Gérard Bouchard craint un dérapage

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Gérard Bouchard

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(CHICOUTIMI) L'historien et sociologue Gérard Bouchard craint que l'attentat du Charlie Hebdo alimente des peurs irraisonnées envers la communauté musulmane et fasse déraper le prochain débat sur la charte des valeurs.

L'effet à long terme sur les perceptions de la population est la principale crainte du chercheur. Il redoute que toute la réflexion sur la diversité religieuse en soit contaminée.

En entrevue avec Le Quotidien, M. Bouchard indique qu'il est compréhensible qu'un tel événement alimente les peurs. «Ces attentats sont tellement dégoûtants, atterrants, c'est tout à fait normal», précise-t-il.

«Et le danger, c'est que ça aille trop loin, ajoute-t-il. C'est que les peurs deviennent démesurées et que ça conduise à généraliser des phénomènes qui finalement ne concernent qu'une minorité, parfois même une infime minorité.»

La généralisation est à craindre. «C'est dangereux qu'il y ait un stéréotype qui affecte l'ensemble de la communauté musulmane, qui se trouve de cette manière ostracisée, et d'une façon qui est sans fondements», souligne celui qui a été coprésident de la commission Bouchard-Taylor.

Ces stéréotypes enclenchent alors un «cycle de l'escalade» qui crée un clivage et une source de tension qui conduisent à des formes d'exclusions et de violation des droits.

Une fois ces étapes franchies, il est difficile de faire marche arrière. «C'est extrêmement difficile, extrêmement long à réparer. C'est ça le phénomène qu'il faut craindre», prévient-il.

Si ce dérapage survient, le prochain débat sur la Charte de la laïcité - le gouvernement Couillard prévoyant présenter sa propre mouture du projet de loi - pourrait être orienté vers des formes radicales de fermeture et d'exclusion, craint M. Bouchard. «Ça serait une erreur», estime-t-il.

«Garder la tête froide»

Pour éviter une telle situation, les Québécois et ses dirigeants doivent «garder la tête froide».

Il est de la responsabilité des politiciens, des médias, des élites et de toutes les personnes en mesure d'influencer l'opinion publique de contrer ce genre de mauvaises perceptions et de stéréotypes, estime-t-il.

Gérard Bouchard juge que les différentes initiatives citoyennes, les vigiles, minutes de silence et les rassemblements solidaires organisés en réponse à l'attentat constituent l'une des façons garder la tête froide et de miser sur la modération ainsi que sur la sagesse collective.

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