Visite à la prison du travailleur de rue

Succès menacé par le déménagement

Le coordonnateur du Service de travail de rue... ((Photo Jeannot Lévesque))

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Le coordonnateur du Service de travail de rue de Chicoutimi, Michel St-Gelais, souhaite que François Paré puisse se déplacer une fois par semaine à la prison de Roberval.

(Photo Jeannot Lévesque)

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(Chicoutimi) François Paré prépare les «sorties de détention», trouve de l'hébergement, va même au bureau d'aide sociale ou chez les agents de probation avec les détenus qui recouvrent leur liberté. La fermeture de la prison de Chicoutimi vient toutefois menacer très sérieusement tout le travail réalisé en amont par le travailleur de rue.

Le coordonnateur du Service de travail de rue de Chicoutimi, Michel St-Gelais, enverra une lettre au ministère de la Sécurité publique et au premier ministre du Québec, Philippe Couillard, dans les prochaines semaines. Le coordonnateur demandera une subvention pour permettre à François Paré de se déplacer à la prison de Roberval au moins une fois par semaine.

«Nous sommes le seul service de travail de rue qui a réussi à ''rentrer'' dans la prison. Quand on présente ce projet au provincial, tout le monde trouve incroyable ce que François parvient à faire», explique Michel St-Gelais.

François Paré a créé un lien de confiance, tant avec les agents correctionnels qu'avec les détenus. Seuls les prêtres et des bénévoles des Alcooliques Anonymes ont généralement accès aux centres de détention.

Le service est en place depuis deux ans. «On le fait à même nos budgets, explique M. St-Gelais. On ne reçoit aucune aide financière spéciale pour cela. On rencontrait souvent des gens (qui sortaient de la prison), puis à force de le faire, c'est devenu plus formel. François y va deux ou trois fois par semaine. Avec le déménagement, c'est un service qui est menacé.»

Le lien de confiance, M. Paré y travaille longuement. «Je ne suis pas de la police, pas du CLSC, pas de la prison. Il arrive que des détenus aient été pris en charge par la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse) toute leur enfance, puis qu'ils soient rentrés en détention. Toute leur vie, ils ont vu du monde en uniforme. Je suis parfois le premier lien de confiance qu'ils tissent. Les gars me demandent, et les agents me réfèrent des gens. Le lien est donc super bon.»

Pas revenir en arrière

Messieurs Paré et St-Gelais sont réalistes: la prison est et restera à Roberval. Ils croient toutefois que le service qu'ils donnent est primordial et qu'il doit être maintenu. «Les gars sortent de détention, ils n'ont pas d'hébergement, pas d'argent et pas de réseau. Moi, avec eux, je travaille avant leur sortie. On regarde les possibilités. On prépare cela à l'avance, pour ne pas qu'ils soient démunis. Et quand ils sortent, je suis là. Je suis souvent la seule personne. Qu'ils sortent le dimanche ou le vendredi, peu importe, s'ils veulent que j'y sois, j'y suis.»

Le Service de travail de rue de Chicoutimi retrouve souvent cette même clientèle qui a fréquenté l'établissement carcéral. «À Chicoutimi, on pédale en tabarnouche pour trouver des solutions pour les gars, constate François Paré. À Roberval, il n'y a aucun lit de crise. Il y a un manque de ressources. C'est dommage parce notre projet en milieu carcéral allait tellement bien.»

Le Service souhaiterait pouvoir assurer le suivi avec les détenus de son secteur. Puisque, de toute façon, ils reviendront au Saguenay une fois leur peine écoulée, les détenus devant être remis en liberté dans leur district judiciaire. «Acquérir la confiance des détenus et des agents n'est pas facile et ne se fait pas rapidement. François l'a gagnée. Ils le voient comme un outil. Réintégrer le milieu à Roberval serait facile pour lui parce que les mêmes agents seront déménagés.»

Philippe Couillard recevra une lettre, ainsi qu'un document expliquant l'utilité du service offert, dans les prochaines semaines. «On ne veut surtout pas qu'il y ait une rupture de service, donc dès la semaine prochaine on va monter notre dossier pour s'assurer que François puisse continuer de travailler auprès des détenus.»

En décembre dernier, le gouvernement libéral a annoncé sa décision de ne pas construire de bloc cellulaire au Saguenay, une décision décriée par les criminalistes, qui expliquent leur mécontentement par le fait que la majorité des détenus sont originaires de ce district.

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