliste de penser qu'on peut voir la même solidarité entre les gens atteints d'un trouble mental. Mais il y a peut-être certains malades qui pourraient jouer un rôle auprès d'autres. Oui, on a les connaissances théoriques, mais on n'a pas l'expérience de la maladie», rappelle Mme Larouche.

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