Le projet de loi 20 du Dr Barrette pourrait avoir de nombreuses répercussions

Le programme de médecine menacé

Le directeur du Service d'enseignement de l'urgence de... ((Photo Jeannot Lévesque))

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Le directeur du Service d'enseignement de l'urgence de Chicoutimi, le Dr Sébastien Lefebvre, prévient que le projet de loi 20, qui veut forcer tous les médecins de familles à prendre un quota de patients, pourrait mettre en péril la survie du programme délocalisé de médecine de l'Université de Sherbrooke, offert en partenariat avec l'UQAC.

(Photo Jeannot Lévesque)

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Catherine Doré
Le Quotidien

(CHICOUTIMI) Le programme délocalisé de médecine de l'Université de Sherbrooke à Saguenay pourrait disparaître si le projet de loi 20 du ministre de la Santé, qui souhaite forcer les médecins de famille à respecter des quotas de patients, était promulgué. C'est l'une des nombreuses conséquences que pourrait avoir la réforme du ministre Gaétan Barrette, prévient le Dr Sébastien Lefeb-vre, directeur du Service d'enseignement de l'urgence de Chicoutimi.

Le projet de loi 20 vise à «favoriser un juste équilibre entre le suivi de patients en première ligne et la pratique dans les établissements du réseau», selon les documents du gouvernement. Pour ce faire, la carotte a laissé place au bâton: quotas de patients à rencontrer, nombre minimal de jours à travailler, pénalités si un patient du médecin se rend trop fréquemment à l'urgence. Dans une missive envoyée au député de Dubuc, Serge Simard, Sébastien Lefebvre dénonce cette loi (à lire en page 12).

«Ce n'est même pas une question de salaire, insiste-t-il. À la limite, je ne serais pas plus malheureux si c'était juste ça. C'est une question d'opinion: on dévalorise la profession de médecin de famille», déplore le Dr Lefebvre.

Selon lui, le projet de loi réduit le médecin de famille à une unique tâche: rencontrer des patients derrière un bureau. Pourtant, on retrouve les médecins de famille dans plusieurs départements, des urgences aux soins intensifs, en passant par les CHSLD et les soins à domicile, jusqu'à l'enseignement. Un médecin qui prend en charge moins de patients n'est donc pas nécessairement oisif.

«Les médecins vont devoir délaisser des tâches pour prendre des patients. Cela va faire en sorte que le programme de médecine de Chicoutimi sera menacé. Les médecins de famille occupent une grosse majorité des postes de direction, contrairement à ce qui se passe ailleurs, où ce sont davantage des spécialistes», explique-t-il.

«En demandant à chaque médecin de rencontrer 1000 patients avec un taux de 80% (de visites au cabinet, plutôt qu'à l'urgence), il deviendra difficile de recruter des professeurs. Dans notre situation, nous avons besoin de ce programme. Pour les retombées économiques que cela apporte, mais surtout pour le recrutement.»

Il cite le cas de nombreux spécialistes et médecins de famille venus s'installer dans la région après leurs études.

«Il y a un gastroentérologue qui va venir ici, parce qu'il a pu faire des stages à Chicoutimi», rappelle M. Lefebvre.

Étudiants

La loi 20 aura aussi des effets néfastes sur le choix de carrière des étudiants.

«En dénigrant les médecins de famille, il sera plus difficile de recruter de futurs résidents, qui vont pencher pour la spécialisation. Ça remet en question le choix de carrière de plusieurs.»

«Il y avait eu un effort pour porter les étudiants à 55% de médecine familiale et 45% de spécialistes. Comment on va réaliser ça?»

«Il ne faut pas oublier que l'on n'est pas un marché fermé, des médecins pourraient quitter la province. Et pour ce qui est des médecins plus âgés, qui étaient en semi-retraite, avec de telles mesures, on pourrait les perdre.»

«Est-ce qu'on augmente vraiment l'accessibilité aux soins ainsi?», questionne-t-il.

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