Des études doivent être réalisées avant de pouvoir accroître la circulation maritime sur le Saguenay

Une menace pour le bélugas

Le directeur scientifique et président du GREMM, Robert... ((Photo tirée d'Internet))

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Le directeur scientifique et président du GREMM, Robert Michaud, juge que des études scientifiques sont nécessaires avant de pouvoir autoriser une augmentation du trafic maritime dans le fjord, considéré comme faisant partie de «l'habitat essentiel» du béluga du Saint-Laurent.

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(Chicoutimi) Il doit y avoir des études complètes sur l'impact du transport maritime lourd sur la population de béluga du Saint-Laurent avant d'autoriser une croissance de la circulation ou la construction de nouvelles infrastructures portuaires qui généreront la présence d'un plus grand nombre de bateaux dans le fjord du Saguenay.

La décision de faire passer le béluga du statut d'espèce menacée à espèce en voie de disparition risque d'avoir des répercussions majeures pour les activités maritimes dans le fjord du Saguenay, à partir de maintenant. Le Saguenay a été désigné par les spécialistes de Pêche et Océans Canada comme faisant partie de l'habitat essentiel de la petite baleine blanche. En ce sens, il devra être soumis un jour ou l'autre aux obligations législatives du gouvernement canadien prescrivant la protection de l'habitat du mammifère marin.

« C'est un changement majeur », tranche dans un premier temps Robert Michaud, directeur scientifique et président du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM).

« Pour nous, ce n'est pas une surprise avec ce que nous avons publié dans les derniers mois, mais ça veut dire que si nous ne prenons pas des mesures énergiques pour protéger l'habitat du béluga, dont le Saguenay, il risque de disparaître dans quelques générations », plaide le chercheur.

Les scientifiques ont une petite idée de l'impact du trafic maritime sur le béluga dans le Saguenay. Ils disposent des outils nécessaires pour permettre d'identifier les problématiques et même proposer des solutions. Il faudra toutefois des études concluantes avant d'autoriser toute nouvelle augmentation significative du transport maritime dans le fjord. Le chercheur mentionne qu'il est déjà documenté qu'un paquebot ou un bateau de croisière géant qui se déplace dans le fjord produit un nuage sonore immense, lequel peut avoir un impact considérable sur une baleine.

En matière de protection marine, dans le langage scientifique, la protection de l'habitat comprend également la protection des mammifères contre les bruits sous la mer. Le projet de Cacouna, qui a été tout simplement abandonné au cours des dernières heures, démontre l'importance de laisser parler la science.

« Les gens de Trans-Canada n'ont écouté personne et ont décidé de faire ce qu'ils croyaient en respect avec le milieu marin. On aurait pu éviter ce détour s'ils nous avaient demandé notre avis. »

Robert Michaud est bien au fait du projet d'un nouveau quai pour le transport du phosphate à partir de l'Anse à Pelletier, ainsi que celui d'un éventuel port de produits pétroliers à Grande Anse. Il met le frein immédiatement et réitère la nécessité de réaliser des études scientifiques sans quoi il y a un sérieux risque d'hypothéquer encore plus l'avenir du troupeau de baleines blanches.

« Les femelles bélugas fréquentent beaucoup le Saguenay avec les petits bélugas. Ils y passent de longues périodes pour certaines raisons. On doit donc faire les évaluations sur ce que représente le bruit pour les bélugas dans le Fjord. On peut penser que le Saguenay est grand, mais le bruit de chaque bateau est aussi très important sous l'eau et il faut en mesurer les impacts. »

Au milieu des années 60, les HAP libérées massivement par Alcan dans l'habitat du béluga avaient considérablement affecté le troupeau. Les bélugas développaient des cancers en raison de leur capacité d'accumuler ce produit dans leur matière grasse. Heureusement, affirme Robert Michaud, l'arrêt de ces émissions a permis d'éliminer ce problème.

« Sans ces décisions à l'époque, il n'y aurait possiblement plus de bélugas dans le Saint-Laurent. C'est signe qu'il est possible d'agir. On a déjà travaillé avec les armateurs pour leur conseiller de passer dans des endroits où ils dérangent moins. Ce sont des choses possibles pour permettre de maintenir de l'activité. »

Aujourd'hui, l'impact des produits chimiques a disparu, mais l'activité humaine et l'érosion de l'habitat suscitent beaucoup de questions. Il y a deux ans, sans aucune raison évidente, les chercheurs de pêches et Océans Canada ont observé une augmentation très importante de la mortalité des petits bélugas. Cette mortalité massive prive le troupeau des individus qui auraient pu un jour amorcer le rétablissement des populations.

Le problème n'est pas simple, mais Robert Michaud croit que la communauté peut compter sur une très grande expertise développée par les fonctionnaires de Pêches et Océans Canada et tout le réseau scientifique.

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