L'ensemble de l'industrie forestière doit s'inquiéter

Il est minuit moins une, affirme Richard Garneau

Le président de la papetière Résolu, Richard Garneau.... ((Courtoisie))

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Le président de la papetière Résolu, Richard Garneau.

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(Chicoutimi) Le président de la papetière Résolu, Richard Garneau, espère que la décision du géant Best Buy de se plier au « chantage » de Greenpeace va faire comprendre au gouvernement du Québec et aux élus des communautés nordiques qu'il est désormais minuit moins une minute pour l'industrie forestière qui s'approvisionne dans la grande forêt boréale commerciale.

Au cours d'une longue entrevue téléphonique accordée au Quotidien quelques heures après la décision de la chaîne de commerce au détail d'équipement électronique de se plier aux exigences de Greenpeace, Richard Garneau a été formel: « Ce n'est pas uniquement l'usine Kénogami qui est menacée par cette décision des Best Buy. C'est un signal très clair pour l'ensemble de l'industrie forestière qui est plus que menacée. »

La problématique rencontrée par Résolu concerne le refus de la communauté crie de Waswanipi d'autoriser les opérations forestières sur son territoire et la suspension par Québec de la mise en application du plan de rétablissement du caribou forestier 2013-2023. Richard Garneau a réitéré que ces deux éléments, qui ont mené à la suspension de la certification forestière FSC pour certains territoires de coupe, relèvent de la responsabilité du gouvernement du Québec qui doit consulter les communautés indiennes et qui a repris le contrôle de la certification des unités d'aménagement avec le nouveau régime forestier.

« C'est illégal d'intervenir entre un client et son fournisseur comme Greenpeace le fait, mais au Québec, il est devenu évident que tout est permis. Ça fait longtemps que la campagne est commencée et c'est le résultat. À partir de cette décision de Best Buy, Greenpeace va aller voir d'autres clients de Résolu pour leur montrer le résultat. Je le sais, je suis de retour d'Europe et les clients nous interpellent concernant cette campagne », reprend Richard Garneau, qui n'a visiblement pas beaucoup de solutions pour contrer cette démarche, si ce n'est qu'un éveil massif des communautés qui vivront les conséquences de cette opération avec les pertes d'emploi, l'aide sociale et l'appauvrissement de régions entières dans le Nord-du-Québec.

Le président de Résolu ne se fait pas d'illusion quant à l'objectif final de Greenpeace. Ce dernier rappelle que dans le cadre de son congrès tenu cet automne en Espagne, l'organisme de normalisation FSC a adopté la motion 65. Le contenu de cette résolution fait en sorte que l'organisme de normalisation intégrera dans ses critères d'émission des certificats la protection des paysages. Les opérations forestières devront préserver 80 % du paysage forestier.

« Les gens ne le savent pas, mais ça revient à dire qu'il deviendra impossible de réaliser des opérations forestières dans les unités d'aménagement de la forêt boréale. Ça sera fini pour l'industrie forestière. »

M. Garneau n'hésite pas à comparer la situation du Québec à celle de l'Oregon et du nord de la Californie. Dans ces deux États américains, l'industrie forestière a pratiquement disparu puisque les écologistes ont réussi à convaincre la population que la chouette tachetée était en train de disparaître. Des années plus tard, 9000 emplois ont disparu en même temps que la structure industrielle. Les recherches scientifiques démontrent toutefois que le déplacement de cet oiseau avait été provoqué par une autre espèce de chouettes plus agressive.

« Je ne veux pas lancer la pierre à M. Couillard, mais il a signé une lettre dans laquelle il s'engageait à protéger 50 % de la forêt à partir du 49e parallèle. Il a fait des précisions le lendemain, mais les écrits restent et les écologistes vont s'en servir pour continuer. »

Richard Garneau aurait visiblement apprécié que Québec prenne plus au sérieux la menace de la campagne de Greenpeace. Résolu a été la principale cible de Greenpeace, mais toute la grappe industrielle de la forêt va écoper si l'entreprise doit procéder à de nouvelles fermetures.

« Si nous fermons des machines à papier, nous diminuons les besoins en copeaux. Sans la vente des copeaux, les scieries ne survivent pas. C'est aussi simple que ça. C'est une situation à haut risque puisque nous avons toujours 6000 employés au Québec et des milliers de retraités. »

Le président de Résolu aimerait bien voir un politicien se lever et commencer à « picocher » pour faire en sorte d'aider l'industrie forestière québécoise. « On parle bien du maire Labeaume, mais à force de picocher, il est parvenu à faire sortir de l'argent pour aider une compagnie milliardaire à peinturer son pont », a conclu Richard Garneau.

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