Tuerie de la Polytechnique

Serge Gauthier au coeur du drame

Serge Gauthier, aujourd'hui maire de Saint-David-de-Falardeau, a vécu... ((Photo Rocket Lavoie))

Agrandir

Serge Gauthier, aujourd'hui maire de Saint-David-de-Falardeau, a vécu les événements de l'École polytechnique de l'intérieur. À l'époque, il avait raconté son histoire dans les pages du journal Le Progrès-Dimanche.

(Photo Rocket Lavoie)

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

(SAINT-DAVID-DE-FALARDEAU) Il y a 25 ans jour pour jour, Serge Gauthier apparaissait à la une du «Progrès-Dimanche». Il venait à peine d'échapper aux balles du tireur de la Polytechnique qui avait tué 14 femmes avant de retourner l'arme contre lui. Aujourd'hui, le maire de Falardeau a accepté de revenir sur les événements. Pour les victimes, pour les femmes, pour dénoncer la violence qui, un quart de siècle plus tard, est encore beaucoup trop présente.
S'il était une femme, le 6 décembre 1989, Serge Gauthier serait mort.

Il y a 25 ans, l'ingénieur chez Alcan réalisait une maîtrise professionnelle en ergonomie à l'École polytechnique de Montréal. Chaque semaine, il prenait l'avion, suivait des cours à temps plein, puis revenait à son domicile de Saint-Honoré.

Le 6 décembre, le père de famille de 35 ans soupait tranquillement à la cafétéria de l'école avant de se rendre à son cours. Il était environ 17h quand il a entendu des bruits. À ce moment, jamais il n'aurait pu se douter du drame qui était en train de se jouer.

«J'étais assis à une table, seul. J'ai entendu des bruits. Je croyais que c'était des pétards. Des gens criaient, plusieurs se sont mis à sortir de la cafétéria. Quelqu'un est entré en nous criant de sortir, qu'il y avait un fou qui tirait», se rappelle-t-il.

Serge Gauthier n'a pas bougé. Il était convaincu qu'il s'agissait d'une mauvaise blague.

Voyant les autres fuir et se cacher, il a décidé de se lever pour sortir par une porte secondaire. C'est là qu'il a vu entrer quelqu'un avec une arme par la porte principale de la cafétéria.

«Je n'ai pas regardé le gars. Je regardais l'arme», raconte celui qui, à ce moment, était toujours convaincu d'avoir affaire à un mauvais plaisantin.

«À l'époque, ce genre de choses me semblait impossible. Ça n'arrivait pas dans une université. Aujourd'hui, je réagirais sûrement autrement», explique-t-il.

Serge Gauthier s'est placé à proximité d'une colonne, croyant qu'il pourrait se réfugier derrière elle si le tireur faisait feu en sa direction. Il lui faisait face, un peu plus de 35 pieds les séparaient.

«J'ai entendu un ''pow'', puis j'ai senti l'air sur le côté de ma main.»

Lépine avait tiré en sa direction. «Si j'avais été une femme, je serais mort. Il aurait facilement pu me tuer. Il voulait me dire de me tasser de là.»

Serge Gauthier s'est réfugié derrière la colonne. Le tireur lui a tourné le dos pour se diriger vers un autre coin de la cafétéria. Il en a profité pour sortir.

«Je suis sorti par une porte et je me suis caché derrière. Je faisais des arts martiaux depuis des années. J'avais en tête de l'assommer avec la porte s'il tentait de sortir. Je l'attendais.»

Deux ou trois coups de feu ont retenti. Serge Gauthier a attendu, puis il est retourné à l'intérieur de la cafétéria. Lépine n'y était plus, mais c'est là qu'il a vu deux femmes ensanglantées complètement paniquées. Il est sorti de la cafétéria avec elles.

«Je ne croyais pas encore tout ce qui venait de se passer. J'ai touché au sang de l'une d'elles, c'est là que j'ai réalisé que c'était bien vrai.»

Dans le corridor, un agent les a fait sortir rapidement.

Serge Gauthier est demeuré sur place quelques minutes, puis il est rentré à son appartement d'où il a appelé sa femme. Il n'a pas fermé l'oeil de la nuit.

Le lendemain, il prenait l'avion pour Saguenay. «J'allais bien. Je ne connaissais pas les victimes, je ne fréquentais pas la Polytechnique depuis longtemps. Je n'avais pas vu de morts. Tout s'est passé vite.»

Par la suite, il a suivi le fil des événements à travers les médias. «Je voulais savoir pourquoi.»

En janvier, il a repris ses cours.

Il n'a pas conservé de séquelles des événements, ou si peu. «Maintenant, quand je vais au restaurant, je m'assois toujours de façon à voir les gens qui entrent par la porte. Mais ce n'est pas ce que j'ai vécu qui fait le plus mal. C'est de me demander si j'aurais pu faire quelque chose de plus. J'ai culpabilisé un peu. Avec le temps, j'ai compris que je ne pouvais rien faire», confie celui qui n'a pas vu le film Polytechnique sorti en 2009. «Ce jour-là, cet homme a décidé de tuer des gens qui n'avaient rien à se reprocher. La seule différence entre ces personnes et moi, c'est qu'elles étaient des femmes. Il faut respecter les femmes et la place qu'elles ont dans la société. On a besoin d'elles.»

S'il a accepté de raconter son histoire, c'est pour dénoncer cette violence. «On a encore du chemin à faire pour contrer la violence. Ça ne devrait plus exister. C'est déplorable que les choses aient si peu évolué depuis.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer