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Les lock-outés, qui passent un deuxième hiver dehors... ((Photo Rocket Lavoie))

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Les lock-outés, qui passent un deuxième hiver dehors par des températures glaciales, ont réussi à améliorer leur sort en se construisant des abris devant chaque concessionnaire.

(Photo Rocket Lavoie)

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Hélène Baril
Hélène Baril
Le Quotidien

«Les ventes? Elles ont augmenté ", affirme Dany Martin, le patron de Léo Automobile Honda, un autre concessionnaire du Saguenay. La région, dont la principale ville compte de 146 000 habitants, a 28 concessionnaires, dont 26 sont syndiqués avec la CSD et 25 sont en lock-out depuis mars 2013. Les propriétaires des garages n'ont pas voulu s'exprimer publiquement depuis le début du conflit. Ils ont confié la négociation à leur association, la Corporation des concessionnaires d'automobiles du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et à ses avocats. Leur porte-parole est une conseillère en relations du travail, Annie Coulombe.

Prudent, parce qu'il ne veut pas jeter d'huile sur le feu, Dany Martin nous dit que, avec le temps, son garage fonctionne de mieux en mieux grâce au travail des vendeurs, qui ne sont pas syndiqués, et des cadres. Les concessionnaires ont aussi recours à des garages indépendants pour certains travaux de mécanique.

«Surtout, on fait ce qu'on veut chez nous, commente-t-il. Après tout, c'est notre entreprise. »

Les concessionnaires se défendent bien de vouloir " casser le syndicat ". Mais ils ont l'intention de reprendre les rênes de leur commerce. Syndiqués depuis 30 ans, les employés des concessionnaires se sont donné de bonnes conditions de travail, détaillées dans un contrat de 165 pages.

Cette façon de fonctionner ne correspond plus à la réalité d'aujourd'hui, explique Carole Bergeron, la patronne de Rocoto Toyota. " On ne veut pas baisser les salaires, on voudrait une semaine de travail de 40 heures en 5 jours plutôt que de 36 heures en 4 jours. Les employés feraient plus d'argent, pas moins. »

Ce que les concessionnaires veulent, c'est de la flexibilité, répète leur porte-parole officielle, Annie Coulombe. " Si le conflit dure depuis aussi longtemps, c'est qu'il y a un refus de reconnaître les problèmes actuels. »

Le marché de l'automobile a changé, souligne la porte-parole. Fini le temps où les clients restaient fidèles aux concessionnaires pour l'entretien de leur voiture, une fois la garantie échue. Leurs tarifs horaires, qui ont dépassé les 100 $, ne sont plus concurrentiels. " Il s'est ouvert 30 portes [de garages indépendants, dont les tarifs sont moins élevés] dans les dernières années ", affirme Annie Coulombe.

Beaucoup de concessionnaires du Saguenay sont des entreprises familiales de la deuxième ou troisième génération. Ces nouveaux gestionnaires, qui pensent expansion et multibannières, " veulent se recentrer sur leur activité principale, la vente de voitures ", explique leur porte-parole.

Les deux parties ne se sont rencontrées qu'une seule fois depuis le début du conflit. Cette brève rencontre a été suivie d'un vote pour la grève, à 99,1 %, et du lock-out. Une tentative de médiation a échoué, et l'on a tenté sans succès d'en amorcer une autre cette semaine.

Une assemblée générale des syndiqués, la première depuis le vote de grève de février 2013, est prévue le 28 janvier.

Les lock-outés, qui passent un deuxième hiver dehors par des températures glaciales, ont réussi à améliorer leur sort en se construisant des abris devant chaque concessionnaire. Plusieurs de ces cabanes faites de matériaux récupérés ont tout ce qu'il faut, ou presque, pour tenir un long siège avec du chauffage, des tables et des chaises. Il y a des calendriers de filles en maillot de bain au mur, comme dans tous les garages, et des rideaux de dentelle aux fenêtres, quand il y a des femmes dans les rangs. Un feu de camp brûle dehors pour mettre de l'ambiance.

Ces constructions biscornues font rager les employeurs, qui ont tout essayé pour les faire disparaître. Mais le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a intercédé en faveur des travailleurs mis dehors. «J'ai dit, ce sont des humains, ce n'est pas vrai qu'ils vont passer l'hiver au froid.»

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